Le samedi, 26 janvier 2008


Santiago – La route est longue

Si les églises du Québec se vident de plus en plus, jusqu’à atteindre un point de non-retour, les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, eux, s’embourbent désormais de touristes qui aiment à s’improviser pèlerins. Loin de vouloir ridiculiser la quête spirituelle de certains marcheurs, il suffit toutefois de se tourner vers l’hier de cette route légendaire pour constater que le sacré y a déjà tenu un rôle plus merveilleux.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Théâtre Sortie de secours, qui compte 18 ans d’existence dans une ville qui fête ses 400 balais (devinez laquelle!), n’a pas froid au… pieux ! Non seulement sa dernière création, Santiago (nom espagnol de Saint-Jacques), aborde-t-elle la foi sous un mode épique tout droit repiqué du Moyen Âge, mais la compagnie a aussi le culot de la déménager dans la ville québécoise entre toutes qui ne sait plus à quel saint s’accommoder. Une audace de fond diluée par une forme qui vous en met plein les yeux.

 

 

Car des croyances élastiques et des crimes mystiques, on en cueille tout au cœur des coquilles de Santiago, destination voyage vers soi-même et rempart contre les faux-fuyants. L’auteure Hélène Robitaille visait apparemment le conte à l’ancienne, avec sa psychologie archétypale et sa progression lente mais sûre, qui vise une finale en point d’orgue. Elle est certes parvenue à brosser le portrait de personnages qui ont une vie propre. Seulement, si cette unidimensionnalité apparente facilite la compréhension du récit, elle n’en brouille pas moins un propos qui pige déjà dans toutes les besaces qu’il rencontre, de la foi au pardon, en passant par l’honneur et l’affirmation de ses rêves. D’autant plus que ce ne sont pas tous les comédiens qui arrivent à avoir une emprise suffisante sur leur(s) rôle(s) tant ceux-ci demeurent trop souvent dans l’abstraction d’une quête plus grande que nature. Paradoxalement, c’est dans l’humour que l’interprétation se fera la plus satisfaisante et contagieuse, entre autres par l’intermédiaire du simple d’esprit attachant de Pierre Potvin et l’ado de grand chemin campé par Lucien Ratio.

 

 

 

 

 

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L’on reconnaît néanmoins la grande maîtrise du metteur en scène Philippe Soldevila quand vient le temps de voguer entre deux univers, mi-troubadour, mi-chevalier, entre lyrisme et parole presque politique. On bascule ainsi dans l’inconscience d’un personnage sans crier gare, on revit un épisode marquant de son enfance ou l’on nous transfère une de ses peurs bien tenaces. Grâce à la fluidité des mouvements coordonnés par Harold Rhéaume et à la beauté à la fois diffuse et envahissante des éclairages de Christian Fontaine, la route finit par paraître plus belle que le fil d’arrivée (ce qui n’est pas mal en soi). Sans que le public désireux de deviner un tant soit peu où on l’amène n’ait la chance d’avoir un panorama de la situation, un vaste regard capable d’englober le tout et la partie. À défaut de quoi il faut savoir s’abandonner et refouler les questions qui s’accumulent comme les amours tronquées dont on veut nous faire croire à la pérennité dans la diversité. L’expérience n’est pas inintéressante; elle demeure d’ailleurs conséquente dans la façon dont elle livre ce qu’elle prône : laisser les choses venir à soi. Mais comme toutes les propositions de Santiago nous sont balancées à ciel ouvert, durant de longues nuits intangibles, il n’est pas évident que le spectateur arrivera à s’approprier la matière première de ce spectacle dense et touffu jusqu’à en être confus : avoir comme seule loi, la foi. Si possible en la vie.

 

 

Santiago – sur la route de Compostelle, une création du Théâtre Sortie de secours présentée au Théâtre d’Aujourd’hui, du 15 janvier au 2 février 2008, dans une mise en scène de Philippe Soldevila. Distribution : Frédérick Bouffard, Normand Poirier, Pierre Potvin, Lucien Ratio, Marie-France Tanguay, Marjorie Vaillancourt et Réjean Vallée. Assistance à la mise en scène et régie : Marjolaine Guilbert. Régie : Katia Talbot. Décor et Éclairages : Christian Fontaine. Costumes : Erica Schmitz. Musique et environnement sonore : Pascal Robitaille.

 

 

 

 

Pour toute autre information, consulter le http://www.theatredaujourdhui.qc.ca/Piece.aspx?id=21

 

Crédit photos : Louise Leblanc

 

 

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