Le lundi, 28 janvier 2008


De l’audace dans le ventre :
Le Boxer ou la fin d’un gros câlisse.

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Le Théâtre du transport en commun nous présente jusqu’au 9 février prochain, au Premier Acte, la pièce de théâtre audacieuse Le boxer ou la fin d’un gros câlisse où l’auteur, le metteur en scène et l’acteur principal se nomment respectivement Patric Saucier, Patric Saucier et Patric Saucier. Rien de moins pour ce dramaturge aux milles projets qui nous présente des bribes de sa vie «classée» par son fort gabarit à travers une fiction poignante et un témoignage courageux.

C’est par un monologue de plus d’une heure et demi que nous assistons à ce travail hors du commun, où le personnage, aussi drôle que touchant, nous présente les difficultés à être la cible de railleries toute une vie à cause de son «format surdimensionné». Tout seul devant nous, il réussit à habiter la scène et à nous faire littéralement sortir de notre bulle pour plonger dans l’imposant personnage aux centaines de livres, serré dans sa minuscule camisole de criminel, devenu prisonnier et boxer.

 

 

L’histoire raconte le destin d’un homme «gros», qui selon ses proches, a le physique d’un futur boxer sans le désirer, mais qui à force de se faire cataloguer, finit par ressembler à «l’image du catalogue». Bien entendu, après une jeunesse à se faire écraser, écœurer et mettre de côté, il va finalement «péter les plomb» à Paris lors d’une rencontre infructueuse avec une fille magnifique mais incroyablement méprisante. Sous son regard dédaigneux, il décide de lui infliger la laideur dans un excès de folie afin qu’elle ressente elle aussi le regard pesant des autres.

Ce personnage à fleur de peau souffre beaucoup et réussit maintes fois à nous émouvoir ou à nous faire rire par sa perspicacité. Par contre, malgré toute la lucidité et la douceur de ses réflexions, il en viendra à croire que sa réussite passe par le défoulement et la violence. L’ambiance est donc très provocante par moment. On assiste à des bagarres en direct, à des grands moments de victoire, à des abus, et même à la mort, mais le plus souvent, à des monologues ou des dialogues avec d’autres personnages qu’il personnalise lui-même avec habileté.

De la mère inquiète au père Alzheimer, du copain de cellule blagueur deux poids deux mesures du Sud de la France à l’Anglais abuseur, le jeu corporel tient du génie. Patric Saucier contrôle tellement bien sa gestuelle, sa posture, son regard, son accent et son débit qu’il se transforme sans cesse sous nos yeux d’une seconde à l’autre. Après le spectacle, on a peine à croire qu’un seul homme nous a montré autant de diversité humaine. Les textes sont également étonnants, remplis d’images, de comparaisons, de jeux de mots et de citations frappantes. Le vocabulaire passe facilement de soigné et poétique à du bon joual québécois.

 

 

Visuellement, la simplicité et l’efficacité l’emporte car les grillages de prison, les murs sales de béton, le «punching bag» et le petit tas de dalles de Paris nous transportent merveilleusement dans toutes les ambiances souhaitées, essentiellement grâce au ludisme qu’utilise le comédien, soit l’utilisation multiple d’un objet, d’un gant de boxe qui devient la tête de sa mère. Le comédien stimule aussi le spectateur en faisant appel à son imagination, comme l’a fait Robert Lepage avec le Théâtre de l’image.

Finalement, voilà une pièce originale pour initier les garçons frileux au théâtre. L’intimité de la salle du Premier Acte nous permet de se rapprocher de cet homme doté d’une intelligence franche et émotive et d’une audace qui vient nous chercher quelques larmes et quelques bons rires.

Fait cocasse, Patric Saucier a réellement rencontré une parisienne méprisante, mais heureusement pour lui, et pour nous, le scénario s’est plutôt terminé par la création de cette audacieuse pièce de théâtre plutôt que par un délit viscéral.

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N.B : Fondé par Patric Saucier, Fabien Cloutier et Nadine Bélanger, Le Théâtre du Transport en commun vise à être un outil de production pour les dramaturges de Québec.

 

Production :

Texte, mise en scène et Interprétation : Patrick Saucier
Assistance à la mise en scène et Régie : Anne-Marie Jean
Scénographie : Vanessa Cadrin
Assistant scénographe : Pascal Lacroix
Éclairages et Conseiller à la mise en scène : Philippe Séguy
Environnement sonore : Fabrice Tremblay
Musiques : Jean-Marc Saumier, Fabrice Tremblay, Mathieu Girard, Stéphane Caron, Andrée Bilodeau, Martin Bélanger, Isabelle Fortier, Nine Inch Nails, Arvo Part et Moby

 

Théâtre Premier Acte
http://www.premieracte.ca/

 

 

Crédit photos : Courtoisie du Premier Acte

 

 

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