L’écrivain
André Jacques, lançait
récemment La Tendresse du serpent, la
troisième cuvée des aventures d’Alexandre
Jobin, major à la retraite de l’armée
canadienne, très peu politically correct, fumeur,
collectionneur d’objets anciens, grand amateur de
scotch et de jolies femmes. Un événement
qui s’est déroulé au Cégep
de Thetford Mines, où l’auteur a longtemps
été professeur de littérature, de
cinéma et d’histoire de l’art. Autant
de domaines dont il se sert aujourd’hui pour bâtir
ses histoires.

La littérature
ça va de soi, l’art, il le met au service
de son héros devenu antiquaire après son
départ de l’armée et le cinéma,
on le retrouve dans le pouvoir que possède André
Jacques pour créer des images. Avec un
souci du détail que je qualifierais de maniaque.
Rien n’est laissé au hasard. Parfois, c’est
peut-être même un peu trop. Or, comme s’il
sentait que le lecteur risque de décrocher, tel
un pêcheur à la ligne, il le ramène
tout doucement à lui puis, un coup sec et le voilà
à nouveau bien accrocher. Parce que oui, ce ne
sont pas les rebondissements qui manquent. Ceux qui ont
lu Les lions rampants ou La Commanderie savent
de quoi il est capable. Le prologue à lui seul
pourrait presque devenir une nouvelle. D’ailleurs
André Jacques n’a-t-il pas remporté
le prix Alibis 2007 pour une nouvelle policière
intitulée Le Traducteur ?

Cette
fois, le lecteur est amené à voyager à
Shanghai, à Paris et bien sûr dans ce Montréal
qu’André Jacques semble connaître
par cœur. On se promène dans Chinatown, la
Petite-Italie et le boulevard Saint-Laurent qui devient
pour ainsi dire, à son tour, un personnage du roman.
Un hymne à l’urbanité pour un homme
qui, paradoxalement, vivait jusqu’à il y
a peu de temps à Beaulac-Garthby.
Un frère
et une sœur d’origine chinoise tente d’écouler
des trésors artistiques datant des dynasties Ming
et Qing. Et bien que la provenance soit douteuse, Alexandre
Jobin est tenté par une « statuette de
médecine » comme l’avait indiqué
la jeune fille. Une pièce en ivoire d’une dizaine
de centimètres représentant une femme nue
allongée sur le côté. « Ça
servait pour les médecins. Pour pas toucher les femmes.
» Entre temps, un journaliste est assassiné
puis un second est dans un coma profond et une troisième
est portée disparue… Tous les trois travaillaient
à une enquête sur le crime organisé.
Sans liens
apparents, ces histoires en viendront à se croiser.
Tout comme celle, au départ risible, de cet entrepreneur
qui souhaite acheter des livres anciens reliés en
rouge à la demande de sa femme qui veut refaire le
décor du salon. En échange il recevra des
dizaines de volumes reliés en brun. Des Pléiades
: André Breton, René Char ou encore
les œuvres complètes de Giono. Car l’humour
est aussi présent dans le propos. Mais ne vous y
trompez pas, c’est bien de polar dont il s’agit.
Avec en prime, les gangs de motards, la mafia russe et les
triades chinoises appelées, par les autres membres
de la communauté, les Serpents, les Snakes. Un ouvrage
qui fait preuve d’érudition sans prendre le
lecteur pour un imbécile. Toutefois, s’il fallait
reprocher quelque chose à André Jacques, je
dirais que sa description des personnages masculin, hormis
les principaux, est souvent, disons, « minimaliste
». Ce qui tranche nettement avec le reste. «
Un homme d’une cinquantaine d’années
entra en toussant. Grisonnant, maigre de taille moyenne.
» et plus loin un autre « de petite taille âgé
d’une quarantaine d’années s’avança.
» Mais, je vous le dis, un roman policier dont
on se souviendra. À déguster à petites
gorgées, comme un bon scotch…
La
Tendresse du serpent
André Jacques
Québec-Amérique
Collection « Tous continents »
504 pages
27, 95$
Accueil
|