Le lundi, 28 avril 2008


Le Jugement
Hans-Jürgen Greif

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Après son roman La Bonbonnière, qui nous ramenait dans le Québec du 19e siècle, Hans-Jürgen Greif nous transporte maintenant à l’époque de la Renaissance en Suisse. Il nous raconte la vie du peintre Niklaus Manuel Deutsch et nous permet donc une incursion dans le monde de la peinture, qui est également le prétexte pour dépeindre les mœurs et les habitudes des gens du début du 16e siècle.

 

 

Niklaus est un peintre qui a d’abord été mercenaire et a donc connu les champs de bataille. Il en acquiert une vision particulière du monde, de la société et du corps humain. Parfois traité davantage comme un artisan que comme un véritable artiste par ses concitoyens, il réussit tout de même à lancer sa carrière. Sa femme Katharina, fille d’un notable de Berne, y est pour beaucoup et a des plans bien précis pour faire fructifier le métier de son mari. Ses ambitions sont souvent déçues, car Niklaus n’a pas son sens des affaires et préfère de loin s’occuper de son art. Il apprécie ainsi ses longues discussions avec Sophia, la sœur de sa femme, avec qui il apprend à peindre les mythes. Greif s’est inspiré de la toile Le jugement de Pâris pour faire son récit, où les trois figures mythologiques de Junon, Minerve et Vénus sont associés à Katharina sa femme, à Sophia sa belle-sœur et à Dorothea, une jeune femme qu’il fréquente aux bains. Une belle façon de raconter l’histoire du peintre bien ancré dans l’époque de la Renaissance.

Le jugement est une véritable œuvre d’art que l’on lit comme on regarde à la dérobée une peinture ou comme on dévore des yeux une œuvre qui vient nous bouleverser. On regarde d’abord l’ensemble rapidement, émerveillé et ensuite on remarque tous ces petits détails qui la rendent encore plus belle. On suit ensuite le mouvement confiant du gros trait, la précision des détails et la douceur de l’harmonie. Telle est l’œuvre de Greif ici. Les amateurs de romans où action et suspense sont à l’honneur seront ici déçus, mais tous les amateurs de peinture, d’art en général ou des néophytes ayant un quelconque intérêt y trouveront leur compte. L’auteur use de finesse et de douceur afin d’établir son histoire et ses personnages. Ces derniers sont dépeints de façon réaliste, avec leurs forces et faiblesses, ce qui les rend profondément humains. Au fil du roman, on voit comment le peintre Deutsch compose sa peinture, personnage par personnage, les retouches qu’il y apporte grâce aux conseils de Sophia et aussi les recettes qu’il suit pour créer les couleurs à partir de divers pigments. Il nous faut également lever notre chapeau à Hans-Jürgen Greif pour l’excellente recherche et la documentation phénoménale qu’il a recueillie. Bien qu’on ne sache dans quelles proportions les faits énoncés sont réels, les moments marquants de la vie de Niklaus Manuel Deutsch et le contexte général de l’œuvre sont véritables et très bien décrits. Il est fascinant de voir comment vivaient les gens au quotidien à cette époque, la montée des idées religieuses de Luther, mais aussi de voir le traitement réservé aux artistes, davantage vus comme des artisans. On se rend compte que les temps n’ont pas changé tant que ça !

Le Jugement est un livre pour tout amateur d’art et de peinture ou encore pour les amoureux d’histoire et particulièrement de la Renaissance. On se laisse bercer et guider dans cet univers sous la plume expérimentée de Greif, en découvrant petit à petit la globalité de l’œuvre. À lire tranquillement, en dégustant chaque mot, chaque trait, chaque tableau…


Né en Allemagne, Hans-Jürgen Greif vit à Québec depuis plus de trente ans. Retraité depuis peu, il a enseigné les littératures allemande et française à l'Université Laval de même que la phonétique orthophonique allemande aux chanteurs du Conservatoire de Québec. Si sa langue première est l'allemand, c'est en français qu'il a écrit "Orfeo". Mis en nomination au Prix du Gouverneur général pour "L'autre Pandore" (Leméac, 1990), Hans-Jürgen Greif a fait paraître un recueil de nouvelles, "Solistes" (L'instant même, 1997) dont la critique a louangé la construction subtile et l'écriture soignée.

 

Éditions L’Instant Même
www.instantmeme.com

242 p., 25,00 $

 

 

 

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