Le dimanche, 25 novembre 2007


King Dave au Périscope

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Le théâtre Périscope était l’hôte, du 6 au 25 novembre prochain, de la pièce King Dave de la compagnie L.I.F : T. Écrite et interprétée par Alexandre Goyette, King Dave a déjà fait ses preuves en 2005 lorsque l’auteur et interprète a remporté le Masque du meilleur texte, mais également celui de l’interprétation masculine. L’univers qu’il nous présente est un véritable coup de poing sur la réalité des gangs de rue, un monologue cru et poignant.

David Morin, un jeune homme de Montréal début vingtaine, se sent maître de son univers. Cependant, lors d’un party où il abuse d’alcool et de drogue, Dave se laisse aller au désir d’avoir l’air encore plus du « King », tel un adolescent. Il se lie à un gang de rue et un peu sans s’en rendre compte se laisse embarquer dans un vol de radios d’auto. Le lendemain, il sent qu’il n’a pas d’autres choix que de s’exécuter s’il ne veut pas avoir de représailles. C’est le début de l’escalade à la violence. Dave s’engouffre de plus en plus dans un monde où il tente tant bien que mal de garder le contrôle. La rage qui le submerge, son désir de vaincre la peur, celle qu’il a décidé d’éviter depuis qu’il a été victime de taxage à l’adolescence, et les évènements qui se succèdent l’amènent dans un état de vengeance aux conséquences graves.

 

 

King Dave s’inscrit dans une réalité, malheureusement grandissante des gangs de rue à Montréal, mais aussi ailleurs au Québec. Ce genre de phénomène de société est souvent difficile à rendre sur scène, mais l’équipe formée d’Alexandre Goyette et de Christian Fortin a relevé le défi. Tout d’abord, le texte est écrit dans le langage des jeunes fréquentant ces gangs ou du moins faisant partie de la culture entourant cette réalité. On y utilise la langue de la rue, du monde rap et hip-hop qui est souvent associé aux gangs de rue. Le joual, les anglicismes, les sacres, les propos racistes et misogynes propres au milieu s’y mêlent afin de construire un texte crédible, coloré et dur, parsemé d’humour…parfois sombre.

« Sacrament ! J’ai la fucking chienne à l’idée de c’que j’ai à faire. Parce que j’ai à l’faire. Ah! Cé sûr que j’pourrais aller voir la police mais quesse ça donnerait? Y me diraient de pas rien faire de c’que les blacks me demandent, de pas m’en faire, que cé rien que des menaces pis d’les rappeler si les blacks donnent signe de vie. Mais le problème, le fuck’in problème, cé que si j’fais rien, la prochaine fois que j’vas voir les blacks y vont pas venir pour me supplier de travailler pour eux aut’ mais pour me crisser une volée. Une ostie d’volée. Cé d’même que ça marche. That’s it, J’la connais la game. Pas que j’ai déjà faite ça mais que moi pis mes chums on habite des quartiers où y’a des HLM. On est pas des pauvres là mais y’a des HLM proches pis qui dit HLM dit : gang. C’est poche mais cé ça. »

Certains spectateurs plus ou moins âgés trouveront peut-être ardu de tout comprendre au début de ce langage cru. Il faut dire que le rythme est assez rapide tout au long de la pièce, rythme qui s’accélère avec la tension qui augmente. Un texte aussi typé aurait pu paraître forcé chez certains comédiens, mais Goyette interprète le jeune King de façon très réaliste et juste. On croit que la personne qui est devant nous est Dave : le parler, les vêtements, la démarche cool et la gestuelle adolescente ont été bien étudiés et sont très bien rendus. On dénote également la polyvalence du jeune acteur lorsqu’il change de registre et parle à la façon du gérant de dépanneur, du « black », des policiers, d’une jeune femme, etc. Une performance époustouflante !

 

 

Le tout est accompagné d’une mise en scène simple et ingénieuse. La scène est divisée en trois espaces : le devant de la scène pour les scènes extérieures et les lieux dangereux, la toilette à droite est un endroit intime où Dave réfléchit et se retrouve avec lui-même et finalement à gauche, le salon est le territoire des autres, comme l’appartement du party ou encore la maison de sa mère. Trois lieux distincts qui délimitent bien les différentes sphères de la vie de Dave et qui nous permettent de suivre ses états d’âme. Un décor et une mise en scène relativement simple, mais ingénieuse, efficace. Le spectateur comprend aisément les enjeux et les intentions, même si le milieu présenté est très loin du leur.

Une pièce où les jeunes se reconnaîtront ou du moins reconnaîtront le monde dans lequel ils vivent et où les adultes, avouons-le, s’inquièteront peut-être, mais saisiront un peu plus ce qu’est devenue pour plusieurs jeunes l’adolescence. Rien de vraiment rassurant, mais King Dave est un spectacle percutant qui permet de réfléchir à l’avenir que nous voulons et quelles valeurs devraient prédominer dans notre société. Un inconfort qui nous fera peut-être avancé, individuellement mais aussi socialement.

Notons que King Dave devrait être prochainement scénarisé dans le but d’être porté au cinéma. À surveiller…

 

Texte : Alexandre Goyette Mise en scène : Christian Fortin Assistance à la mise en scène : Maia Loïnaz Distribution : Alexandre Goyette Scénographie : Geneviève Lizotte Lumières : Jonas Bouchard Environnement sonore : Martin Bédard

 

 

Visitez:
Théâtre Périscope

www.theatreperiscope.qc.ca

 

 

Crédit photos: Marilène Bastien

 

 

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