Le lundi, 4 février 2008


La Mouette de Tchekhov
(« Un classique à redécouvrir !»)

Bookmark and Share

Soir de première en ce 23 janvier à La Bordée pour la pièce La Mouette d’Anton Tchekhov, mise en scène par Frédéric Dubois. Un duo prometteur si l’on se fie à l’originalité, l’innovation et la réputation de chacun. Ces deux artistes, l’un d’époque, l’autre notre contemporain, se réunissent à travers le temps pour nous donner une vision particulière du monde en mettant en scène cette vie d’artistes, d’écrivains et de gens de théâtre. En résulte un milieu intemporel où le spectateur se retrouve face à l’humain avec ses tords et ses vertus.

 


Sorine (Jean Guy), Dorn (Jean-Sébastien Ouellet), Arkadina (Lorraine Côté),
Nina (Marie-Hélène Gendreau) et Medvedenko (Jonathan Gagnon)

 

La Mouette de Tchekhov raconte l’histoire de Treplev, un jeune dramaturge, qui présente sa nouvelle pièce à sa famille dans le jardin de la maison de campagne. Nina, la jeune fille dont Treplev est épris, en est l’actrice. Malheureusement pour lui, sa pièce est un échec et ce séjour à la campagne l’éloignera de sa flamme. En effet, Nina devient amoureuse de Trigorine, l’amant d’Arkadina, la mère de Treplev et ce dernier est aimé de Macha, elle-même convoitée par Medvedenko. Tout qu’un chassé-croisé amoureux ! Nina s’enfuit à Moscou pour tenter sa chance dans le domaine artistique, accompagnée de Trigorine. Celui-ci la laisse rapidement tomber et elle s’enfonce de plus en plus dans cette ville où elle subit plusieurs coups difficiles. Pendant ce temps, Treplev sombre tranquillement vers un avenir noir même s’il voit quelques uns de ses textes publiés.

La force de cette pièce est en grande partie due aux personnages créés par Tchekhov dans lesquels on se reconnaît en partie. Bien sûr, ils ont peut-être une vie un peu plus dramatique que la nôtre, mais l’essence de l’humain est là, sur scène, et on ne peut qu’être touché par les évènements qu’ils vivent. La maladie, l’amour déçu, les querelles familiales, le désir de vivre un certain succès, la jalousie sont quelques uns des thèmes que l’on retrouve dans La Mouette. L’auteur en est un de peu de mots, où les silences s’imposent. On savoure ainsi chacune des répliques qui prennent ainsi davantage d’importance. Le travail de l’acteur doit en être plus difficile, quoique tous s’en soient bien tirés lors de cette représentation. Maxime Noël-Allen en Treplev est convaincant, quoiqu’il ait semblé surjouer à quelques reprises. Le fait qu’on représente la figure du dramaturge et du théâtre dans la pièce n’est sûrement pas étranger à cette sensation, un choix peut-être conscient de la production. Malgré tout, un jeune acteur qui impressionne par sa clarté de jeu et sa fraîcheur malgré le propos de La Mouette. Marie-Hélène Gendreau incarne Nina avec fraîcheur, naïveté et justesse. Lorraine Côté est quant à elle à la hauteur de sa réputation en interprétant Arkadina avec justesse. Juste assez dure, juste assez drôle, juste assez chiante et juste assez tendre dans les extravagances de son personnage. Notons également le rôle de Sorine joué par Jean Guy, l’oncle malade de Treplev, de façon extrêmement touchante. Cette brochette d’artistes était soutenue, il faut le dire, d’une mise en scène efficace signée Frédéric Dubois.

 


Sorine (Jean Guy) et Treplev (Maxime Noël-Allen)

 

S’attaquer à une œuvre de Tchekhov doit être un moment particulier dans la carrière d’un metteur en scène. Dubois s’y est préparé une année durant avec les divers laboratoires sur l’œuvre de Tchekhov réalisés en partie l’an dernier à la Bordée. Il a décidé de nous montrer les coulisses de la pièce, à proprement parler au début de la représentation alors que la maison sert de coulisses à la pièce présentée dans le jardin, mais aussi en choisissant de dévoiler des moments qu’on ne devrait pas voir. La scène finale en est un bon exemple qui explique bien la phrase « la vie est ailleurs » de Tchekhov. Le décor créé représentant les fenêtres de la maison de campagne est ingénieux et fait sentir le spectateur réellement comme tel. On se sent observateur et cette « barrière » met en évidence la notion de théâtralité et du jeu. Seul bémol, on perd quelques répliques au début de la pièce car le son est étouffé derrière ces vitres. Heureusement, le problème s’est vite résolu. Malgré ce barrage précédemment mentionné, Dubois réussit à créer des ambiances chaleureuses, touchantes qui servent bien le texte et le jeu des acteurs. Le défi de Dubois, comme il le mentionnait dans une entrevue réalisée par le journal Voir, était de faire ressortir le réalisme de la pièce sans en écarter le côté théâtral, mais que ce soit théâtral sans être faux. Chapeau à Frédéric Dubois qui a su trouver le juste équilibre entre la vie et la théâtralité des personnages et du texte.

Pour ceux qui aiment les pièces au rythme lent où la psychologie des personnages est mise en évidence par les non-dits et les sous-entendus, La Mouette de Tchekhov vous ravira. Une pièce profonde dont la sobriété apparente est détournée par le travail appréciable de Frédéric Dubois et le jeu des divers comédiens. Un classique à redécouvrir !

 

Publicité

 

 

 


Nina (Marie-Hélène Gendreau) et
Treplev (Maxime Noël-Allen)

LA MOUETTE
Du 22 janvier au 16 février 2008

Texte d’Anton Tchekhov
Mise en scène de Frédéric Dubois

Distribution :
Lorraine Côté, Marie-Hélène Gendreau, Véronique Côté, Sylvio-Manuel Arriola, Maxime Noël-Allen, Jonathan Gagnon et Jean Guy.

Conception :
Amélie Trépanier (Décor), Yasmina Giguère (Costumes et coiffures), Sonoyo Nishikawa (Éclairages) et Pascal Robitaille (Musique), Maude Audet (Maquillages).

Billetterie :
Théâtre de la Bordée

315, rue Saint-Joseph Est, Québec (QC) G1K 3B3
T 418 694.9721
F 418 694.9737
info@bordee.qc.ca

Web: www.bordee.qc.ca

 

 

 

 

Crédit photos : Jean-François Landry

 

 

Accueil

Résolution : 1024 X 768 et Internet Explorer et Firefox
© 2006/2008 - Info-Culture.biz. Tous droits réservés. Il est interdit d’utiliser tout texte de ce Média Internet Culturel, par quelque moyen que ce soit, sans en demander
l’autorisation à Info-Culture.biz et à son auteur.

 

Légende
½ ; pas du tout ; un peu ; assez ; beaucoup ; passionnément