Le
théâtre Périscope était
l’hôte, du 6 au 25 novembre prochain, de la
pièce King Dave de la compagnie
L.I.F : T. Écrite et interprétée
par Alexandre Goyette, King Dave
a déjà fait ses preuves en 2005 lorsque
l’auteur et interprète a remporté
le Masque du meilleur texte, mais également celui
de l’interprétation masculine. L’univers
qu’il nous présente est un véritable
coup de poing sur la réalité des gangs de
rue, un monologue cru et poignant.
David Morin, un jeune
homme de Montréal début vingtaine, se sent
maître de son univers. Cependant, lors d’un
party où il abuse d’alcool et de
drogue, Dave se laisse aller au désir d’avoir
l’air encore plus du « King »,
tel un adolescent. Il se lie à un gang de rue et
un peu sans s’en rendre compte se laisse embarquer
dans un vol de radios d’auto. Le lendemain, il sent
qu’il n’a pas d’autres choix que de
s’exécuter s’il ne veut pas avoir de
représailles. C’est le début de l’escalade
à la violence. Dave s’engouffre de plus en
plus dans un monde où il tente tant bien que mal
de garder le contrôle. La rage qui le submerge,
son désir de vaincre la peur, celle qu’il
a décidé d’éviter depuis qu’il
a été victime de taxage à l’adolescence,
et les évènements qui se succèdent
l’amènent dans un état de vengeance
aux conséquences graves.

King Dave
s’inscrit dans une réalité, malheureusement
grandissante des gangs de rue à Montréal,
mais aussi ailleurs au Québec. Ce genre de phénomène
de société est souvent difficile à
rendre sur scène, mais l’équipe formée
d’Alexandre Goyette et de Christian
Fortin a relevé le défi. Tout d’abord,
le texte est écrit dans le langage des jeunes fréquentant
ces gangs ou du moins faisant partie de la culture entourant
cette réalité. On y utilise la langue de
la rue, du monde rap et hip-hop qui est souvent associé
aux gangs de rue. Le joual, les anglicismes, les sacres,
les propos racistes et misogynes propres au milieu
s’y mêlent afin de construire un texte crédible,
coloré et dur, parsemé d’humour…parfois
sombre.
« Sacrament
! J’ai la fucking chienne à l’idée
de c’que j’ai à faire. Parce que j’ai
à l’faire. Ah! Cé sûr que j’pourrais
aller voir la police mais quesse ça donnerait?
Y me diraient de pas rien faire de c’que les blacks
me demandent, de pas m’en faire, que cé rien
que des menaces pis d’les rappeler si les blacks
donnent signe de vie. Mais le problème, le fuck’in
problème, cé que si j’fais rien, la
prochaine fois que j’vas voir les blacks y vont
pas venir pour me supplier de travailler pour eux aut’
mais pour me crisser une volée. Une ostie d’volée.
Cé d’même que ça marche. That’s
it, J’la connais la game. Pas que j’ai déjà
faite ça mais que moi pis mes chums on habite des
quartiers où y’a des HLM. On est pas des
pauvres là mais y’a des HLM proches pis qui
dit HLM dit : gang. C’est poche mais cé ça.
»
Certains spectateurs
plus ou moins âgés trouveront peut-être
ardu de tout comprendre au début de ce langage
cru. Il faut dire que le rythme est assez rapide tout
au long de la pièce, rythme qui s’accélère
avec la tension qui augmente. Un texte aussi typé
aurait pu paraître forcé chez certains comédiens,
mais Goyette interprète le jeune King de façon
très réaliste et juste. On croit que la
personne qui est devant nous est Dave : le parler, les
vêtements, la démarche cool et la
gestuelle adolescente ont été bien étudiés
et sont très bien rendus. On dénote également
la polyvalence du jeune acteur lorsqu’il change
de registre et parle à la façon du gérant
de dépanneur, du « black »,
des policiers, d’une jeune femme, etc. Une performance
époustouflante !

Le tout est accompagné
d’une mise en scène simple et ingénieuse.
La scène est divisée en trois espaces :
le devant de la scène pour les scènes extérieures
et les lieux dangereux, la toilette à droite est
un endroit intime où Dave réfléchit
et se retrouve avec lui-même et finalement à
gauche, le salon est le territoire des autres, comme l’appartement
du party ou encore la maison de sa mère.
Trois lieux distincts qui délimitent bien les différentes
sphères de la vie de Dave et qui nous permettent
de suivre ses états d’âme. Un décor
et une mise en scène relativement simple, mais
ingénieuse, efficace. Le spectateur comprend aisément
les enjeux et les intentions, même si le milieu
présenté est très loin du leur.
Une pièce où
les jeunes se reconnaîtront ou du moins reconnaîtront
le monde dans lequel ils vivent et où les adultes,
avouons-le, s’inquièteront peut-être,
mais saisiront un peu plus ce qu’est devenue pour
plusieurs jeunes l’adolescence. Rien de vraiment
rassurant, mais King Dave est un spectacle
percutant qui permet de réfléchir à
l’avenir que nous voulons et quelles valeurs devraient
prédominer dans notre société. Un
inconfort qui nous fera peut-être avancé,
individuellement mais aussi socialement.
Notons que King
Dave devrait être prochainement scénarisé
dans le but d’être porté au cinéma.
À surveiller…
Texte : Alexandre
Goyette Mise en scène : Christian
Fortin Assistance à la mise en scène
: Maia Loïnaz Distribution : Alexandre
Goyette Scénographie : Geneviève
Lizotte Lumières : Jonas Bouchard
Environnement sonore : Martin Bédard
Visitez:
Théâtre Périscope
www.theatreperiscope.qc.ca
Crédit
photos: Marilène Bastien
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