Le lundi, 10 mars 2008

La trilogie de Belgrade
« La violence de la vie en trois tableaux »

Le théâtre de l’inconnu et Premier Acte présentent, du 26 février au 15 mars 2008, La trilogie de Belgrade, écrite en 1996 par l’auteure serbe Biljana Srbljanovic. C’est par l’exil des personnages, en République Tchèque, en Australie et aux États-Unis, qu’on nous démontre le conflit yougoslave du début des années 1990. Regards de nostalgie tournés vers la ville de Belgrade: tous les personnages présentés auraient aimé avoir cette vie meilleure dans leur propre pays.

Cette pièce est une œuvre puissante, voire coup de poing comme la décrit elle-même l’auteure, non pas grâce aux textes eux-mêmes, mais plutôt grâce à tous les non-dits perceptibles. En effet, les trois tableaux présentés possèdent un même fil conducteur: la violence de la vie, loin de Belgrade.

 

 

Le premier tableau raconte l’histoire de Mica et Kica, deux jeunes Croates qui, pour gagner leur vie, dansent dans les bars de Prague. Violences, tiraillements, concessions… Alors qu’à Belgrade l’électricité n’est pas en fonction, à Prague, l’espoir d’une vie meilleure ne brille qu’à peine.

Dans le deuxième tableau, on nous présente Milos et Sanja, le soir du réveillon, à Sydney. Le bébé pleure sans arrêt, l’horloge manque de batteries, le couple ne semble pas solide. Alcool, pleurs, sexe et frustrations… Alors qu’à Belgrade il y a une pénurie d’eau chaude, à Sydney, les cœurs se refroidissent et s’endurcissent.

Une pianiste sans piano et un comédien sans pièce nous sont offerts dans le dernier tableau. Mara et Jovan, tous deux de Belgrade, se rencontrent lors d’un party du réveillon, à Hollywood. On ne les sent pourtant pas heureux, mais on voudrait y croire autant qu’eux. Rires, peurs et colère… Alors que la violence fait rage à Belgrade, c’est à Hollywood qu’elle anéantit les âmes.

 

 

La trilogie de Belgrade propose au spectateur d’observer la vie de ces jeunes gens par leurs propres fenêtres. Effectivement, un quatrième mur bien réel est placé entre les comédiens et les spectateurs, rendant a contrario les émotions plus accessibles. À ce propos, les producteurs soutiennent qu’ils prennent un certain risque à jouer avec ce mur « Mais n’est-ce pas le risque qui est intéressant ? ». Je leur concède, c’est un succès.

C’est une pièce amère mais réelle, qui, sous des couverts de peuples sinistrés, nous dévoile que cet écueil n’est pas typique de cette seule situation, mais bien qu’elle a une application universelle, et c’est là où ça fait mal. Nous sommes souvent tous impuissants face à la violence de la vie.

À voir, pour ceux qui ont aimé, entre autres, Les Apatrides et La société des loisirs, et pour tous ceux qui sont prêts à se faire bousculer. C’est plus qu’un divertissement, c’est une révélation en soi sur la vie.

 

Du 26 février au 15 mars 2008
Mise en scène : Ann-Sophie Archer
Distribution : Sophie D. Thibeault, Éliot Laprise, Martin Perreault et Marjorie Vaillancourt.

 

Théâtre Premier Acte
http://www.premieracte.ca

 

 

Crédit photos: http://www.premieracte.ca/vu.htm

 

 

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