Le lundi, 3 novembre 2008


Moran ou l’anti-spectacle

Bookmark and Share

Sa voix, sa guitare et c’est tout. Pas de mise en scène, pas de liste de chanson, pas de conception d’éclairage, pas d’artifice. Seulement la musique et les paroles. L’essentiel quoi. Mais Jean-François Moran, dit Moran, a beau être un artiste sans prétention, le public présent lors de sa prestation du 24 octobre dernier, à l’église Sacré-Cœur, a eu droit à une soirée des plus chaleureuses et intimistes.

D’entrée de jeu il se débarrasse de sa gomme, sans aucune cérémonie. Après une bonne gorgée de café fumant, tout en accordant sa guitare, il agace son unique (et très timide) compagnon de scène, Denis Coulombe, également bassiste d’Angel Forrest. Drôle, naturel, décontracté et visiblement à l’aise sur scène, Moran regarde son public droit dans les yeux et s’adresse à lui sur un ton familier, racontant ici et là quelques tranches de vie hilarantes. Avant d’entamer la première pièce, il va même jusqu’à attendre que les retardataires s’assoient. « C’est un show comme à’ maison », nous dira-t-il d’ailleurs. Un peu déstabilisant, tout de même, surtout que la plupart des gens présents ne le connaissent pratiquement pas : après tout, ce n’est qu’en mai 2006 qu’il a sorti son premier album, Tabac.

 

 

En fait, tout commence en 2005 lorsque Moran remporte le prix du meilleur auteur-compositeur-interprète au concours Ma première Place des arts, en plus du prix du jury pour sa chanson Balcon. Puis les honneurs déboulent : se faisant remarquer en Europe grâce au spectacle Grand 8, il gagne le prix « tremplin-découverte » en France. Puis, en 2006, de retour chez nous, il est lauréat du prestigieux prix Gilles-Vigneault décerné par la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec.

Le timbre est rauque, enveloppant et caressant. La guitare, grattée tout doucement, suggère des balades majoritairement folks mais flirt parfois avec de délicieux airs espagnols (comme sur Désordre) ou légèrement country (telle Cyberhole). Des propos franchement séducteurs, abordant surtout l’amour et le désir, et une poésie très, très sensuelle : « On pourrait se faire l’amour en vers / Se faire venir avec des mots », susurre-t-il dans Chaos, poursuivant avec « Laisser le sens déshabillé / Laisser la muse se dévêtir » dans Blind. Ajoutez à cela un sourire de tombeur et un regard ravageur…Difficile de ne pas tomber sous le charme.

 

 

Deux voix qui s’harmonisent parfaitement, deux guitares complémentaires : Moran et son complice Denis Coulombe forment sans contredit un duo admirable qui réussit à nous faire vibrer du début à la fin. S’amusant autant en musique qu’entre les chansons, ils sont d’une authenticité rare, leur amitié surpassant visiblement la musique. Prenant très peu de place sur scène, on les imagine volontiers encore plus près du public, au beau milieu des spectateurs. Moran viendra d’ailleurs s’asseoir parmi nous en laissant la scène à Denis, également auteur-compositeur, le temps d’une chanson. Très expressif au moment de l’interprétation avec sa voix juste et touchante, ce dernier s’empresse de baisser les yeux tout de suite après la dernière note, révélant à la sauvette qu’un album est à venir l’an prochain.

Jonglant habilement entre la langue de Molière et celle de Shakespeare, Moran offre des interprétations senties, d’une voix qui peut se faire puissante et forte mais qu’on aura tendance à préférer plus suave, laissant échapper quelques fausses notes lorsque poussée trop haut. Malgré des accords d’une grande simplicité, la musique coule et nous envahit profondément, invitant parfois à fermer les yeux et se laisser bercer ou encore à taper du pied sur des rythmes plus entraînants. Bien que l’artiste mise uniquement sur sa voix et sa guitare, il évite habilement la monotonie, sans doute grâce à des paroles riches mais aussi à son attitude si unique. Bref, on quitte la salle sur un nuage, encore imprégnés de cette voix lascive rappelant, par moments, celle de Kevin Parent. Moran est présentement dans une période charnière puisque plusieurs chansons interprétées lors du spectacle ne se retrouvent malheureusement pas sur Tabac. Elles seront réunies sur le prochain album, encore en chantier. Un deuxième disque qu’on attend de pied ferme, les pièces révélées offrant un avant-goût exquis qu’on regrette de ne pas pouvoir rapporter chez soi.

 

Site officiel : http://www.jfmoran.ca

 

Crédit photos : Audrey Simard

 

 

Accueil

Résolution : 1024 X 768 et Internet Explorer et Firefox
© 2006/2008 - Info-Culture.biz. Tous droits réservés. Il est interdit d’utiliser tout texte de ce Média Internet Culturel, par quelque moyen que ce soit, sans en demander
l’autorisation à Info-Culture.biz et à son auteur.

 

Légende
½ ; pas du tout ; un peu ; assez ; beaucoup ; passionnément