Un duel d’acteurs,
c’est la promesse implicite des Sunshine
Boys. Promesse tenue : la confrontation de Claude
Michaud et Michel Dumont est
l’alpha et l’oméga de cette comédie
au parfum légèrement désuet.
Willie Cloutier
(Michaud) et Albert Lépine (Dumont) ont
connu la célébrité pendant 43 ans
en tant que partenaires de vaudeville. Une brouille a
mis fin à la carrière des Sunshine
Boys, et les deux vieillards sont aujourd’hui
à la retraite forcée, survivant chacun de
son côté entre aigreur et sénilité.
Quand un grand gala télévisé s’organise
pour célébrer l’histoire de l’humour,
ils sont appelés pour faire revivre leur sketch
le plus célèbre. Mais ces deux bougons ne
se sont pas adressé la parole depuis onze ans,
et il leur faudra choisir entre les feux de la rampe et
leur rancune.
Présentée
en 1972, cette pièce du populaire auteur Neil
Simon a tenu la scène à Broadway pendant
538 représentations avant d’être adaptée
au cinéma. La thématique rappelle étrangement
une œuvre antérieure de Simon, The Odd Couple,
adaptée au grand écran avec Jack Lemmon
et Walter Matthau, et étirée en télésérie
dans les années 70.


Un duel, donc, entre
deux retraités ramenés en enfance par la
puérilité de leur discorde, et arbitrés
par un champion du consensus : le neveu de Willie, qui
est aussi son agent. Incarné par un Guy
Jodoin très solide, ce troisième
personnage cimente par ses interventions l’action
dont il est le réel moteur. Malheureusement, il
met aussi en lumière le fait que les trois autres
rôles de la distribution sont parfaitement superflus
: le jeune régisseur (Marc St-Martin, amateur),
l’infirmière fantasmée (Caroline
Lavigne, cartoonesque) et la garde-malade blasée
(Marie-Christine Perreault, efficace) n’apportent
rien de plus à l’histoire.
Mais le principal défaut
de cette comédie légère est ailleurs.
Ironiquement, cette histoire d’humoristes manque
de rythme, et les punchlines – les vrais –
se font vraiment désirer. Là où il
y avait matière à faire rire, on sourit
parfois, et tout le mérite en revient aux interprètes,
Michaud en tête.
Traduite, adaptée
et mise en scène par Claude Maher,
qui souligne que les comédies, «ne sont pas
plus faciles à traduire que des drames, bien au
contraire», la pièce souffre d’abord
d’un texte inégal, ensuite d’une mise
en scène appuyée qui en dilue le potentiel
comique. Malgré une feuille de route d’une
quinzaine traductions théâtrales et de nombreuses
mises en scène chez Duceppe depuis 30 ans, Maher
trébuche sur un ressort majeur de l’humour
: le rythme.
Il y a néanmoins
de bonnes choses dans cette version. L’adaptation
au contexte québécois, par exemple, permet
de rendre intelligibles les petites choses qui encombrent
le quotidien des protagonistes, et au passage de rendre
hommage aux humoristes d’ici : Olivier Guimond,
La Poune, Gilles Latulippe et consorts.
Les Sunshine
Boys ont aussi chez Duceppe une valeur de rappel,
puisqu’en 1982, une première adaptation y
mettait en vedette un autre tandem de choix : Jean Duceppe
et Roger Le Bel.

Les Sunshine
Boys. Texte de Neil Simon, traduit,
adapté et mis en scène
par Claude Maher. Distribution : Claude
Michaud, Michel Dumont, Guy Jodoin, Caroline Lavigne,
Marie-Christine Perreault, Marc St-Martin.
Au Théâtre
Jean-Duceppe jusqu’au 5 avril 2008
Info:
http://www.duceppe.com/pieces/piece.asp?IDordre=4
Crédit
photos: François Brunelle
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