Dès que les projecteurs
se posent sur lui, il démarre en trombe. D’emblée,
il se lance dans l’humour survolté et désopilant
qu’on lui connaît, de ceux qui n’épargnent
aucun fou rire. Le spectateur n’a qu’un seul
choix : sauter à pieds joints dans la parade. Menée
par l’encensé Louis-José Houde,
elle s’est d’ailleurs arrêtée au
Théâtre
Lionel-Groulx de Ste-Thérèse,
le 8 novembre dernier.
C’est avec un humour
à saveur tranches de vie et des histoires abracadabrantes
tirées directement de son vécu que celui qui
parle plus vite que son ombre réussit à conquérir
le public. « Ça, ça ne s’invente
pas! », lance-t-il d’ailleurs à
plusieurs reprises avant d’entamer un gag. Observateur
minutieux du quotidien, il met en scène des situations
qu’on a tous déjà vécues, en
plus de mettre le doigt sur ces agissements absurdes que
l’on garde généralement pour soi. Bien
qu’à travers son regard les événements
prennent un aspect très caricaturale, il sait conserver
la bonne dose de réalisme permettant au spectateur
de se reconnaître. Résultat : les réactions
d’approbation fusent de partout : « Oh ouiii!!
Moi aussi!! ». Bref, la grande force de Louis-José,
c’est qu’il nous renvoie à nous-même
et réussit à nous faire rire de nos travers.
Même s’il flirte parfois avec la vulgarité
et le simplisme, il est l’un des rares à pouvoir
se targuer d’utiliser intelligemment l’humour
pipi-caca. En fait, ce procédé n’est
qu’un prétexte pour mieux enrichir le propos
principal et ne devient en aucun cas l’élément
central. Technique qu’il semble tout particulièrement
priser : la réutilisation fréquente de personnages
ou expressions en les intégrant ici et là,
quand on s’y attend le moins. Une formule utilisée
plutôt souvent du côté des humoristes
ces derniers temps, mais qu’il maîtrise parfaitement,
pour notre plus grand plaisir. À cela s’ajoute
un excellent sens du rythme rehaussant énormément
l’efficacité de ses gags.
Louis-José
livre une prestation très, très physique.
Incapable de rester en place, il saute, court et danse sur
scène, allant même jusqu’à effectuer
un solo de batterie à vous couper le souffle. Celui
qui rêvait de devenir batteur n’a absolument
rien à envier aux musiciens professionnels : il a
non seulement un talent certain, mais une énergie
du tonnerre. À un point tel que même après
cette performance ahurissante, il poursuit son spectacle
comme si de rien n’était…Hyperactif,
vous dites?
Souvenirs:
Louis-José Houde à l'Olympia
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Par-dessus tout, le jeune
trentenaire aborde le thème de la famille. Possédant
un talent incontestable de conteur, il creuse dans ses souvenirs,
notamment au beau milieu des « glorieuses années
80 », où il a vécu les vacances
familiales les plus étonnantes qui soient. Le tout
donne lieu à un sketch savoureux, voire même
une pièce d’anthologie : la tente roulotte
en Gaspésie. Bien au-delà de l’humour,
celui qui n’a absolument pas peur du ridicule nous
apprend une grande leçon : apprendre à rire
de nous-même. Nourrissant une brillante réflexion
sur l’humour, il le considère non seulement
comme un outil très efficace pour faire tomber les
tensions, mais également comme un moyen de contrer
les tabous sociaux. C’est ainsi qu’il aborde
le délicat sujet de l’avortement, accomplissant
l’admirable exploit de parler de son expérience
personnelle avec humour, sans jamais être déplacé.
Un moment riche en émotions fortes, pendant lequel
la ligne entre rire et larmes est bien mince.
Poète à
ses heures, Louis-José joue non
seulement avec les mots, mais possède son propre
vocabulaire. Il va même jusqu’à inventer
des termes complètement saugrenus, comme quand il
dit avoir attrapé des coups de soleil sur les «
aisselles de genoux » ou encore lorsque, malade pendant
un voyage dans le Sud, il « touristise ».
Sans oublier le plaisir évident qu’il prend
à se moquer et se questionner sur la signification
(ou plutôt l’absence de signification) de
certaines expressions québécoises telles que
« ça fait une secousse » ou « se
faire chauffer la couenne ».
Monsieur Houde n’est pas qu’humoriste. Comédien
à ses heures, il offre une prestation très
imagée, utilisant avec brio sa gestuelle, son faciès
(qui va bien au-delà de la simple grimace) et
ses intonations vocales afin de mettre en scène des
personnages qu’on a tous déjà rencontrés
quelque part. Passé maître dans l’art
du pastiche, il arrive haut la main à les rendre
tout à fait crédibles. Doté d’une
imagination fertile, il ne se limite pas à son texte
et semble adorer les digressions, nous faisant remarquer,
moqueur, qu’il n’y a pas d’écran
de télévision pour nous séparer. Louis-José
semble d’ailleurs très attentif aux réactions
du public, décrochant fréquemment de son propos
pour récupérer la balle au vol. Il nous laisse
ainsi découvrir un improvisateur habile, à
la répartie drôlement spontanée. Comme
il se fait un plaisir fou à apostropher directement
les spectateurs, voici un conseil d’ami : n’allez
pas aux toilettes au beau milieu du show, vous risquez de
le regretter…Avec lui, l’expression rire aux
larmes prend véritablement tout son sens. Le petit
sourire discret tourne rapidement au fou rire incontrôlable.
Mais mieux vaut suivre attentivement, parce que non seulement
le plaisantin parle vite, mais il aligne ses gags l’un
après l’autre, sans même prendre le temps
de respirer ou de nous laisser digérer sa blague
précédente.
C’est à Philippe
Bond, humoriste de la relève, qu’est
confié le mandat d’assurer la première
partie du spectacle tout au long de la tournée. À
l’exception du sketch bien ficelé et très
punché du chat mort, il nous sert un humour plutôt
facile, reprenant entre autre le cliché surexploité
des différences hommes/femmes. Heureusement, il le
fait sous un angle un tantinet nouveau, arrivant même
à nous surprendre et nous soutirer quelques éclats
de rire. Bref, Bond réchauffe bien la salle mais
arrive difficilement à nous faire oublier pour qui
on est là…
Chose certaine : Louis-José
Houde est un spécimen tout à fait
unique et assurément inimitable. Et même s’il
avoue ne pas toujours arriver à suivre la parade
humaine, il s’en démarque assurément.
Gagnant du Félix du spectacle d’humour de l’année,
Suivre la parade, son deuxième one-man-show en carrière,
est sans contredit un événement à ne
pas manquer. Par ailleurs, les nombreux fans peuvent se
réjouir : l’artiste est déjà
en écriture pour son prochain spectacle, prévu
en 2010. On aura également le plaisir de le retrouver
au cinéma dans une comédie d’Émile
Gaudreault, à l’affiche en 2009.
D’ici-là,
sa tournée à travers le Québec se poursuit
jusqu’en mai prochain.