Le lundi, 16 mars 2009

 
Le Déni
Mémoire vive


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Avec Le déni d’Arnold Wesker, le sujet chaud de l’inceste remet en question la délicate problématique du refoulement mémoriel.

Auteur de talent, sacré chevalier en 2006, Arnold Wesker sait construire le drame. On ne s’étonne donc pas que La Compagnie Jean Duceppe, 22 ans après nous avoir présenté Des frites, des frites, des frites, ait désiré se replonger dans l’univers du dramaturge avec son œuvre la plus puissante, Le déni. Adaptée au cinéma en 2004, la pièce remet en question la validité des souvenirs refoulés. Existent-ils vraiment, ou la manipulation habile d’une thérapeute suffirait-elle à générer une mémoire conditionnée?

 


Linda Sorgini, Marie-Chantal Perron - Linda Sorgini

 

Le déni nous fait vivre deux ans dans la vie de la cadette ratée d’une famille aimante. Son mariage est un échec, sa carrière ne tient plus la route, la dépression la guette. C’est donc avec l’esprit confus qu’elle décide de consulter une thérapeute. Mais Valérie ne trouve qu’une seule raison au mal d’être de sa patiente : l’inceste, dont Jenny aurait réprimé tous les souvenirs. Si la jeune femme refuse d’abord l’accusation, elle se laisse rapidement convaincre de son propre état de déni, et finira persuadée du crime commis pas son père, son grand-père, et sa mère complice.

Montée dans un style réaliste et dramatique courant chez Duceppe, la pièce intrigue et alimente l’ambivalence. Le spectateur plaint d’entrée de jeu la pauvre victime, puis doute de la culpabilité de la famille, brisée par des charges aussi dures. C’est que tous les points de vue sont bien représentés : on aime à détester la Valérie de Linda Sorgini, arrogante et butée, et on apprécie le dynamisme incontestable de Sandy la journaliste dénonciatrice, campée par Isabelle Vincent. Perron génère la pitié en dépeignant avec justesse la longue descente aux enfers de Jenny, et Guy Nadon se révèle troublant d’amour impuissant. C’est d’ailleurs lui qui fait de la scène finale le moment fort de la pièce, en exposant avec sensibilité la plaie béante de toute une famille.

 


Guy Nadon, Marie-Chantal Perron, Louise Laprade, Benoît Girard, Linda Sorgini, Isabelle Vincent et Marie-Ève Bertrand - Linda Sorgini, Marie-Chantal Perron

 

On soulignera cependant l’inutilité du personnage de Ziggy, pourtant bien campé par Girard, et la performance inégale de Laprade dans le rôle de la mère. Si ce n’était que de ces détails, le drame aurait su créer un dur malaise, mais malheureusement, une scénographie un peu bébête jumelée à plusieurs longueurs empêche le réel investissement du spectateur, qu’on gave de redondances et de monologues trop sentis. En bref, Le déni est une pièce saisissante au sujet brûlant qui n’atteint pas son plein potentiel, mais à qui l’on pardonne aisément.

 

Ce vidéo n'est pas une propriété d'Info-Culture.Biz.
 

 

 

Équipe de conception :
Mise en scène : Martine Beaulne
Traduction : Geneviève Lefebvre
Éclairage : André Rioux
Scénographie : Richard Lacroix
Costumes : Daniel Fortin
Conception vidéo : Yves Labelle
Musique : Silvy Grenier
Accessoires : Normand Blais

LA DURÉE DU SPECTACLE EST D’ENVIRON 1H45 SANS ENTRACTE.

Distribution
Marie-Ève Bertrand (Abigail)
Benoît Girard (Ziggy)
Louise Laprade (Karen)
Guy Nadon (Matthew)
Marie-Chantal Perron (Jenny)
Linda Sorgini (Valérie)
Isabelle Vincent (Sandy)


Production du Théâtre Jean Duceppe, à l’affiche du 4 mars au 11 avril 2009.

 

 

Crédit photos : Propriété, François Brunelle, Compagnie Jean Duceppe

 

 

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