Un quart de siècle! Déjà un quart
de siècle que le professeur Trevor W. Payne,
infatigable mentor aux excentriques verres fumés,
incarne l’âme du Montreal Jubilation Choir.
Pour une chorale gospel, vingt-cinq ans de résidence
dans notre métropole laïque, ça se
célèbre.

Crédit photo : Doug Noon (Flickr)
Natif
de la Barbade, Payne fonde le chœur en 1982 avec
l’aide de Daisy Peterson Sweeney, la sœur
d'Oscar Peterson. Il s’agit alors de marquer
les 75 ans de l'église Union United Church
de Montréal, en compagnie de quelques pointures
du jazz, dont Oliver Jones, Ranee Lee et Charles
Biddle. Le concert est un succès immédiat,
et la suite appartient désormais à l’histoire.
Le Choir a enregistré une dizaine d’albums,
collaboré avec Céline Dion, Foreigner, New
Kids On The Block, Michael Bolton et Ray Charles, chanté
pour Nelson Mandela et Elizabeth II, et s’est forgé
une réputation qui dépasse très largement
l’île de Montréal!
Le bilan
de ces vingt-cinq années se trouve chez tous les
bons disquaires, comme on dit, sous la forme d’une
compilation justement intitulée LOOKING BACK
volume 2. On y constate qu’après les incursions
dans des territoires musicaux allant jusqu’au classique
– un objectif discutable –, le répertoire
s’est recentré sur ses racines noires : le
gospel, bien sûr, mais aussi le jazz (mainstream
et moderne), les musiques africaines, la soul
et le rhythm’n’blues. Ça groove et
on ne s’en plaindra pas!
À
la question usée «faut-il être
croyant pour apprécier cette musique?»,
empressons-nous de répondre qu’il faut en
effet croire… en la musique! Le chef de chœur
confiait lui-même à La Presse : «Je
ne suis pas un prêtre, seulement un musicien. C'est
drôle : à la blague, on a aussi surnommé
Ray Charles the high priest».
Mais
revenons à cette soirée, celle du 14 décembre
2007, pour être exact, et à cette église
St-James fraîchement remise en valeur et pleine
à craquer d’une foule ni particulièrement
noire, ni particulièrement pieuse, venue communier
sur l’autel universel de la musique soul. Pour faire
entrer ce quart de siècle dans la légende,
Payne a fait appel à quelques invités spéciaux,
à commencer par le légendaire Oliver Jones,
héritier du titre de pianiste phare du jazz local
depuis que l’arthrite a ralenti les doigts d’Oscar
Peterson. Dans les pièces instrumentales de la
deuxième partie, Jones a réalisé
le double miracle de compenser par son énergie
l’absence des choristes et de jouer juste sur un
piano désaccordé!
Autres
invités, la chanteuse classique Gwyn Beaver dans
une déchirante version de Motherless Child, le
chanteur-prêcheur Alan Prater, tellement inspiré
qu’il n’en touche plus le sol, et, surtout,
le Jubilation Big Band au souffle si puissant
qu’on entend deux fois plus de musiciens qu’on
n’en voit.
Dans
leurs robes blanches et azur, les 38 choristes ont su
offrir une performance à la hauteur de la réputation
du chœur, ce qui n’est pas peu dire. La sonorisation,
c’est vrai, les «enterrait»
un peu derrière les instruments, donnant une dimension
d’autant plus appréciable aux pièces
a cappella. Les solistes faisaient preuve de
solides qualités vocales derrière l’attitude
nécessairement réservée du choriste
propulsé à l’avant-plan le temps d’une
chanson.
Depuis
Highway to Heaven, l’introduction traditionnelle
du Choir, jusqu’au rappel – l’incontournable
medley de Noël ?, l’église résonnait
de ce mélange d’application et du groove
si prenant qui caractérise les meilleurs chœurs
gospel. Alors, quand Trevor W. Payne a fait mine
de congédier ses choristes pour faire monter le
public sur la (petite) scène, les candidats
se sont bousculés pour aller hurler un Glory
Train pas très catholique!
Merci
encore, Professeur! On se revoit à Noël…
pendant les vingt-cinq prochaines années ?
Visitez:
www.jubilationchoir.com
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