Avec
Le déni d’Arnold Wesker, le sujet chaud de
l’inceste remet en question la délicate problématique
du refoulement mémoriel.
Auteur
de talent, sacré chevalier en 2006, Arnold
Wesker sait construire le drame. On ne s’étonne
donc pas que La Compagnie Jean Duceppe,
22 ans après nous avoir présenté
Des frites, des frites, des frites, ait désiré
se replonger dans l’univers du dramaturge avec son
œuvre la plus puissante, Le déni.
Adaptée au cinéma en 2004, la pièce
remet en question la validité des souvenirs refoulés.
Existent-ils vraiment, ou la manipulation habile d’une
thérapeute suffirait-elle à générer
une mémoire conditionnée?
Linda Sorgini, Marie-Chantal Perron
- Linda Sorgini
Le
déni nous fait vivre deux ans dans la
vie de la cadette ratée d’une famille aimante.
Son mariage est un échec, sa carrière ne
tient plus la route, la dépression la guette. C’est
donc avec l’esprit confus qu’elle décide
de consulter une thérapeute. Mais Valérie
ne trouve qu’une seule raison au mal d’être
de sa patiente : l’inceste, dont Jenny
aurait réprimé tous les souvenirs. Si la
jeune femme refuse d’abord l’accusation, elle
se laisse rapidement convaincre de son propre état
de déni, et finira persuadée du crime commis
pas son père, son grand-père, et sa mère
complice.
Montée
dans un style réaliste et dramatique courant chez
Duceppe, la pièce intrigue et alimente l’ambivalence.
Le spectateur plaint d’entrée de jeu la pauvre
victime, puis doute de la culpabilité de la famille,
brisée par des charges aussi dures. C’est
que tous les points de vue sont bien représentés
: on aime à détester la Valérie de
Linda Sorgini, arrogante et butée, et
on apprécie le dynamisme incontestable de Sandy
la journaliste dénonciatrice, campée par
Isabelle Vincent. Perron génère
la pitié en dépeignant avec justesse la
longue descente aux enfers de Jenny, et Guy Nadon
se révèle troublant d’amour impuissant.
C’est d’ailleurs lui qui fait de la scène
finale le moment fort de la pièce, en exposant
avec sensibilité la plaie béante de toute
une famille.
Guy Nadon, Marie-Chantal Perron, Louise
Laprade, Benoît Girard, Linda Sorgini, Isabelle
Vincent et Marie-Ève Bertrand - Linda Sorgini,
Marie-Chantal Perron
On soulignera
cependant l’inutilité du personnage de Ziggy,
pourtant bien campé par Girard, et la performance
inégale de Laprade dans le rôle de la mère.
Si ce n’était que de ces détails,
le drame aurait su créer un dur malaise, mais malheureusement,
une scénographie un peu bébête jumelée
à plusieurs longueurs empêche le réel
investissement du spectateur, qu’on gave de redondances
et de monologues trop sentis. En bref, Le déni
est une pièce saisissante au sujet brûlant
qui n’atteint pas son plein potentiel, mais à
qui l’on pardonne aisément.
Ce
vidéo n'est pas une propriété d'Info-Culture.Biz.
Équipe
de conception : Mise en scène : Martine Beaulne Traduction : Geneviève Lefebvre Éclairage : André Rioux Scénographie : Richard Lacroix Costumes : Daniel Fortin Conception vidéo : Yves Labelle Musique : Silvy Grenier Accessoires : Normand Blais
LA DURÉE
DU SPECTACLE EST D’ENVIRON 1H45 SANS ENTRACTE.
Distribution Marie-Ève Bertrand (Abigail) Benoît Girard (Ziggy) Louise Laprade (Karen) Guy Nadon (Matthew) Marie-Chantal Perron (Jenny) Linda Sorgini (Valérie) Isabelle Vincent (Sandy)