Si
les églises du Québec se vident de
plus en plus, jusqu’à atteindre un
point de non-retour, les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle,
eux, s’embourbent désormais de touristes
qui aiment à s’improviser pèlerins.
Loin de vouloir ridiculiser la quête spirituelle
de certains marcheurs, il suffit toutefois de se
tourner vers l’hier de cette route légendaire
pour constater que le sacré y a déjà
tenu un rôle plus merveilleux.
Le moins que l’on puisse dire, c’est
que le Théâtre Sortie de secours,
qui compte 18 ans d’existence dans une ville
qui fête ses 400 balais (devinez laquelle!),
n’a pas froid au… pieux ! Non seulement
sa dernière création, Santiago(nom espagnol de Saint-Jacques), aborde-t-elle
la foi sous un mode épique tout droit repiqué
du Moyen Âge, mais la compagnie a aussi le
culot de la déménager dans la ville
québécoise entre toutes qui ne sait
plus à quel saint s’accommoder. Une
audace de fond diluée par une forme qui vous
en met plein les yeux.
Car des croyances élastiques et des crimes
mystiques, on en cueille tout au cœur des coquilles
de Santiago, destination voyage
vers soi-même et rempart contre les faux-fuyants.
L’auteure Hélène Robitaille
visait apparemment le conte à l’ancienne,
avec sa psychologie archétypale et sa progression
lente mais sûre, qui vise une finale en point
d’orgue. Elle est certes parvenue à
brosser le portrait de personnages qui ont une vie
propre. Seulement, si cette unidimensionnalité
apparente facilite la compréhension du récit,
elle n’en brouille pas moins un propos qui
pige déjà dans toutes les besaces
qu’il rencontre, de la foi au pardon, en passant
par l’honneur et l’affirmation de ses
rêves. D’autant plus que ce ne sont
pas tous les comédiens qui arrivent à
avoir une emprise suffisante sur leur(s) rôle(s)
tant ceux-ci demeurent trop souvent dans l’abstraction
d’une quête plus grande que nature.
Paradoxalement, c’est dans l’humour
que l’interprétation se fera la plus
satisfaisante et contagieuse, entre autres par l’intermédiaire
du simple d’esprit attachant de Pierre Potvin
et l’ado de grand chemin campé par
Lucien Ratio.
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L’on
reconnaît néanmoins la grande maîtrise
du metteur en scène Philippe Soldevila
quand vient le temps de voguer entre deux univers,
mi-troubadour, mi-chevalier, entre lyrisme et
parole presque politique. On bascule ainsi dans
l’inconscience d’un personnage sans
crier gare, on revit un épisode marquant
de son enfance ou l’on nous transfère
une de ses peurs bien tenaces. Grâce à
la fluidité des mouvements coordonnés
par Harold Rhéaume et à
la beauté à la fois diffuse et envahissante
des éclairages de Christian Fontaine,
la route finit par paraître plus belle que
le fil d’arrivée (ce qui n’est
pas mal en soi). Sans que le public désireux
de deviner un tant soit peu où on l’amène
n’ait la chance d’avoir un panorama
de la situation, un vaste regard capable d’englober
le tout et la partie. À défaut de
quoi il faut savoir s’abandonner et refouler
les questions qui s’accumulent comme les
amours tronquées dont on veut nous faire
croire à la pérennité dans
la diversité. L’expérience
n’est pas inintéressante; elle demeure
d’ailleurs conséquente dans la façon
dont elle livre ce qu’elle prône :
laisser les choses venir à soi. Mais comme
toutes les propositions de Santiago
nous sont balancées à ciel ouvert,
durant de longues nuits intangibles, il n’est
pas évident que le spectateur arrivera
à s’approprier la matière
première de ce spectacle dense et touffu
jusqu’à en être confus : avoir
comme seule loi, la foi. Si possible en la vie.
Santiago
– sur la route de Compostelle,
une création du Théâtre
Sortie de secours présentée
au Théâtre d’Aujourd’hui,
du 15 janvier au 2 février 2008,
dans une mise en scène de
Philippe Soldevila. Distribution : Frédérick
Bouffard, Normand Poirier, Pierre Potvin, Lucien
Ratio, Marie-France Tanguay, Marjorie Vaillancourt
et Réjean Vallée. Assistance
à la mise en scène et régie
: Marjolaine Guilbert. Régie :
Katia Talbot. Décor et Éclairages
: Christian Fontaine. Costumes
: Erica Schmitz. Musique et environnement
sonore : Pascal Robitaille.