C’était
soir de première au Théâtre
Périscope pour le Théâtre
Sortie de Secours avec sa nouvelle pièce
Le magicien Prodigieux. Pour fêter ses
dix-huit ans d’existence, la troupe a amorcé
son cycle d’or, clin d’œil au Siècle
d’or espagnol, avec Santiago l’an
dernier et elle poursuit sur la même lignée.
Philippe Soldevila a eu l’idée d’aborder
des sujets plus importants, plus « matures »
et ce, en parlant de la notion de Dieu et de la spiritualité.
Alors que ces notions pourront sembler rebutantes pour
certains, le Théâtre Sortie de Secours
en a plutôt fait un théâtre ludique
et amusant.
 
C’est
un narrateur-diable qui ouvre le spectacle, tel le maître
de piste au cirque qui orchestre le déroulement de
la soirée. Il s’adresse directement aux spectateurs,
brisant ainsi le quatrième mur et nous impliquant
dans les festivités. Car tout est là pour
nous mettre dans cette ambiance. Les guirlandes de lumières
qui partent de la scène jusque dans le fond de la
salle, le grand rideau circassien, les échafaudages
et les comédiens costumés telle une troupe
itinérante y participent tous. Bien que «
Le magicien prodigieux » soit une adaptation
du drame religieux de Calderòn de la Barca,
on sent que la pièce sera d’un autre niveau.
Philippe Soldevila avoue lui-même
que c’est une « adaptation libertaire, quasi
parodique » et le sous-titre de la pièce nous
l’annonce également : Comédie philosophique
et métaphysique strictement vouée à
l’édification morale. Le propos de la pièce
se situe à l’époque de l’empire
romain à Antioche où nous retrouvons Cipriano,
jeune homme étudiant les mystères de l’univers
et de la vie, qui rencontre un voyageur avec qui il discute
de l’existence d’un Dieu unique. Ce voyageur
n’étant nul autre que le Diable, il n’apprécie
pas cette vision et « accable » Cipriano
d’un amour pour la belle Justina. Cette dernière
est déjà convoitée par deux galants
amis du jeune homme, mais elle est aussi la vertu incarnée.
Pour réussir à séduire la belle, Cipriano
se laisse tenter par un magicien qu’il rencontre,
encore une fois le Diable, et il vend son âme afin
d’acquérir la magie qui lui donnera le pouvoir
de séduction. Alors que dans la pièce originale
on inclut la notion de libre arbitre pour que nos deux héros
deviennent martyrs, Soldevila l’utilise à
d’autres fins qui pourront surprendre le spectateur…
L’ingéniosité
de cette adaptation est d’avoir su rendre la pièce
intemporelle, entre l’empire romain et une arène
de cirque tout en utilisant certains cliché théâtraux
tels le ciel côté jardin et l’enfer côté
cour. Déjà, l’originale se distinguait
de ses contemporains, par exemple Corneille où la
règle des trois unités était reine,
et s’inscrit davantage comme une comedia,
un genre de tragi-comédie propre au théâtre
espagnol. Philippe Soldevila et ses acolytes
ont poussé quant à eux l’expérience
beaucoup plus loin, au plus grand plaisir des amateurs.
Le mélange des genres et d’époques se
reflète bien sur scène avec des costumes disparates,
parfois empruntés à l’ère romaine
et parfois du cirque, de multiples accessoires hétéroclites
et des éléments de décor peu élaborés,
à l’image des troupes itinérantes qui
devaient faire beaucoup avec peu de moyens et bien de l’imagination.
De plus, on nous rappelle sans cesse que nous sommes en
représentation et divers accessoires sont utilisés
pour nous le montrer comme ces épées en mousse
que l’on frappe sur le sol pour simuler une bataille,
des décors minimalistes alors que les protagonistes
magnifient la nature, etc. Il s’agit d’ailleurs
d’un réel travail de récupération
qui se fait sentir jusque dans la musique créée
par Pascal Robitaille qui se sert de divers morceaux tirés
du classique et de l’opéra. Il s’agit
d’un véritable terrain de jeu pour les huit
comédiens du Magicien prodigieux
qui nous font souvent rire, sans manquer de nous toucher.
Bien qu’il y ait deux protagonistes principaux, on
sent que chacun est d’une égale importance,
mais ils sont aussi d’une égale compétence.
La pièce amène parfois le comédien
à « surjouer » son personnage
pour accentuer la théâtralité et ce
peut être dangereux, mais ici tous réussissent
bien. Un seul bémol, avec tous ces éclats
le spectateur perd souvent le fil du texte et sent parfois
que quelque chose lui échappe.
 
Le
Magicien prodigieux est une pièce qui fait
rire, sans être dénuée de sens, et quelque
peu philosophique, sans être incompréhensible.
Un heureux mélange pour satisfaire le cœur et
l’esprit, orchestré par une troupe qui s’amuse
ferme sous la main de maître de Soldevila. On a déjà
hâte de voir ce qu’ils nous préparent
pour achever leur Cycle d’or l’an prochain.
Certainement un autre rendez-vous à ne pas manquer
!
À
l’affiche jusqu’au 12 avril au théâtre
Périscope.
Texte
: D’après Calderón de la Barca
Adaptation libre : Philippe Soldevila
Mise en scène : Philippe Soldevila
Assistance à la mise en scène : France
LaRochelle
Distribution : Jonathan Gagnon, Israël
Gamache, Marie-Hélène Lalande, Nicolas Létourneau,
Patrick Ouellet, Guillaume Perreault, Marie-France Tanguay
et Nicola-Frank Vachon.
Musiciens sur scène : Nicola-Frank
Vachon et Patrick Ouellet
Scénographie : Erica Schmitz
Costumes : Jeanne Lapierre
Lumières : Christian Fontaine
Pour
information ou réservation : 648-9989 ou
www.theatreperiscope.qc.ca
Crédit
photo : Louise Leblanc
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