La Mouette de Tchekhov
(« Un classique à redécouvrir
!») |
   
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Soir de première
en ce 23 janvier à La Bordée
pour la pièce La Mouette d’Anton
Tchekhov, mise en scène par Frédéric
Dubois. Un duo prometteur si l’on se fie
à l’originalité, l’innovation
et la réputation de chacun. Ces deux artistes,
l’un d’époque, l’autre notre
contemporain, se réunissent à travers le
temps pour nous donner une vision particulière
du monde en mettant en scène cette vie d’artistes,
d’écrivains et de gens de théâtre.
En résulte un milieu intemporel où le spectateur
se retrouve face à l’humain avec ses tords
et ses vertus.

Sorine (Jean Guy), Dorn (Jean-Sébastien
Ouellet), Arkadina (Lorraine Côté),
Nina (Marie-Hélène Gendreau) et Medvedenko
(Jonathan Gagnon)
La Mouette de Tchekhov
raconte l’histoire de Treplev, un jeune
dramaturge, qui présente sa nouvelle pièce
à sa famille dans le jardin de la maison de campagne.
Nina, la jeune fille dont Treplev est
épris, en est l’actrice. Malheureusement
pour lui, sa pièce est un échec et ce séjour
à la campagne l’éloignera de sa flamme.
En effet, Nina devient amoureuse de Trigorine,
l’amant d’Arkadina, la mère
de Treplev et ce dernier est aimé de Macha,
elle-même convoitée par Medvedenko.
Tout qu’un chassé-croisé amoureux
! Nina s’enfuit à Moscou pour tenter
sa chance dans le domaine artistique, accompagnée
de Trigorine. Celui-ci la laisse rapidement tomber
et elle s’enfonce de plus en plus dans cette ville
où elle subit plusieurs coups difficiles. Pendant
ce temps, Treplev sombre tranquillement vers
un avenir noir même s’il voit quelques uns
de ses textes publiés.
La force de cette pièce est en grande
partie due aux personnages créés par Tchekhov
dans lesquels on se reconnaît en partie. Bien
sûr, ils ont peut-être une vie un peu plus
dramatique que la nôtre, mais l’essence de
l’humain est là, sur scène, et on
ne peut qu’être touché par les évènements
qu’ils vivent. La maladie, l’amour déçu,
les querelles familiales, le désir de vivre un
certain succès, la jalousie sont quelques uns des
thèmes que l’on retrouve dans La
Mouette. L’auteur en est un de peu de mots,
où les silences s’imposent. On savoure ainsi
chacune des répliques qui prennent ainsi davantage
d’importance. Le travail de l’acteur doit
en être plus difficile, quoique tous s’en
soient bien tirés lors de cette représentation.
Maxime Noël-Allen en Treplev
est convaincant, quoiqu’il ait semblé surjouer
à quelques reprises. Le fait qu’on représente
la figure du dramaturge et du théâtre dans
la pièce n’est sûrement pas étranger
à cette sensation, un choix peut-être conscient
de la production. Malgré tout, un jeune acteur
qui impressionne par sa clarté de jeu et sa fraîcheur
malgré le propos de La Mouette.
Marie-Hélène Gendreau incarne
Nina avec fraîcheur, naïveté et
justesse. Lorraine Côté
est quant à elle à la hauteur de sa réputation
en interprétant Arkadina avec justesse.
Juste assez dure, juste assez drôle, juste assez
chiante et juste assez tendre dans les extravagances de
son personnage. Notons également le rôle
de Sorine joué par Jean Guy,
l’oncle malade de Treplev, de façon
extrêmement touchante. Cette brochette d’artistes
était soutenue, il faut le dire, d’une mise
en scène efficace signée Frédéric
Dubois.

Sorine (Jean Guy) et Treplev (Maxime
Noël-Allen)
S’attaquer à une œuvre de
Tchekhov doit être un moment particulier
dans la carrière d’un metteur en scène.
Dubois s’y est préparé
une année durant avec les divers laboratoires sur
l’œuvre de Tchekhov réalisés
en partie l’an dernier à la Bordée.
Il a décidé de nous montrer les coulisses
de la pièce, à proprement parler au début
de la représentation alors que la maison sert de
coulisses à la pièce présentée
dans le jardin, mais aussi en choisissant de dévoiler
des moments qu’on ne devrait pas voir. La scène
finale en est un bon exemple qui explique bien la phrase
« la vie est ailleurs » de Tchekhov.
Le décor créé représentant
les fenêtres de la maison de campagne est ingénieux
et fait sentir le spectateur réellement comme tel.
On se sent observateur et cette « barrière
» met en évidence la notion de théâtralité
et du jeu. Seul bémol, on perd quelques répliques
au début de la pièce car le son est étouffé
derrière ces vitres. Heureusement, le problème
s’est vite résolu. Malgré ce barrage
précédemment mentionné, Dubois réussit
à créer des ambiances chaleureuses, touchantes
qui servent bien le texte et le jeu des acteurs. Le défi
de Dubois, comme il le mentionnait dans une entrevue réalisée
par le journal Voir, était de faire ressortir le
réalisme de la pièce sans en écarter
le côté théâtral, mais que ce
soit théâtral sans être faux. Chapeau
à Frédéric Dubois
qui a su trouver le juste équilibre entre la vie
et la théâtralité des personnages
et du texte.
Pour ceux qui aiment les pièces au
rythme lent où la psychologie des personnages est
mise en évidence par les non-dits et les sous-entendus,
La Mouette de Tchekhov vous
ravira. Une pièce profonde dont la sobriété
apparente est détournée par le travail appréciable
de Frédéric Dubois et le jeu des divers
comédiens. Un classique à redécouvrir
!
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Nina (Marie-Hélène
Gendreau) et
Treplev (Maxime Noël-Allen) |
LA MOUETTE
Du 22 janvier au 16 février 2008
Texte d’Anton
Tchekhov
Mise en scène de Frédéric
Dubois
Distribution
:
Lorraine Côté, Marie-Hélène
Gendreau, Véronique Côté, Sylvio-Manuel
Arriola, Maxime Noël-Allen, Jonathan Gagnon
et Jean Guy.
Conception
:
Amélie Trépanier (Décor),
Yasmina Giguère (Costumes et coiffures),
Sonoyo Nishikawa (Éclairages) et
Pascal Robitaille (Musique), Maude Audet
(Maquillages).
Billetterie :
Théâtre de la Bordée
315, rue Saint-Joseph Est, Québec (QC) G1K
3B3
T 418 694.9721
F 418 694.9737
info@bordee.qc.ca
Web:
www.bordee.qc.ca
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Crédit
photos : Jean-François Landry
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