L’auteur
Nathalène Armand récolte
les honneurs depuis ses débuts dans le monde de
la littérature. Preuve en est son premier roman,
« Le bonheur rend sourd », pour lequel
elle a été finaliste du prix Robert-Cliche
en 2002. Elle nous revient cette fois-ci avec «
La valse des timides », un roman à trois
voix qui exprime bien le rythme de la valse : un peu lent,
mais pas sans surprise et qui nous laisse une impression
de grandeur.

Le roman nous plonge
dans une canicule qui sévit sur la province depuis
une dizaine de jours. Chaleur, soleil intense, moiteur
et lourdeur de l’atmosphère sont omniprésents
sur Montréal et ses habitants. On attend l’orage
avec impatience, le moment où tous se sentiront
enfin libérés de cette pesanteur. Pour certains,
cette canicule sera l’hôte d’une confrontation
avec leurs peurs, leurs démons, particulièrement
la timidité, afin qu’elle cesse de miner
leur vie. Adeline, Yuki et Louis sont
les trois personnages qui tenteront de se défaire
d’elle lors de cette période de chaleur intense.
Adeline, une femme qui se sent mal dans sa peau,
prise dans son quotidien, accro aux reportages télé
et détestant son travail, désire sortir
de sa solitude et se sentir à nouveau désirable,
dans son couple ou en dehors… Yuki, une
femme timide et rongée par le passé est
isolée dans un village près de Saint-Jean-de-Matha.
La canicule lui permettra de vivre des expériences
inhabituelles, de faire des rencontres marquantes qui
lui permettront peut-être de sortir de sa coquille.
Le seul homme de l’histoire, Louis, cuisinier
et amateur de la Callas, se sent seul à cause de
son célibat et se rapprocher de l’autre lui
est plutôt difficile puisqu’il a un gros complexe
: il est chauve. Il tentera une fois pour toute de surmonter
ce problème, mais pourra-t-il réellement
vaincre sa timidité ? Décidément,
la canicule bouleverse la vie de ces trois timides qui
vont à la rencontre de leurs peurs et de leur solitude.
Ce roman à trois
voix a la particularité de pouvoir se lire en ordre
ou dans le désordre, sans véritablement
en altérer le sens. Nathalène Armand
s’est visiblement amusée des codes de la
littérature et permet à son lecteur de les
déjouer quelque peu. On a bien sûr vu des
auteurs enfreindre les lois de la lecture de façon
plus impressionnante, mais il n’en demeure pas moins
que ce choix s’avère judicieux. Devant cette
étonnante liberté, gageons que plusieurs
s’en tiendront tout de même à une lecture
linéaire ! Bien que chaque histoire soit autonome,
un grand thème les chapeaute toutes trois, la canicule,
et chacune a des échos dans les deux autres récits.
Ces liens donnent une autre dimension à l’histoire
et nous permet de comprendre davantage la partie précédemment
lue. D’ailleurs, la canicule devient presque elle-même
un personnage. On la sent toujours présente et
elle a une incidence directe sur la vie des personnages.
De plus, le lecteur ressent presque la chaleur en lisant
ce roman, même s’il fait moins dix degrés
à l’extérieur. On se sent envelopper
par une moiteur et on peut quasiment palper cette lourdeur
qui plane dans l’air, mais aussi au-dessus des personnages.
On espère autant qu’eux le moment où
la pluie arrivera enfin, moment de libération qui
marquera le renouveau ou la résignation. Avec une
finale inusitée, différente selon le parcours
que l’on aura choisi, l’auteur nous laisse
un peu sur notre faim… On dirait tout de même
que la finale « linéaire »,
celle du récit de Louis qui laisse un questionnement
en suspend, est celle d’abord imaginée par
Nathalène Armand. Cette dernière possède
un talent évident pour une écriture simple,
mais lumineuse avec une pointe d’humour. Elle fait
de ses personnages à prime abord ordinaires, des
gens avec une histoire intéressante, un vécu
digne d’être nommé. Parfois quelque
peu stéréotypés, les protagonistes
participent ainsi au ton un peu plus léger de certaines
situations plus tristes ou dramatiques.

Nathalène
Armand réussit véritablement à
faire entrer son lecteur dans la danse, celle de «
La valse des timides », où espoir, résignation,
confrontation, humour, humanité et bien sûr
chaleur se côtoient. On se laisse aller dans ce
tourbillon à trois temps et on passe d’un
partenaire à l’autre avec plaisir, parfois
un peu à contrecœur, mais jamais avec déception.
On attend impatiemment le prochain roman de Nathalène
Armand comme la pluie lors d’une canicule,
un vent de fraîcheur.
Les Éditions
du CRAM
(www.editionscram.com)
216 pages, 19,95 $
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