Le
Théâtre du transport en commun nous
présente jusqu’au 9 février prochain,
au Premier Acte, la pièce de théâtre
audacieuse Le boxer ou la fin d’un gros
câlisse où l’auteur, le metteur
en scène et l’acteur principal se nomment
respectivement Patric Saucier, Patric Saucier et Patric
Saucier. Rien de moins pour ce dramaturge aux milles
projets qui nous présente des bribes de sa vie
«classée» par son fort gabarit
à travers une fiction poignante et un témoignage
courageux.
C’est
par un monologue de plus d’une heure et demi que
nous assistons à ce travail hors du commun, où
le personnage, aussi drôle que touchant, nous présente
les difficultés à être la cible de
railleries toute une vie à cause de son «format
surdimensionné». Tout seul devant nous,
il réussit à habiter la scène et
à nous faire littéralement sortir de notre
bulle pour plonger dans l’imposant personnage aux
centaines de livres, serré dans sa minuscule camisole
de criminel, devenu prisonnier et boxer.

L’histoire
raconte le destin d’un homme «gros»,
qui selon ses proches, a le physique d’un futur
boxer sans le désirer, mais qui à force
de se faire cataloguer, finit par ressembler à
«l’image du catalogue». Bien
entendu, après une jeunesse à se faire écraser,
écœurer et mettre de côté, il
va finalement «péter les plomb»
à Paris lors d’une rencontre infructueuse
avec une fille magnifique mais incroyablement méprisante.
Sous son regard dédaigneux, il décide de
lui infliger la laideur dans un excès de folie
afin qu’elle ressente elle aussi le regard pesant
des autres.
Ce personnage
à fleur de peau souffre beaucoup et réussit
maintes fois à nous émouvoir ou à
nous faire rire par sa perspicacité. Par contre,
malgré toute la lucidité et la douceur de
ses réflexions, il en viendra à croire que
sa réussite passe par le défoulement et
la violence. L’ambiance est donc très provocante
par moment. On assiste à des bagarres en direct,
à des grands moments de victoire, à des
abus, et même à la mort, mais le plus souvent,
à des monologues ou des dialogues avec d’autres
personnages qu’il personnalise lui-même avec
habileté.
De la
mère inquiète au père Alzheimer,
du copain de cellule blagueur deux poids deux mesures
du Sud de la France à l’Anglais abuseur,
le jeu corporel tient du génie. Patric
Saucier contrôle tellement bien sa gestuelle,
sa posture, son regard, son accent et son débit
qu’il se transforme sans cesse sous nos yeux d’une
seconde à l’autre. Après le spectacle,
on a peine à croire qu’un seul homme nous
a montré autant de diversité humaine. Les
textes sont également étonnants, remplis
d’images, de comparaisons, de jeux de mots et de
citations frappantes. Le vocabulaire passe facilement
de soigné et poétique à du bon joual
québécois.

Visuellement,
la simplicité et l’efficacité l’emporte
car les grillages de prison, les murs sales de béton,
le «punching bag» et le petit tas
de dalles de Paris nous transportent merveilleusement
dans toutes les ambiances souhaitées, essentiellement
grâce au ludisme qu’utilise le comédien,
soit l’utilisation multiple d’un objet, d’un
gant de boxe qui devient la tête de sa mère.
Le comédien stimule aussi le spectateur en faisant
appel à son imagination, comme l’a fait Robert
Lepage avec le Théâtre de l’image.
Finalement,
voilà une pièce originale pour initier les
garçons frileux au théâtre. L’intimité
de la salle du Premier Acte nous permet
de se rapprocher de cet homme doté d’une
intelligence franche et émotive et d’une
audace qui vient nous chercher quelques larmes et quelques
bons rires.
Fait
cocasse, Patric Saucier a réellement rencontré
une parisienne méprisante, mais heureusement pour
lui, et pour nous, le scénario s’est plutôt
terminé par la création de cette audacieuse
pièce de théâtre plutôt que
par un délit viscéral.
N.B
: Fondé par Patric Saucier, Fabien Cloutier
et Nadine Bélanger, Le Théâtre
du Transport en commun vise à être
un outil de production pour les dramaturges de Québec.
Production
:
Texte,
mise en scène et Interprétation : Patrick
Saucier
Assistance à la mise en scène et
Régie : Anne-Marie Jean
Scénographie : Vanessa Cadrin
Assistant scénographe : Pascal
Lacroix
Éclairages et Conseiller à la mise
en scène : Philippe Séguy
Environnement sonore : Fabrice Tremblay
Musiques : Jean-Marc
Saumier, Fabrice Tremblay, Mathieu Girard, Stéphane
Caron, Andrée Bilodeau, Martin Bélanger,
Isabelle Fortier, Nine Inch Nails, Arvo Part et Moby
Théâtre
Premier Acte
http://www.premieracte.ca/
Crédit
photos : Courtoisie du Premier Acte
Accueil