Le samedi, 8 décembre 2007


La valse des timides

L’auteur Nathalène Armand récolte les honneurs depuis ses débuts dans le monde de la littérature. Preuve en est son premier roman, « Le bonheur rend sourd », pour lequel elle a été finaliste du prix Robert-Cliche en 2002. Elle nous revient cette fois-ci avec « La valse des timides », un roman à trois voix qui exprime bien le rythme de la valse : un peu lent, mais pas sans surprise et qui nous laisse une impression de grandeur.

 

 

Le roman nous plonge dans une canicule qui sévit sur la province depuis une dizaine de jours. Chaleur, soleil intense, moiteur et lourdeur de l’atmosphère sont omniprésents sur Montréal et ses habitants. On attend l’orage avec impatience, le moment où tous se sentiront enfin libérés de cette pesanteur. Pour certains, cette canicule sera l’hôte d’une confrontation avec leurs peurs, leurs démons, particulièrement la timidité, afin qu’elle cesse de miner leur vie. Adeline, Yuki et Louis sont les trois personnages qui tenteront de se défaire d’elle lors de cette période de chaleur intense. Adeline, une femme qui se sent mal dans sa peau, prise dans son quotidien, accro aux reportages télé et détestant son travail, désire sortir de sa solitude et se sentir à nouveau désirable, dans son couple ou en dehors… Yuki, une femme timide et rongée par le passé est isolée dans un village près de Saint-Jean-de-Matha. La canicule lui permettra de vivre des expériences inhabituelles, de faire des rencontres marquantes qui lui permettront peut-être de sortir de sa coquille. Le seul homme de l’histoire, Louis, cuisinier et amateur de la Callas, se sent seul à cause de son célibat et se rapprocher de l’autre lui est plutôt difficile puisqu’il a un gros complexe : il est chauve. Il tentera une fois pour toute de surmonter ce problème, mais pourra-t-il réellement vaincre sa timidité ? Décidément, la canicule bouleverse la vie de ces trois timides qui vont à la rencontre de leurs peurs et de leur solitude.

Ce roman à trois voix a la particularité de pouvoir se lire en ordre ou dans le désordre, sans véritablement en altérer le sens. Nathalène Armand s’est visiblement amusée des codes de la littérature et permet à son lecteur de les déjouer quelque peu. On a bien sûr vu des auteurs enfreindre les lois de la lecture de façon plus impressionnante, mais il n’en demeure pas moins que ce choix s’avère judicieux. Devant cette étonnante liberté, gageons que plusieurs s’en tiendront tout de même à une lecture linéaire ! Bien que chaque histoire soit autonome, un grand thème les chapeaute toutes trois, la canicule, et chacune a des échos dans les deux autres récits. Ces liens donnent une autre dimension à l’histoire et nous permet de comprendre davantage la partie précédemment lue. D’ailleurs, la canicule devient presque elle-même un personnage. On la sent toujours présente et elle a une incidence directe sur la vie des personnages. De plus, le lecteur ressent presque la chaleur en lisant ce roman, même s’il fait moins dix degrés à l’extérieur. On se sent envelopper par une moiteur et on peut quasiment palper cette lourdeur qui plane dans l’air, mais aussi au-dessus des personnages. On espère autant qu’eux le moment où la pluie arrivera enfin, moment de libération qui marquera le renouveau ou la résignation. Avec une finale inusitée, différente selon le parcours que l’on aura choisi, l’auteur nous laisse un peu sur notre faim… On dirait tout de même que la finale « linéaire », celle du récit de Louis qui laisse un questionnement en suspend, est celle d’abord imaginée par Nathalène Armand. Cette dernière possède un talent évident pour une écriture simple, mais lumineuse avec une pointe d’humour. Elle fait de ses personnages à prime abord ordinaires, des gens avec une histoire intéressante, un vécu digne d’être nommé. Parfois quelque peu stéréotypés, les protagonistes participent ainsi au ton un peu plus léger de certaines situations plus tristes ou dramatiques.

 

 

Nathalène Armand réussit véritablement à faire entrer son lecteur dans la danse, celle de « La valse des timides », où espoir, résignation, confrontation, humour, humanité et bien sûr chaleur se côtoient. On se laisse aller dans ce tourbillon à trois temps et on passe d’un partenaire à l’autre avec plaisir, parfois un peu à contrecœur, mais jamais avec déception. On attend impatiemment le prochain roman de Nathalène Armand comme la pluie lors d’une canicule, un vent de fraîcheur.

 

Les Éditions du CRAM
(www.editionscram.com)
216 pages, 19,95 $

 

 

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