Jules
Verne a écrit du théâtre
durant dix ans avant de se rendre compte qu’il
était fait pour la science fiction. Virginie
Jouannet Roussell, elle, n’a
visiblement pas eu à attendre si longtemps
avant de trouver sa voie. Son recueil, L’amour
est un carburant propre, est un petit
délice, malgré tous les bouleversements
qu’il créés.

L’auteure
demeure à Paris, là où
elle animait des ateliers d’écriture.
En 2000, elle a gagné le Prix Prométhée
de la nouvelle pour son premier recueil, Les
hommes sont des petits poucets. Ensuite,
elle a publié un roman, La chair
du péché, ainsi que plusieurs
pièces de théâtre. Actuellement,
elle est lectrice pour XO Éditions et
elle vient de faire paraitre, en mars 2008,
son deuxième recueil de nouvelles.
Dans
L’amour est un carburant propre,
la jeune auteure nous ouvre les portes sur l’univers
féminin. Qu’il soit physique, émotif
ou lubrique, c’est un intérieur
riche, mais troublant, qui nous est offert.
Chacune des protagonistes de ces neuf nouvelles
porte un regard cynique sur la vie qui les entoure.

Virginie
Jouannet Roussel n’y va pas avec
le dos de la cuiller. En effet, la nouvelle
qui ouvre le recueil nous frappe par la violence
des mots et des gestes rattachés au quotidien
d’une femme battue. Elle y dépeint
un univers lourd, parfois glauque, où
la femme est pourtant fort plus intelligente
que nous aurions pu le croire. D’autres
nouvelles parlent de désirs. De désirs
d’hommes inconnus, de désirs lesbiens,
de désirs interdits. Mais l’auteur
sait en outre garder toute sa pudeur et elle
ne nous offre que de ravissantes miettes d’érotisme.
Dans les autres nouvelles, la mort est parfois
la solution envisagée, des fois c’est
la fuite, et bien souvent, le changement. Les
histoires ont tous en commun de raconter l’instant
précis, de décrire le courage
des femmes dans n’importe quelle situation.
Ce recueil
parle d’amour, oui, mais aussi du malaise
de vivre, de ce vide créé par
l’amour absent ou attendu, de ce trou
laissé par les blessures passées.
Les héroïnes sont fortes et courageuses,
et bien souvent, ce sont elles-mêmes qui
se sont mises dans les situations qui les bousculent.
Il s’agit
d’un regard quelque peu désabusé
qui est posé sur une société
qui, selon les personnages, est paralysée
par les apparences et les conventions. Le bonheur
peut-il retrouver un écho parmi cette
vie effrénée? Du moins, ces neuf
nouvelles n’arrivent pas à nous
en convaincre.
On ne doute
plus du talent de l’auteur, dont chaque
nouvelle vient nous toucher au plus profond
de nous-mêmes. À plusieurs reprises,
l'auteur semble aller fouiller dans nos désirs
inavoués, nos préoccupations secrètes
ou encore nos questionnements fondamentaux.
Et c'est ça qui bouleverse tant et qui
donne toute la saveur à ce recueil.
L’amour
est un carburant propre
De Virginie Jouannet Roussel
En vente dans les librairies 20$
171 pages
Éditions
L’instant même
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