Gens sans
aveu vient terminer la trilogie ambitieuse
d’André Ricard qui lui
a permis de survoler le Québec de la Nouvelle-France
à aujourd’hui. « La longue marche
dans les Avents » traitait de la fin de la
Nouvelle-France et « Le tréteau des
apatrides » de la révolte des patriotes
et ce dernier tome relie l’époque où
se dessinait la Confédération à
aujourd’hui. Des moments forts de notre histoire
qu’il est rare de voir rassemblés dans
une œuvre théâtrale.

Gens sans
aveu s’ouvre dans la chapelle de l’hôpital
des Vétérans de Québec un 24 juin
1996, où se prépare un spectacle pour
la St-Jean-Baptiste. En fait, des réservistes
ont monté une pièce de théâtre
pour rendre hommage à un pensionnaire, Lanteigne.
Ce dernier vient de sortir un livre, « Gens
sans aveu », qui dénonce le sort réservé
aux vétérans Canadiens français
et autres peuples assujettis qui ont servi leur pays
lors des conflits militaires contre les nations dominantes.
La pièce nous présente différents
moments de la vie de Lanteigne, mais nous entraîne
aussi dans la seconde moitié du 19e siècle
à l’Anse-Jureuse où on discute de
l’Union confédérative, ou encore
des chœurs nous proclament des impressions de guerre.
Des invités de marque, dont un député
et Mgr Rancourt, sont attendus pour le spectacle et
dérangent un peu le déroulement de la
cérémonie, sans compter le coup de feu
qui y est tiré…
Gens sans
aveu est une pièce de théâtre
qui sans être lourde n’a rien de léger
non plus. Le lecteur doit être attentif, car sans
compter les multiples références historiques
qui sont parfois un peu loin dans la mémoire
du lecteur moyen, Ricard s’amuse à le faire
passer d’une époque à l’autre,
mais aussi d’une réalité à
l’autre. Tantôt nous sommes dans la pièce
jouée par les réservistes et à
un autre moment dans la réalité des vétérans
et de l’hôpital. La pièce jouée
doit être évidemment plus claire, mais
sur papier on se laisse facilement entraîner dans
les divers lieux et il est parfois difficile de se retrouver
complètement dans un autre univers en quelques
secondes. Malgré ce petit bémol, il n’en
reste pas moins une panoplie de personnages parfois
drôles, parfois touchants, parfois un peu choquants
qui colorent cette histoire qui est la nôtre,
dont on oublie parfois certains aspects. À travers
les dénonciations et les revendications des personnages,
on sent fortement la détresse identitaire qui
caractérise si bien notre peuple. Par sa plume
agile où se côtoient méta théâtre,
transgression de la ligne entre théâtre
et public et l’histoire, le lecteur et le futur
spectateur, on le souhaite, se divertissent, mais réfléchissent
aussi beaucoup. Réflexions sur notre passé,
notre identité, la guerre, nos anciens combattants,
la société telle qu’on la souhaite
et aussi sur notre avenir.
Gens sans
aveu relate non seulement notre histoire, mais
André Ricard réussit de main de maître
à y insérer également quelques
discours et idées un peu polémistes. On
en prend et on en laisse, mais on s’amuse, on
s’instruit et on réfléchit. Un livre
à lire ou une pièce à voir, qui
sait si un courageux s’attaquera à monter
la trilogie en entier !

Mot sur l’auteur
:
Cofondateur et animateur
du Théâtre de l'Estoc de Québec
de 1957 à 1968, André Ricard y
fut directeur artistique et metteur en scène,
tout en poursuivant des études en pédagogie
et en lettres à l'Université Laval et
au Conservatoire d'art dramatique de Québec.
Recherchiste, scénariste et réalisateur
pour Radio-Canada (radio et télévision)
et Télé-Québec, il a également
collaboré à des longs métrages
de fiction. Professeur pendant plusieurs années
au Conservatoire et à l'Université Laval,
le plus clair de son activité, depuis 1980, est
tourné vers l'écriture. Il a mérité,
en 1976, le Prix, catégorie court métrage,
de la Communauté radiophonique des programmes
de langue française, en 1988, le prix de création
dramatique du théâtre du Café de
la Place pour Le déversoir des larmes
et, en 1994, l'un des prix de théâtre épique
au concours CEAD/TNM.
Éditions
L’Instant Même, collection L’instant
scène
www.instantmeme.com
209 p., 25,00 $