Le lundi, 3 novembre 2008


À tout péché miséricorde ?

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Ce soir-là, sur la scène de l’Usine C, avant même le début du spectacle, quelque chose de bizarre accrochait l’œil. Les instruments. Colorés, de petite taille et plus étranges les uns des autres, on aurait dit des jouets pour enfants. Scie musicale, accordéon à paillettes vertes, ukulélé, batterie petit format, contrebasse de forme bizarre et immense coffre à surprise, tout cet arsenal annonçait les couleurs complètements éclatées des Tiger Lillies.

Introduit par leur gérant qui évoque avec humour la tempête de neige qui les avait empêchés de se rendre jusqu’à nous l’an dernier, le trio infernal fait son entrée. Au premier regard, avec leurs allures de gentlemen de l’époque victorienne, Martyn Jacques (voix, piano, accordéon et ukulélé), Adrian Stout (scie musicale et contrebasse) et Adrian Huge (percussions et jouets de toutes sortes) peuvent ressembler à un simple groupe jazz. Mais dès qu’on ajuste nos lunettes et que la voix extravagante du chanteur retentit, on comprend qu’on a affaire à des bouffons machiavéliques, tout droit sortis du carnaval des horreurs.

 

 

Pour deux soirs seulement (les 27 et 28 octobre), la formation britannique est venue nous présenter les pièces de son plus récent album, 7 Deadly Sins. Entièrement écrit par Martyn Jacques, le disque regroupe onze titres, dont une chanson pour chaque péché capital: Gluttony (gourmandise), Greed (avarice), Lust (luxure), Angry (colère), Envy (envie), Pride (orgueil). Que ce soit sur une musique festive ou gipsy, un blues sensuel, une gigue endiablée ou un jazz feutré, les paroles sont toujours crues et vulgaires, brossant un portrait angoissant des les plus sombres aspects de l’humanité. Enfilant tour à tour son impressionnante et toujours très juste voix de soprano ou son timbre grinçant et caverneux, Martyn Jacques se glisse dans la peau des sociopathes, pervers et autres tordus de ce monde. Proxénètes, prostituées, maniaques sexuels, toxicomanes, meurtriers : incarnations des vices humains, tous prennent la parole, le temps d’une chanson. Sous cette théâtralité grotesque, les prodigieux musiciens nous balancent à la figure une critique sociale acerbe dénonçant vigoureusement l’hypocrisie sociale et la bêtise humaine. « Where victims of a joke », « We’re so ugly / People scream but we don’t mind», scande Jacques haut et fort, n’hésitant pas à poser d’angoissantes questions existentielles du genre « There must be a reason for all of this/ There must be a reason why we exist » ou « Who does control us? ».

 



Abordant plusieurs styles musicaux et mariant habilement les instruments hétéroclites dans des envolées musicales frôlant parfois la cacophonie, ils interprètent un nombre impressionnant de pièces, souvent très courtes et extrêmement efficaces, de véritables coups de gueules. Bien qu’ils soient tous à l’avant-plan, Martyn Jacques vole la vedette avec son interprétation sentie, son faciès ultra expressif et ses regards déments. Surprenant toujours notre oreille, il passe admirablement du murmure au cri et sa voix éraillée sait se faire caressante, voire même touchante. Toute la soirée, les spectateurs rient aux éclats, se délectant de son humour décapant et extrêmement vulgaire. Il n’hésite pas à répéter à outrance le F Word et autres termes hautement bannis du politically correct et s’en donne à cœur joie dans l’imitation des sons les plus évocateurs pour illustrer ses dires. Un langage qui peut sembler détonner avec la musique employée (qu’on imaginerait plutôt punk), mais ce choix musical dramatise fortement le propos. D’ailleurs, la musique nous emmène souvent là où on ne s’y attend pas, évoluant grandement du début à la fin de chaque pièce.

On a droit à une mise en scène hilarante et complètement absurde, remplie de silences délicieux, ce autant entre les pièces qu’au beau milieu de celles-ci. Pendant ces moments de malaise, le chanteur feuillette tranquillement ses partitions tandis que les deux autres, fabuleux pince-sans-rire, lui jettent des regards interrogateurs, se questionnant sur la suite des événements. Ils bâtissent un univers complètement fou, dans lequel ils s’amusent autant que nous, parsemant la soirée de moments inoubliables tels que la démolition de la batterie à coups de marteau en plastique ou le meurtre du mouton mécanique qui bêle en marchant sur le piano. Bref, un véritable délire autant au niveau visuel qu’auditif.

 

 

Lors de leur dernière apparition montréalaise, en novembre 2006, les Tiger Lillies avaient fait salle comble. Pas étonnant : ces trois bêtes de scène offrent un spectacle désopilant et tout à fait unique, un cocktail explosif d’opéra-jazz-blues-gipsy teinté d’humour noir. Le groupe a derrière lui un répertoire extrêmement prolifique : en 20 ans de carrière (la formation est née en 1989), ils ont pondu plus d’une vingtaine de disques, 7 Deadly Sins étant leurs 22e! D’ailleurs, vers la fin du spectacle, lorsque Martyn Jacques s’adresse au public pour savoir s’il y a des demandes spéciales, plusieurs voix s’élèvent dans la salle, chacune réclamant un succès différent.

 

The Tiger Lillies 7 Deadly Sins
Ce vidéo n'est pas une propriété d'Info-Culture.Biz.

 

 

À voir:

http://www.tigerlillies.com
http://www.myspace.com/tigerlilliesuk


 

Crédits photos: Propriété, B7UE et Mark Holtusen


 

 

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