Sa voix, sa guitare et
c’est tout. Pas de mise en scène, pas de liste
de chanson, pas de conception d’éclairage,
pas d’artifice. Seulement la musique et les paroles.
L’essentiel quoi. Mais Jean-François Moran,
dit Moran, a beau être un artiste
sans prétention, le public présent lors de
sa prestation du 24 octobre dernier, à l’église
Sacré-Cœur, a eu droit à une soirée
des plus chaleureuses et intimistes.
D’entrée
de jeu il se débarrasse de sa gomme, sans aucune
cérémonie. Après une bonne gorgée
de café fumant, tout en accordant sa guitare, il
agace son unique (et très timide) compagnon
de scène, Denis Coulombe, également
bassiste d’Angel Forrest. Drôle, naturel,
décontracté et visiblement à l’aise
sur scène, Moran regarde son public
droit dans les yeux et s’adresse à lui sur
un ton familier, racontant ici et là quelques tranches
de vie hilarantes. Avant d’entamer la première
pièce, il va même jusqu’à attendre
que les retardataires s’assoient. « C’est
un show comme à’ maison », nous
dira-t-il d’ailleurs. Un peu déstabilisant,
tout de même, surtout que la plupart des gens présents
ne le connaissent pratiquement pas : après tout,
ce n’est qu’en mai 2006 qu’il a sorti
son premier album, Tabac.

En fait, tout commence
en 2005 lorsque Moran remporte le prix
du meilleur auteur-compositeur-interprète au concours
Ma première Place des arts, en plus du prix
du jury pour sa chanson Balcon. Puis les honneurs déboulent
: se faisant remarquer en Europe grâce au spectacle
Grand 8, il gagne le prix « tremplin-découverte
» en France. Puis, en 2006, de retour chez nous,
il est lauréat du prestigieux prix Gilles-Vigneault
décerné par la Société professionnelle
des auteurs et des compositeurs du Québec.
Le timbre est rauque,
enveloppant et caressant. La guitare, grattée tout
doucement, suggère des balades majoritairement folks
mais flirt parfois avec de délicieux airs espagnols
(comme sur Désordre) ou légèrement
country (telle Cyberhole). Des propos franchement
séducteurs, abordant surtout l’amour et le
désir, et une poésie très, très
sensuelle : « On pourrait se faire l’amour
en vers / Se faire venir avec des mots », susurre-t-il
dans Chaos, poursuivant avec «
Laisser le sens déshabillé / Laisser la muse
se dévêtir » dans Blind.
Ajoutez à cela un sourire de tombeur et un regard
ravageur…Difficile de ne pas tomber sous le charme.


Deux voix qui s’harmonisent
parfaitement, deux guitares complémentaires : Moran
et son complice Denis Coulombe forment
sans contredit un duo admirable qui réussit à
nous faire vibrer du début à la fin. S’amusant
autant en musique qu’entre les chansons, ils sont
d’une authenticité rare, leur amitié
surpassant visiblement la musique. Prenant très peu
de place sur scène, on les imagine volontiers encore
plus près du public, au beau milieu des spectateurs.
Moran viendra d’ailleurs s’asseoir parmi nous
en laissant la scène à Denis, également
auteur-compositeur, le temps d’une chanson. Très
expressif au moment de l’interprétation avec
sa voix juste et touchante, ce dernier s’empresse
de baisser les yeux tout de suite après la dernière
note, révélant à la sauvette qu’un
album est à venir l’an prochain.
Jonglant habilement entre
la langue de Molière et celle de Shakespeare, Moran
offre des interprétations senties, d’une voix
qui peut se faire puissante et forte mais qu’on aura
tendance à préférer plus suave, laissant
échapper quelques fausses notes lorsque poussée
trop haut. Malgré des accords d’une grande
simplicité, la musique coule et nous envahit profondément,
invitant parfois à fermer les yeux et se laisser
bercer ou encore à taper du pied sur des rythmes
plus entraînants. Bien que l’artiste mise uniquement
sur sa voix et sa guitare, il évite habilement la
monotonie, sans doute grâce à des paroles riches
mais aussi à son attitude si unique. Bref, on quitte
la salle sur un nuage, encore imprégnés de
cette voix lascive rappelant, par moments, celle de Kevin
Parent. Moran est présentement dans
une période charnière puisque plusieurs chansons
interprétées lors du spectacle ne se retrouvent
malheureusement pas sur Tabac. Elles seront
réunies sur le prochain album, encore en chantier.
Un deuxième disque qu’on attend de pied ferme,
les pièces révélées offrant
un avant-goût exquis qu’on regrette de ne pas
pouvoir rapporter chez soi.
Site officiel
: http://www.jfmoran.ca
Crédit
photos : Audrey Simard
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