Le dimanche, 16 novembre 2008


Rap Nord-Sud
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Le 14 novembre, dans le cadre de l’événement Coup de cœur francophone, la parole était à l’honneur. Sur la scène du Cabaret Juste pour rire, les rappeurs Samian et Baloji, l’un arrivant du Nord et l’autre du Sud, se sont relayés afin de nous faire vibrer de leur verbe saccadé. Contrairement au gangsta rap, qui rabâche à outrance les bienfaits de la société de consommation et nous martèle de thématiques matérialistes, violentes et sexistes, Samian et Baloji font souffler un vent de fraîcheur. Tandis que plusieurs rappeurs de leur génération se construisent des personnages bien loin de leur réalité quotidienne, ils ont quant à eux choisi d’utiliser le hip-hop pour dénoncer des fléaux sociaux tels que le racisme, la pauvreté et l'exclusion.

www.coupdecoeur.qc.ca

 

 

Samian

 

Natif de la communauté autochtone de Pikogan, en Abitibi-Témiscamingue, Samian scande haut et fort la fierté de ses origines. Emmêlant habilement le français et l’algonquin ainsi que les rythmes martelés de la console de DJ à ceux du tambour amérindien traditionnel, il dénonce, par ses textes engagés, les injustices dont sa communauté est victime depuis la nuit des temps. Intègre, allumé, débordant de simplicité et d’authenticité, celui qui se qualifie de rappeur pacifique fait de sa plume prolifique un outil pour défendre les droits des siens et ainsi changer le monde à sa façon.

« J’suis le gars que tu vois/ Je sais d’où je viens/ et je sais où je m’en vais ». Ainsi se présente ce jeune métis qui n’a pas peur des mots et ose aborder le délicat sujet des relations québeco-amérindiennes. Revendiquant l’égalité des peuples, il affirme qu’il « y a du racisme des deux bords » et qu’avant tout, on fait partie d’une seule et même race : l’humain. Décontracté, sympathique et visiblement heureux de se retrouver sur scène, le rap semble être pour Samian une seconde nature. « J’ai pas choisi de faire du rap / C’est le rap qui m’a choisi », révèle-t-il d’entrée de jeu avec la pièce Injustice.

 


Ce qui marque le plus avec Samian, c’est que sa poésie est accessible autant aux francophones qu’aux amérindiens. Qualifié comme le premier rappeur algonquin de la planète, il va même jusqu’à intégrer une troisième langue à ses pièces : l’innu. Désirant sensibiliser la population au fait que les langues amérindiennes, pourtant « toutes purement québécoises », sont en train de disparaître au même rythme que leur culture, il dénonce le fait que ses chansons n’entrent pas dans les quotas francophones des stations de radio québécoises : c’est dans le volet « international » qu’elles ont été classées. Plutôt étonnant pour un québécois pur laine qui chante en français, non?

 

La paix des braves - Samian et Loco Locass
Ce vidéo n'est pas une propriété d'Info-Culture.Biz.

 

Le dernier morceau réserve une surprise de taille. En effet, pour La paix des braves, pièce résultant d’une collaboration avec Loco Locass, le jeune rappeur les invite à monter sur scène. Cette union symbolique de la formation séparatiste avec ce fier représentant des Premières Nations a un effet monstre: ils offrent une prestation électrisante qui fait lever le public jusqu’à la dernière note. Racontant l’histoire du débarquement des blancs en Amérique et par conséquent leur rencontre choc avec les Premières Nations, les rappeurs cherchent à faire tomber les préjugés, « d’Hochelaga à Stadaconé », célébrant ainsi les différences entre les deux peuples.

 

 

Avec ses rimes à la fois sages et crues, le jeune homme de 25 ans déverse son flow au rythme du tambour amérindien, résonnant comme autant de battements de cœur. Son premier disque, Face à soi-même, lancé en novembre 2007, lui a valu une nomination pour l’album Hip-Hop de l’année au dernier Gala de l’ADISQ.

 

Liens:

My space: www.myspace.com/samianmusic
Officiel: http://samian.ca/

 

 

Baloji

 

Récipiendaire du Prix Rapsat-Lelièvre 2008 pour son tout premier album, Hôtel Impala, le rappeur Baloji impressionne dès son entrée en scène. Très, très, très grand et tout aussi élancé, le jeune homme est vêtu d’un élégant costard noir et…de Nike Air! Navigant entre soul, afro beat, reggae, hip-hop et musique traditionnelle, le style du rappeur s’avère plutôt difficile à classer. Jadis membre du groupe belge Starflam, Baloji, contrairement à la plupart de ses confrères rappeurs, n’utilise pas la technique de l’échantillonnage. Il s’entoure plutôt de musiciens en chaire et en os; claviériste, batteur, bassiste et guitariste, sans oublier miss Camille, sa charmante choriste. Pour ce dernier spectacle - Montréal étant l’ultime destination de leur tournée - Baloji et ses compères nous ont gratifiés d’une performance ultra colorée et explosive.

Qu’on aime ou pas le style musical de Baloji, difficile de résister à son énergie. Sur scène, il se démène littéralement du début à la fin, désirant plus que tout entraîner les spectateurs dans son groove ensoleillé. « Avancez-vous un peu qu’on se sente moins seuls », lancera-t-il à plusieurs reprises au public, un peu trop timide à son goût. Congolais de naissance, il est déraciné dès son jeune âge pour adopter la citoyenneté belge. Hôtel Impala est une lettre en forme d’album écrite pour sa mère naturelle, qu’il n’a plus revue pendant 25 ans. Développant sur les thèmes de l’exil, de la quête des origines, de la perte des repères, du racisme et de l’immigration, chaque morceau représente un épisode de sa vie. Avec cet album autobiographique, Baloji se livre complètement au public. Pas étonnant que ses interprétations soient empreintes d’autant de conviction et d’émotion, puisque chacune de ses chansons vibre en lui. Le dernier morceau de l’album, Nakuenda, représente la pierre angulaire, la raison d’être de ce projet musical. Il y raconte son retour au Congo, son « pays au visage de cuivre » et la rencontre avec sa famille restée là-bas.

 

 

Ce soir-là, comme la musique l’enterre, on a malheureusement du mal à saisir tous ses propos. Dommage puisque ce qui donne tant de force au rap, c’est l'emphase mise sur les paroles ainsi que la prouesse d’élocution. Or, le flow du rappeur ne semble pas toujours s’accorder au rythme de ses musiciens. Malgré la puissance de la performance scénique de Baloji, on se lasse un peu du rythme répétitif de ses pièces, qui traînent souvent en longueur.

 

Tout ceci ne vous rendra pas le congo - Baloji
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Sur cet album à saveur très personnelle, Baloji ne cache pas ses couleurs : il présente des textes protestataires véhiculant une forte identité et des revendications sociales et politiques prononcées. Militant contre l’immigration chauvine et sélective en France, qu’il accuse de reproduire le modèle colonialiste, Baloji se réjouit de la réaction positive du public montréalais lorsqu’il demande : « Vous êtes contre l’impérialisme américain ici, n’est-ce pas ? ». Sans oublier le tonnerre d’applaudissements tandis qu’il mentionne son admiration envers notre combat pour la sauvegarde de la langue française et de la culture québécoise.

 

 

Liens:

My Space : www.myspace.com/baloji
Officiel : www.baloji.com/site/

 

 

Crédit photos : Jean-François Leblanc

 

 

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