Album
Second Time Around, chez Justin Time, en magasin
depuis le 6 mai 2008
Difficile
période des fêtes pour les vétérans
du jazz d’ici, Oscar Peterson ayant
définitivement tiré sa révérence
le jour de Noël! La tornade Peterson disparue
– même si l’arthrite avait prématurément
mis fin à sa carrière – la figure
du patriarche s’incarne tout naturellement
en la personne d’Oliver Jones.
«Peterson
a été ma principale source d’inspiration,
sans aucun doute», reconnaissait récemment
Jones avec la formidable humilité qui caractérise
ce jeune homme de 73 ans.
Né un 11
septembre dans la Petite-Bourgogne et élevé
dans une maison modeste, voisine de celle d’Oscar
Peterson, Oliver Theophilus Jones
est ce qu’il convient d’appeler un talent
musical «naturel», donnant son premier
spectacle à cinq ans et jouant à neuf
dans un club de nuit! On se souviendra que sa première
professeure de piano jazz était Daisy
Peterson Sweeney, la propre sœur d’Oscar,
et que la carrière du pianiste s’étend
bien au-delà du registre jazzique.
Pour celui qui
fut le pianiste résident du club Biddle’s,
la fidélité à la scène
montréalaise est une constante, du moins
pour les trois dernières décennies.
On ne s’étonnera donc pas de le voir
poser son regard rêveur sur le décor
de la vieille ville en couverture de ce nouvel album.
Second
Time Around s’inscrit comme la suite
logique de One More Time, paru
en 2006 et gagnant d'un Félix. Fidèle
à la formule du trio qu’il affectionne
particulièrement, Jones
s’offre ici une rythmique intergénérationnelle
de haut calibre : le contrebassiste Éric
Lagacé reprend avec brio le pupitre
tenu précédemment par Dave Young,
tandis que le tout jeune Jim Doxas nous
confirme qu’il est LE batteur à surveiller.
Cette seconde
visite est un album très équilibré
qui parcourt la palette du jazz mainstream, de la
ballade aux morceaux d’inspiration bebop à
tempo élevé en passant par le swing
bondissant. S’y côtoient quelques standards
et six compositions, dont deux sont dédiées
aux sidemen du pianiste : Museric Waltz, une valse
aux accents romantiques pour Éric Lagacé,
et D for Doxas, où le jeune drummer
démontre sa vélocité.
À l’écoute,
on prend vite conscience du parti pris de s’amuser
avec les figures de style, en donnant à l’inoxydable
Misty une facture langoureuse avant de le déconstruire,
ou en réinterprétant un blues (Simple
Blues) et une structure bop (Dizzy-Nest).
Jones prend aussi le prétexte du traditionnel
Precious Lord en piano solo pour
donner cours à un lyrisme typique qui nous
rappelle sa récente prestation en tant que
musicien invité du Montreal Jubilation
Gospel Choir. Et on se réjouit de constater
que le temps n’a pas de prise sur ces doigts-là.
Malgré
leur âge et leurs parcours distincts, les
trois musiciens font la démonstration d’une
grande cohérence et ne manquent pas non plus
l’occasion de se livrer à quelques
échappées sous la forme de solos toujours
maîtrisés. Du beau travail qui donne
un souffle de vie à une tradition bien assise.
Il sera intéressant
et réjouissant de retrouver l’énergie
de l’album sur la scène du
Festival de jazz de Montréal, où
Mister Jones se produira en voisin cette année
encore. Le public pourra l’entendre dans divers
contextes, célébrant le 25e anniversaire
de Justin Time, l’étiquette
à laquelle il reste fidèle, et marquant
une nouvelle fois de sa présence le spectacle
de clôture.
Bien
joué… surtout pour un musicien qui
avait pris sa retraite en 2000!
Souvenir:
Oliver Jones, Festival International de Jazz de
Montréal
Ce vidéo n'est pas une propriété
d'Info-Culture.Biz.