On peut
sortir l’homme de l’Afrique, mais visiblement
pas l’Afrique de l’homme. Le musicien sénégalais
Musa Dieng Kala en est un exemple tout
aussi inspirant qu’entraînant. Son troisième
album, intitulé sobrement Exil, porte la
marque de la terre et des gens humbles qui la travaillent
pour en faire ressortir le meilleur. Et même s’il
affirme, sur la dernière piste, telle une déclaration
d’amour déclamée sur une mer calme et
assurée, « Le Québec est mon pays
», son héritage africain traverse chaque
note et surtout sa philosophie tout entière.
Des sonorités arabes ou indiennes jusqu’aux
tonalités proprement sub-sahariennes, la texture
musicale d’Exil se plaît à explorer
le métissage des traditions, dans un dosage joliment
sensible. Que ce soit les percussions, la kora – un
genre de harpe-luth – ou le houd – autre bijou
à cordes, le choix des instruments a de la gueule,
de la pertinence et ajoute à la richesse de l’ensemble.

Crédit photo:
http://www.quebecpop.com
Si l’on s’attarde
au sens des paroles, une fois traduites en français
dans le beau livret d’accompagnement, on constate
le haut niveau de spiritualité que l’artiste
a voulu insuffler à ses chants, en appelant à
la volonté d’Allah, au soufisme musulman ou
à un certain courant de pensée appelé
mouridisme. Cela pourrait en irriter quelques-uns qui préfèrent
extirper de leur existence tout symbole se rapprochant du
religieux, car le parti pris y est on ne peut plus affiché.
Mais ce serait faire fi de la voix engagée qui porte
ses messages de paix, de tolérance et d’espoir.
La voix de Musa Dieng Kala, qu’elle épouse
des rythmes enjoués ou plus graves, ne cesse de porter
fièrement le flambeau de celles qui l’ont précédée,
des hommes et des femmes qui se sont tenus debout pour que
survive la dignité et que pousse les fleurs dans
le désert.
Le titre français
de la deuxième chanson, Dolé Moye
Yar (dans laquelle on évoque entre autres
la prétention des Américains), résume
bien ce disque-voyage : « La force, c’est
la politesse, c’est l’humilité ».
Avançant modestement et avec un respect infini sur
le chemin de ses racines, Musa Dieng Kala livre sa lumière
intérieure avec une simplicité qui l’honore
et nous enchante. Une belle éclaircie printanière
que cet album !
Musa Dieng Kala
– Exil - XXI-21
Productions INC. – 2008
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