Le lundi, 7 avril 2008


Le Magicien prodigieux

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C’était soir de première au Théâtre Périscope pour le Théâtre Sortie de Secours avec sa nouvelle pièce Le magicien Prodigieux. Pour fêter ses dix-huit ans d’existence, la troupe a amorcé son cycle d’or, clin d’œil au Siècle d’or espagnol, avec Santiago l’an dernier et elle poursuit sur la même lignée. Philippe Soldevila a eu l’idée d’aborder des sujets plus importants, plus « matures » et ce, en parlant de la notion de Dieu et de la spiritualité. Alors que ces notions pourront sembler rebutantes pour certains, le Théâtre Sortie de Secours en a plutôt fait un théâtre ludique et amusant.

 

 

C’est un narrateur-diable qui ouvre le spectacle, tel le maître de piste au cirque qui orchestre le déroulement de la soirée. Il s’adresse directement aux spectateurs, brisant ainsi le quatrième mur et nous impliquant dans les festivités. Car tout est là pour nous mettre dans cette ambiance. Les guirlandes de lumières qui partent de la scène jusque dans le fond de la salle, le grand rideau circassien, les échafaudages et les comédiens costumés telle une troupe itinérante y participent tous. Bien que « Le magicien prodigieux » soit une adaptation du drame religieux de Calderòn de la Barca, on sent que la pièce sera d’un autre niveau. Philippe Soldevila avoue lui-même que c’est une « adaptation libertaire, quasi parodique » et le sous-titre de la pièce nous l’annonce également : Comédie philosophique et métaphysique strictement vouée à l’édification morale. Le propos de la pièce se situe à l’époque de l’empire romain à Antioche où nous retrouvons Cipriano, jeune homme étudiant les mystères de l’univers et de la vie, qui rencontre un voyageur avec qui il discute de l’existence d’un Dieu unique. Ce voyageur n’étant nul autre que le Diable, il n’apprécie pas cette vision et « accable » Cipriano d’un amour pour la belle Justina. Cette dernière est déjà convoitée par deux galants amis du jeune homme, mais elle est aussi la vertu incarnée. Pour réussir à séduire la belle, Cipriano se laisse tenter par un magicien qu’il rencontre, encore une fois le Diable, et il vend son âme afin d’acquérir la magie qui lui donnera le pouvoir de séduction. Alors que dans la pièce originale on inclut la notion de libre arbitre pour que nos deux héros deviennent martyrs, Soldevila l’utilise à d’autres fins qui pourront surprendre le spectateur…

L’ingéniosité de cette adaptation est d’avoir su rendre la pièce intemporelle, entre l’empire romain et une arène de cirque tout en utilisant certains cliché théâtraux tels le ciel côté jardin et l’enfer côté cour. Déjà, l’originale se distinguait de ses contemporains, par exemple Corneille où la règle des trois unités était reine, et s’inscrit davantage comme une comedia, un genre de tragi-comédie propre au théâtre espagnol. Philippe Soldevila et ses acolytes ont poussé quant à eux l’expérience beaucoup plus loin, au plus grand plaisir des amateurs. Le mélange des genres et d’époques se reflète bien sur scène avec des costumes disparates, parfois empruntés à l’ère romaine et parfois du cirque, de multiples accessoires hétéroclites et des éléments de décor peu élaborés, à l’image des troupes itinérantes qui devaient faire beaucoup avec peu de moyens et bien de l’imagination. De plus, on nous rappelle sans cesse que nous sommes en représentation et divers accessoires sont utilisés pour nous le montrer comme ces épées en mousse que l’on frappe sur le sol pour simuler une bataille, des décors minimalistes alors que les protagonistes magnifient la nature, etc. Il s’agit d’ailleurs d’un réel travail de récupération qui se fait sentir jusque dans la musique créée par Pascal Robitaille qui se sert de divers morceaux tirés du classique et de l’opéra. Il s’agit d’un véritable terrain de jeu pour les huit comédiens du Magicien prodigieux qui nous font souvent rire, sans manquer de nous toucher. Bien qu’il y ait deux protagonistes principaux, on sent que chacun est d’une égale importance, mais ils sont aussi d’une égale compétence. La pièce amène parfois le comédien à « surjouer » son personnage pour accentuer la théâtralité et ce peut être dangereux, mais ici tous réussissent bien. Un seul bémol, avec tous ces éclats le spectateur perd souvent le fil du texte et sent parfois que quelque chose lui échappe.

 

 

 

Le Magicien prodigieux est une pièce qui fait rire, sans être dénuée de sens, et quelque peu philosophique, sans être incompréhensible. Un heureux mélange pour satisfaire le cœur et l’esprit, orchestré par une troupe qui s’amuse ferme sous la main de maître de Soldevila. On a déjà hâte de voir ce qu’ils nous préparent pour achever leur Cycle d’or l’an prochain. Certainement un autre rendez-vous à ne pas manquer !

À l’affiche jusqu’au 12 avril au théâtre Périscope.

 

Texte : D’après Calderón de la Barca
Adaptation libre : Philippe Soldevila
Mise en scène : Philippe Soldevila
Assistance à la mise en scène : France LaRochelle
Distribution : Jonathan Gagnon, Israël Gamache, Marie-Hélène Lalande, Nicolas Létourneau, Patrick Ouellet, Guillaume Perreault, Marie-France Tanguay et Nicola-Frank Vachon.
Musiciens sur scène : Nicola-Frank Vachon et Patrick Ouellet
Scénographie : Erica Schmitz
Costumes : Jeanne Lapierre
Lumières : Christian Fontaine

 

Pour information ou réservation : 648-9989 ou
www.theatreperiscope.qc.ca

 

 

Crédit photo : Louise Leblanc

 

 

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