Le lundi, 26 novembre 2007


Entrevue avec Khalida Azzouza
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Khalida, c'est un instrument vivant. On ne sait jamais si c'est une note, une parole, une larme, un rire ou même un silence qui va jaillir d'elle. Sofia Benyahia, auteur, directrice de la programmation du Festival du Monde arabe à Montréal.

I-C.B.: Depuis combien de temps êtes-vous ici au Québec, au Canada ?
K.A.:
Depuis bientôt sept hivers. Je ne compte plus les bottes et les manteaux de mes filles.

 

 

 

I-C.B.: Qu'est-ce qui vous a attirée à venir vous installer ici ?
K.A.: J’avais un grand ami, un homme de la plus grande intelligence de cœur et d’esprit. Ben. Il est mort voilà maintenant douze ans. Ben avait fait ses études et vécu aux Etats-Unis pendant plusieurs années. Il me prêtait ses livres et ses disques de jazz. C’est lui qui le premier m’a encouragé à quitter l’Algérie. À partir. C’était des années difficiles pour les intellectuels et les artistes. Plusieurs de mes amis ont été assassinés pour avoir simplement refusé de vivre comme des morts-vivants sous le dogme des terroristes. Les lettres de menaces de mort faisaient partie de mon quotidien. Un jour j’ai échappé à un attentat de quelques minutes simplement parce que qu’un ami cafetier a insisté pour que je prenne mon temps ce matin-là. Reste cinq minutes de plus, il me disait. Je suis restée trois minutes de plus. Il y a eu une déflagration dans l’air. Plusieurs de mes collègues arrivant au travail sont morts ce matin là. Femme professionnelle, refusant de porter le voile et de rester chez moi au lieu de travailler, j’ai choisi de partir pour mes enfants. Mes filles. Quittant ma maison, ma famille, mon pays. Le Québec offrait une société ouverte et progressiste. Et après quelques années d’adaptation, je suis convaincu d’avoir fait le bon choix en venant à Montréal. Une ville que j’aime et où il fait bon vivre. Où la tolérance est une vertu et le partage de la culture presque un sport nationale. Ce sera un grand plaisir pour moi quand je partagerais un jour avec Mme Di Stasio ou M. Pinard mon couscous et mes tagines à leurs émissions. Mes premiers amis à Montréal étaient irlandais. La générosité de leur accueil lors de mon premier hiver, suscite encore en moi beaucoup d’émotions.

 

I-C.B.: Parlez-nous de votre enfance. Vos parents, où vous avez vécue ?
K.A.: Nous avons vécus partout en Algérie. Enfant rebelle. Casse-cou. Grimpée dans les arbres, sur les toits. Je faisais de la peinture sur la plus haute terrasse de la villa familiale. Toute jeune, avec mon père je m’occupais du jardin. Septième de onze enfants il a bien fallu que je fasse ma place. Les fêtes étaient extraordinaires. Mes souvenirs de vacances de mon enfance sont magnifiques. Mon père était un homme autoritaire mais aimant. Un intellectuel, ex-commandant militaire, devenu professeur de sociologie à l’université d’Alger et membre du Conseil national économique et social. Mais il était un mouton noir critique dans le gouvernement de l’époque. Ma mère, une intellectuelle aussi. Une révolutionnaire. Une femme de tête. Tout deux ont fait de grands sacrifices pour l’Algérie.

 

I-C.B.: Quelle formation avez-vous eu en musique ?
K.A.: J’ai étudié plus particulièrement le chant arabo-andalou pendant quatre ans sous la direction de M. Rabah Kadem. Ma dernière prestation en public en Algérie remonte à 11 ans déjà, à la Salle Ibn-Khaldoun à Alger. Ensuite s’était devenu trop dangereux. L’an dernier, il m’a encouragé à recommencer. Très jeune je chantais déjà. Avant de faire des études en finances, j’ai fais quatre ans de théâtre. Ce serai un grand bonheur pour moi de rejouer un jour. Mon père sentant mon attirance pour les arts et la vie culturelle, me força à abandonner le théâtre pour les finances à l’université. Plus tard, la menace terroriste le chant. Le naturel revient au galop. N’est pas ?

 

I-C.B.: À quel âge avez-vous constater que vous vouliez être chanteuse ?
K.A.: Je ne suis pas chanteuse. Je suis auteur-compositeur interprète. Toute jeune, j’écrivais des textes que je mettais en musique pour mon plaisir. J’ai chanté en public la première fois, j’avais 5 ans. Je n’ai jamais vraiment cessé. Interrompue. Bien sur je l’ai été. Inch Allah, le naturel revient au galop.

 

Vos parents étaient-ils d'accord avec votre choix de carrière ?
K.A.: En finance. Absolument. Mon retour à la musique et sur la scène se fait actuellement suite à un accident de travail, commun à beaucoup de femmes. Se retour me permet de retrouver mon équilibre et de m’affirmer en tant que femme, refusant l’autorité abusive de certains hommes qui dénigrent les femmes avec qui ils travaillent quand elle démontrent leurs intelligence et dont les compétences dépassent celles de leurs collègues ou supérieurs hiérarchiques masculins. Mes parents m’apportent maintenant tout leur soutien moral et leur amour dans ma démarche artistique.

 

I-C.B.: Parlez-nous de votre musique. Qui ou quoi vous inspire ?
K.A.: Dans la vie, la ténacité de ma mère. Le courage de mon père. Dans la musique, d’abord les textes. L’intelligence et la finesse de la plume. Aragon, Prévert, Tagore, Leonard Cohen dont la rencontre fut pour moi une inspiration extraordinaire, Aimé Césaire, Kerouac, Kateb Yacine, Mahmoud Darvish, Khalil Gibran, Neruda, Omar Khayam, Ibn’ Arabi….Rumi… Nazim Hikmet que m’a fait connaître mon père encore adolescente. Ferré, Brel, Bob Dylan, Joni Mitchel, Barbara, Gribouille, Piaf, Om Khalthoum, Mohamed Abdel Wahab, Hafez, Lennon, Coltrane, Ziad Rahbani, Marcel Khalife, Didier Lockwood, Alain Caron dont j’écoutait secrètement la musique, chez moi en Algérie pour oublier le danger quotidien dans les années difficiles. Quand nous partions au travail, sans savoir si nous reviendrons le soir. Le jazz, la musique de l’émotion et de l’intelligence rebelle et anti-conformiste. Notre terre à besoin de plus de jazz et de moins de patriotisme.

 

I-C.B.: “Khalida prépare actuellement un album accompagnée sous la direction artistique de Phillipe Noireaut, Quand sera t-il terminé ?
K.A.: Normalement au printemps 2008. Les pièces sont choisies et les enregistrements ont commencés. Cet album se verra un pont entre Montréal, Paris, New York, Alger, Beyrouth et Tunis.Nord-Sud, Est-Ouest.. La méditerranée avec Montréal comme port d’attache. L’aurore boréale à la rencontre des vents du Sahara.

 

I-C.B: Comment avez-vous rencontré vos collaborateurs ?
K.A.: Autour d’un café. Au détour d’un sourire. Une compréhension instinctive de la musique de l’autre. De son cheminement. C’est plutôt spirituel ces rencontres. La musique se définie par l’espace entre des notes, des tonalités.. des rythmes universels que l’on échange. La rencontre c’est un espace partagé qui précède toute créativité.

 

Khalida - Ana Fil Houb

 

 

I-C.B.: Je viens de visiter le site web: www.myspace.com/khalidaazzouza . J'ai écouté l'extrait/vidéo. Quelle voix angélique, séduisante!!! Les chansons que j'ai trouvées étaient toutes dans votre langue natale. Sur votre album, il y aura t-il des chansons en français ?
K.A.: Absolument. L’album se verra, tantôt en français, tantôt en anglais et en arabe bien sur. Plusieurs de mes compositions paroles et musiques si retrouverons. Je dois dire que j’avais beaucoup d’insécurité à les enregistrer. Mais les encouragements de Philippe Noireaut et de Carmen Piculeata m’ont poussé à le faire. Mon album sera comme moi. Libre de définitions, de frontières éduquées et anti-conformiste. Bref probablement un casse-tête pour les critiques mais pas pour les journalistes Amoureux de la Musique.

 

“Khalida, je dois t'avouer que je suis bouleversé par ce que je viens d'entendre (avec le secours de l'esprit) ta version très personnelle de “Avec le temps” de Léo (Ferré). Il doit jubiler de l'autre côté du fleuve. Il doit sauter de joie comme un enfant qui a retrouvé que le temps doit s'effacer pour que la Vie se renouvelle sans cesse”
Antonio Placer. (guitariste, auteur, compositeur et arrangeur)

 

 

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