Le samedi, 15 novembre 2008


Ne manquez pas la parade

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Dès que les projecteurs se posent sur lui, il démarre en trombe. D’emblée, il se lance dans l’humour survolté et désopilant qu’on lui connaît, de ceux qui n’épargnent aucun fou rire. Le spectateur n’a qu’un seul choix : sauter à pieds joints dans la parade. Menée par l’encensé Louis-José Houde, elle s’est d’ailleurs arrêtée au Théâtre Lionel-Groulx de Ste-Thérèse, le 8 novembre dernier.

C’est avec un humour à saveur tranches de vie et des histoires abracadabrantes tirées directement de son vécu que celui qui parle plus vite que son ombre réussit à conquérir le public. « Ça, ça ne s’invente pas! », lance-t-il d’ailleurs à plusieurs reprises avant d’entamer un gag. Observateur minutieux du quotidien, il met en scène des situations qu’on a tous déjà vécues, en plus de mettre le doigt sur ces agissements absurdes que l’on garde généralement pour soi. Bien qu’à travers son regard les événements prennent un aspect très caricaturale, il sait conserver la bonne dose de réalisme permettant au spectateur de se reconnaître. Résultat : les réactions d’approbation fusent de partout : « Oh ouiii!! Moi aussi!! ». Bref, la grande force de Louis-José, c’est qu’il nous renvoie à nous-même et réussit à nous faire rire de nos travers. Même s’il flirte parfois avec la vulgarité et le simplisme, il est l’un des rares à pouvoir se targuer d’utiliser intelligemment l’humour pipi-caca. En fait, ce procédé n’est qu’un prétexte pour mieux enrichir le propos principal et ne devient en aucun cas l’élément central. Technique qu’il semble tout particulièrement priser : la réutilisation fréquente de personnages ou expressions en les intégrant ici et là, quand on s’y attend le moins. Une formule utilisée plutôt souvent du côté des humoristes ces derniers temps, mais qu’il maîtrise parfaitement, pour notre plus grand plaisir. À cela s’ajoute un excellent sens du rythme rehaussant énormément l’efficacité de ses gags.

Louis-José livre une prestation très, très physique. Incapable de rester en place, il saute, court et danse sur scène, allant même jusqu’à effectuer un solo de batterie à vous couper le souffle. Celui qui rêvait de devenir batteur n’a absolument rien à envier aux musiciens professionnels : il a non seulement un talent certain, mais une énergie du tonnerre. À un point tel que même après cette performance ahurissante, il poursuit son spectacle comme si de rien n’était…Hyperactif, vous dites?

 

Souvenirs: Louis-José Houde à l'Olympia
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Par-dessus tout, le jeune trentenaire aborde le thème de la famille. Possédant un talent incontestable de conteur, il creuse dans ses souvenirs, notamment au beau milieu des « glorieuses années 80 », où il a vécu les vacances familiales les plus étonnantes qui soient. Le tout donne lieu à un sketch savoureux, voire même une pièce d’anthologie : la tente roulotte en Gaspésie. Bien au-delà de l’humour, celui qui n’a absolument pas peur du ridicule nous apprend une grande leçon : apprendre à rire de nous-même. Nourrissant une brillante réflexion sur l’humour, il le considère non seulement comme un outil très efficace pour faire tomber les tensions, mais également comme un moyen de contrer les tabous sociaux. C’est ainsi qu’il aborde le délicat sujet de l’avortement, accomplissant l’admirable exploit de parler de son expérience personnelle avec humour, sans jamais être déplacé. Un moment riche en émotions fortes, pendant lequel la ligne entre rire et larmes est bien mince.

Poète à ses heures, Louis-José joue non seulement avec les mots, mais possède son propre vocabulaire. Il va même jusqu’à inventer des termes complètement saugrenus, comme quand il dit avoir attrapé des coups de soleil sur les « aisselles de genoux » ou encore lorsque, malade pendant un voyage dans le Sud, il « touristise ». Sans oublier le plaisir évident qu’il prend à se moquer et se questionner sur la signification (ou plutôt l’absence de signification) de certaines expressions québécoises telles que « ça fait une secousse » ou « se faire chauffer la couenne ».

Monsieur Houde n’est pas qu’humoriste. Comédien à ses heures, il offre une prestation très imagée, utilisant avec brio sa gestuelle, son faciès (qui va bien au-delà de la simple grimace) et ses intonations vocales afin de mettre en scène des personnages qu’on a tous déjà rencontrés quelque part. Passé maître dans l’art du pastiche, il arrive haut la main à les rendre tout à fait crédibles. Doté d’une imagination fertile, il ne se limite pas à son texte et semble adorer les digressions, nous faisant remarquer, moqueur, qu’il n’y a pas d’écran de télévision pour nous séparer. Louis-José semble d’ailleurs très attentif aux réactions du public, décrochant fréquemment de son propos pour récupérer la balle au vol. Il nous laisse ainsi découvrir un improvisateur habile, à la répartie drôlement spontanée. Comme il se fait un plaisir fou à apostropher directement les spectateurs, voici un conseil d’ami : n’allez pas aux toilettes au beau milieu du show, vous risquez de le regretter…Avec lui, l’expression rire aux larmes prend véritablement tout son sens. Le petit sourire discret tourne rapidement au fou rire incontrôlable. Mais mieux vaut suivre attentivement, parce que non seulement le plaisantin parle vite, mais il aligne ses gags l’un après l’autre, sans même prendre le temps de respirer ou de nous laisser digérer sa blague précédente.

 

C’est à Philippe Bond, humoriste de la relève, qu’est confié le mandat d’assurer la première partie du spectacle tout au long de la tournée. À l’exception du sketch bien ficelé et très punché du chat mort, il nous sert un humour plutôt facile, reprenant entre autre le cliché surexploité des différences hommes/femmes. Heureusement, il le fait sous un angle un tantinet nouveau, arrivant même à nous surprendre et nous soutirer quelques éclats de rire. Bref, Bond réchauffe bien la salle mais arrive difficilement à nous faire oublier pour qui on est là…

Chose certaine : Louis-José Houde est un spécimen tout à fait unique et assurément inimitable. Et même s’il avoue ne pas toujours arriver à suivre la parade humaine, il s’en démarque assurément. Gagnant du Félix du spectacle d’humour de l’année, Suivre la parade, son deuxième one-man-show en carrière, est sans contredit un événement à ne pas manquer. Par ailleurs, les nombreux fans peuvent se réjouir : l’artiste est déjà en écriture pour son prochain spectacle, prévu en 2010. On aura également le plaisir de le retrouver au cinéma dans une comédie d’Émile Gaudreault, à l’affiche en 2009.

 

D’ici-là, sa tournée à travers le Québec se poursuit jusqu’en mai prochain.

Pour plus d’info: http://www.louisjosehoude.com
Pour Philippe Bond: http://www.philippebond.com

 

 

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