Le 14 novembre, dans le
cadre de l’événement Coup de
cœur francophone, la parole était à
l’honneur. Sur la scène du Cabaret
Juste pour rire, les rappeurs Samian
et Baloji, l’un arrivant du Nord
et l’autre du Sud, se sont relayés
afin de nous faire vibrer de leur verbe saccadé.
Contrairement au gangsta rap, qui rabâche
à outrance les bienfaits de la société
de consommation et nous martèle de thématiques
matérialistes, violentes et sexistes, Samian
et Baloji font souffler un vent de fraîcheur.
Tandis que plusieurs rappeurs de leur génération
se construisent des personnages bien loin de leur réalité
quotidienne, ils ont quant à eux choisi d’utiliser
le hip-hop pour dénoncer des fléaux sociaux
tels que le racisme, la pauvreté et l'exclusion.
Natif
de la communauté autochtone de Pikogan,
en Abitibi-Témiscamingue, Samian
scande haut et fort la fierté de ses origines.
Emmêlant habilement le français et l’algonquin
ainsi que les rythmes martelés de la console de DJ
à ceux du tambour amérindien traditionnel,
il dénonce, par ses textes engagés, les injustices
dont sa communauté est victime depuis la nuit des
temps. Intègre, allumé, débordant de
simplicité et d’authenticité, celui
qui se qualifie de rappeur pacifique fait de sa plume prolifique
un outil pour défendre les droits des siens et ainsi
changer le monde à sa façon.
« J’suis
le gars que tu vois/ Je sais d’où je viens/
et je sais où je m’en vais ». Ainsi
se présente ce jeune métis qui n’a pas
peur des mots et ose aborder le délicat sujet des
relations québeco-amérindiennes. Revendiquant
l’égalité des peuples, il affirme qu’il
« y a du racisme des deux bords » et
qu’avant tout, on fait partie d’une seule et
même race : l’humain. Décontracté,
sympathique et visiblement heureux de se retrouver sur scène,
le rap semble être pour Samian une seconde nature.
« J’ai pas choisi de faire du rap / C’est
le rap qui m’a choisi », révèle-t-il
d’entrée de jeu avec la pièce Injustice.
Ce qui marque le plus
avec Samian, c’est que sa poésie
est accessible autant aux francophones qu’aux amérindiens.
Qualifié comme le premier rappeur algonquin de la
planète, il va même jusqu’à intégrer
une troisième langue à ses pièces :
l’innu. Désirant sensibiliser
la population au fait que les langues amérindiennes,
pourtant « toutes purement québécoises
», sont en train de disparaître au même
rythme que leur culture, il dénonce le fait que ses
chansons n’entrent pas dans les quotas francophones
des stations de radio québécoises : c’est
dans le volet « international » qu’elles
ont été classées. Plutôt étonnant
pour un québécois pur laine qui chante en
français, non?
La
paix des braves - Samian et Loco
Locass Ce vidéo
n'est pas une propriété d'Info-Culture.Biz.
Le dernier morceau réserve
une surprise de taille. En effet, pour La paix des
braves, pièce résultant d’une
collaboration avec Loco Locass, le jeune
rappeur les invite à monter sur scène. Cette
union symbolique de la formation séparatiste avec
ce fier représentant des Premières Nations
a un effet monstre: ils offrent une prestation électrisante
qui fait lever le public jusqu’à la dernière
note. Racontant l’histoire du débarquement
des blancs en Amérique et par conséquent leur
rencontre choc avec les Premières Nations, les rappeurs
cherchent à faire tomber les préjugés,
« d’Hochelaga à Stadaconé
», célébrant ainsi les différences
entre les deux peuples.
Avec ses rimes à
la fois sages et crues, le jeune homme de 25 ans déverse
son flow au rythme du tambour amérindien, résonnant
comme autant de battements de cœur. Son premier disque,
Face à soi-même, lancé en novembre 2007,
lui a valu une nomination pour l’album Hip-Hop de
l’année au dernier Gala de l’ADISQ.
Récipiendaire
du Prix Rapsat-Lelièvre 2008 pour son tout
premier album, Hôtel Impala, le rappeur
Baloji impressionne dès son entrée
en scène. Très, très, très grand
et tout aussi élancé, le jeune homme est vêtu
d’un élégant costard noir et…de
Nike Air! Navigant entre soul, afro beat, reggae,
hip-hop et musique traditionnelle, le style du rappeur
s’avère plutôt difficile à classer.
Jadis membre du groupe belge Starflam, Baloji,
contrairement à la plupart de ses confrères
rappeurs, n’utilise pas la technique de l’échantillonnage.
Il s’entoure plutôt de musiciens en chaire et
en os; claviériste, batteur, bassiste et guitariste,
sans oublier miss Camille, sa charmante choriste. Pour ce
dernier spectacle - Montréal étant l’ultime
destination de leur tournée - Baloji
et ses compères nous ont gratifiés d’une
performance ultra colorée et explosive.
Qu’on aime ou pas
le style musical de Baloji, difficile de résister
à son énergie. Sur scène, il se démène
littéralement du début à la fin, désirant
plus que tout entraîner les spectateurs dans son groove
ensoleillé. « Avancez-vous un peu qu’on
se sente moins seuls », lancera-t-il à
plusieurs reprises au public, un peu trop timide à
son goût. Congolais de naissance, il est déraciné
dès son jeune âge pour adopter la citoyenneté
belge. Hôtel Impala est une lettre
en forme d’album écrite pour sa mère
naturelle, qu’il n’a plus revue pendant 25 ans.
Développant sur les thèmes de l’exil,
de la quête des origines, de la perte des repères,
du racisme et de l’immigration, chaque morceau représente
un épisode de sa vie. Avec cet album autobiographique,
Baloji se livre complètement au
public. Pas étonnant que ses interprétations
soient empreintes d’autant de conviction et d’émotion,
puisque chacune de ses chansons vibre en lui. Le dernier
morceau de l’album, Nakuenda, représente
la pierre angulaire, la raison d’être de ce
projet musical. Il y raconte son retour au Congo, son «
pays au visage de cuivre » et la rencontre avec
sa famille restée là-bas.
Ce soir-là, comme
la musique l’enterre, on a malheureusement du mal
à saisir tous ses propos. Dommage puisque ce qui
donne tant de force au rap, c’est l'emphase mise sur
les paroles ainsi que la prouesse d’élocution.
Or, le flow du rappeur ne semble pas toujours s’accorder
au rythme de ses musiciens. Malgré la puissance de
la performance scénique de Baloji, on se lasse un
peu du rythme répétitif de ses pièces,
qui traînent souvent en longueur.
Tout
ceci ne vous rendra pas le congo - Baloji
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Sur cet album à saveur très personnelle,
Baloji ne cache pas ses couleurs : il présente
des textes protestataires véhiculant une forte identité
et des revendications sociales et politiques prononcées.
Militant contre l’immigration chauvine et sélective
en France, qu’il accuse de reproduire le modèle
colonialiste, Baloji se réjouit de la réaction
positive du public montréalais lorsqu’il demande
: « Vous êtes contre l’impérialisme
américain ici, n’est-ce pas ? ».
Sans oublier le tonnerre d’applaudissements tandis
qu’il mentionne son admiration envers notre combat
pour la sauvegarde de la langue française et de la
culture québécoise.