| Ce
livre a inspiré un épisode de la série
Canada en Amour diffusée à
Radio-Canada. Il se déroule en 1684, en Nouvelle-France
: libertinage, meurtre, procès emprisonnement, injustice…
Marie
Major, une jeune fille à l’esprit
indépendant, jouit à Paris d’une vie
simple, mais vibrante de culture, de liberté et surtout
de livres, tout ce qu’on refuse aux femmes de l’époque.
Puis vient le jour où les membres de sa famille,
pour ne pas avoir à partager leur héritage
avec cette fille « rebelle », la font
enfermer à la Salpêtrière. C’est
là, en effet, qu’on entasse les infirmes, les
orphelines, les teigneuses, les criminelles, les hérétiques,
les mendiantes, les démentes et aussi… les
insoumises, comme elle.

De cet
endroit sinistre, la seule issue possible étant de
devenir Fille du roi, elle s’embarquera pour la Nouvelle-France
où elle épousera Antoine Roy dit Desjardins,
une jeune soldate du régiment Carignan. Marie tirera
partie du mieux qu’elle le peut de cette existence
dure, mais sereine, mettant à profit son intelligence
et sa passion pour la vie. Mais tout basculera le jour où
son mari, tombé amoureux d’une autre femme,
sera assassiné par le mari de cette dernière.
Le récit
captivant d’une Fille du roi, trahie et tenue responsable,
par les bien-pensants du XVIIe siècle, de l’amour
coupable de son mari. Après tout, « il
allait de soi qu’une bonne épouse devrait pouvoir
détourner son homme de la prison et des autres femmes
»! Déjà éprouvée
par l’assassinat de son époux, Marie verra
sa réputation saccagée, perdra tous les biens,
les amis et les privilèges acquis au fil des années.
Arrivera-t-elle, malgré tout, à traverser
cette tempête de honte et de déchéance?
Bourgeoise, jeune instruite de Normandie, elle se retrouve
parmi les jeunes Françaises envoyées en Nouvelle-France,
les Filles du roi, pour peupler les terre du roi Louis XIV.
À peine arrivée dans ce nouveau monde, elle
devient l’épouse d’Antoine Roy dit Desjardins,
jeune soldat du régiment de Carignan. Même
s’il s’agit d’un mariage de raison, les
deux jeunes gens entretiennent une relation harmonieuse.
Quelques années plus tard, en voyage à Ville-Marie,
Antoine s’éprend de la femme de son logeur
et se laisse tenter par sa beauté. Le mari trompé,
alerté par les ragots des voisins, surprend les amants
et, sous l’emprise de la colère, assassine
le fautif. Celle qui sera le plus sévèrement
punie du crime des amants, c’est Marie, la veuve de
l’homme assassiné. Femme assoiffée de
liberté et de savoir, elle verra sa réputation
saccagée par l’histoire odieuse entourant la
mort de son mari.
Roman
historique merveilleusement bien documenté, Marie
Major nous raconte l'histoire de l'ancêtre
de l'auteure. Ce roman n'est toutefois pas construit comme
les autres romans historiques que j'ai lus. Faisant la part
belle aux faits historiques, aux données sociologiques
de l’époque, ce roman traite des moeurs, coutumes
et croyances des premiers habitants de la Nouvelle-France.
L'auteure ne se contente pas de nous raconter la vie de
Marie Major, mais fait le parallèle
avec ce qui fut le drame de la vie de cette femme et les
crimes et châtiments en Nouvelle-France. On connaît
rarement cette partie de l'histoire, soit les dessous des
procès, procédures et jugements. En Nouvelle-France
à cette époque, la victime était souvent
aussi coupable que le criminel et était jugée
en conséquence. Les humiliations publiques étaient
encouragées pour punir les crimes et servaient d'exemple
aux autres colons. Les pendaisons et les humiliations étaient
de vrais « spectacles » auxquels assistait
la foule. Les châtiments corporels étaient
choses courantes : un enfant qui avait volé un pain
était marqué au fer rouge de la lettre V (voleur).
On coupait la langue à ceux qui blasphémaient,
après une septième offense. Les femmes cachaient
régulièrement leurs connaissances, si elles
avaient eu la (mal)chance de faire des études. Elles
signaient d'une croix les documents relatifs à leur
mariage par exemple, pour ne pas éveiller les soupçons
et être montrée du doigt comme étant
une « précieuse ridicule ».
La femme qui démontrait le désir d'apprendre
était alors taxée d'orgueilleuse. Marie était
alors vue comme une extravagante, en avance sur son temps.
On parle beaucoup de son métier de sage-femme et
j'ai trouvé intéressant d'en connaître
plus sur les méthodes utilisées alors. Pour
pratiquer légalement la profession, la sage-femme
devait avoir en sa possession un certificat de bonnes moeurs.
La morale valait beaucoup plus en ce temps que les connaissances
et l'habileté à exercer le métier...
Le roman est augmenté d'une annexe volumineuse qui
est très intéressante et qui complète
bien le roman. On nous livre la généalogie
d'Antoine Roy dit Desjardins et de Marie Major,
sa femme, ainsi que ceux dont les noms de famille sont susceptibles
d'être leurs descendants. Je trouve intéressant
que l'auteure nous explique un peu ses recherches, car après
la lecture d'un roman historique, je me pose souvent la
question : « est-ce vraiment ainsi que les événements
se sont passés? Quels événements ont
pu être vérifiés? ». L'auteure
donne beaucoup de pistes pour le lecteur avide d'histoire
: des livres à lire et des sites Web à visiter
pour consulter des documents historiques et en apprendre
plus. L'auteure parle du préjugé entourant
le statut de Filles du roi, qui sont souvent vues comme
des filles aux moeurs légères, des prostituées.
Certes, il y en avait. Cependant, ces filles étaient
envoyées en Nouvelle-France pour peupler le pays.
Le roman donne envie de se documenter sur cet aspect de
l'histoire.

Cadette
d’une famille de treize enfants, Sergine Desjardins
a passé son enfance sur une ferme, au Cap-à-la-Baleine,
à l’est de Matane. Après fondé
Les Grand(e)s de Rimouski, ville où
elle habite maintenant, elle a complété une
maîtrise en éthique, a collaboré à
deux ouvrages, a rédigé un essai (Médecins
et sages-femmes, Les enjeux d’un débat qui
n’en finit plus, Québec-Amérique, 1993)
et a écrit plus d’une centaine d’articles.
Nombre de pages : 496
Prix suggéré : 26,95 $ CAN.
En vente dans toutes les librairies
Guy
Saint-Jean Éditeur
www.saint-jeanediteur.com
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