Le lundi, 2 juin 2008


Gens sans aveu d’André Ricard
Un regard particulier sur notre histoire

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Gens sans aveu vient terminer la trilogie ambitieuse d’André Ricard qui lui a permis de survoler le Québec de la Nouvelle-France à aujourd’hui. « La longue marche dans les Avents » traitait de la fin de la Nouvelle-France et « Le tréteau des apatrides » de la révolte des patriotes et ce dernier tome relie l’époque où se dessinait la Confédération à aujourd’hui. Des moments forts de notre histoire qu’il est rare de voir rassemblés dans une œuvre théâtrale.

 

 

Gens sans aveu s’ouvre dans la chapelle de l’hôpital des Vétérans de Québec un 24 juin 1996, où se prépare un spectacle pour la St-Jean-Baptiste. En fait, des réservistes ont monté une pièce de théâtre pour rendre hommage à un pensionnaire, Lanteigne. Ce dernier vient de sortir un livre, « Gens sans aveu », qui dénonce le sort réservé aux vétérans Canadiens français et autres peuples assujettis qui ont servi leur pays lors des conflits militaires contre les nations dominantes. La pièce nous présente différents moments de la vie de Lanteigne, mais nous entraîne aussi dans la seconde moitié du 19e siècle à l’Anse-Jureuse où on discute de l’Union confédérative, ou encore des chœurs nous proclament des impressions de guerre. Des invités de marque, dont un député et Mgr Rancourt, sont attendus pour le spectacle et dérangent un peu le déroulement de la cérémonie, sans compter le coup de feu qui y est tiré…

Gens sans aveu est une pièce de théâtre qui sans être lourde n’a rien de léger non plus. Le lecteur doit être attentif, car sans compter les multiples références historiques qui sont parfois un peu loin dans la mémoire du lecteur moyen, Ricard s’amuse à le faire passer d’une époque à l’autre, mais aussi d’une réalité à l’autre. Tantôt nous sommes dans la pièce jouée par les réservistes et à un autre moment dans la réalité des vétérans et de l’hôpital. La pièce jouée doit être évidemment plus claire, mais sur papier on se laisse facilement entraîner dans les divers lieux et il est parfois difficile de se retrouver complètement dans un autre univers en quelques secondes. Malgré ce petit bémol, il n’en reste pas moins une panoplie de personnages parfois drôles, parfois touchants, parfois un peu choquants qui colorent cette histoire qui est la nôtre, dont on oublie parfois certains aspects. À travers les dénonciations et les revendications des personnages, on sent fortement la détresse identitaire qui caractérise si bien notre peuple. Par sa plume agile où se côtoient méta théâtre, transgression de la ligne entre théâtre et public et l’histoire, le lecteur et le futur spectateur, on le souhaite, se divertissent, mais réfléchissent aussi beaucoup. Réflexions sur notre passé, notre identité, la guerre, nos anciens combattants, la société telle qu’on la souhaite et aussi sur notre avenir.

Gens sans aveu relate non seulement notre histoire, mais André Ricard réussit de main de maître à y insérer également quelques discours et idées un peu polémistes. On en prend et on en laisse, mais on s’amuse, on s’instruit et on réfléchit. Un livre à lire ou une pièce à voir, qui sait si un courageux s’attaquera à monter la trilogie en entier !

 

Mot sur l’auteur :

Cofondateur et animateur du Théâtre de l'Estoc de Québec de 1957 à 1968, André Ricard y fut directeur artistique et metteur en scène, tout en poursuivant des études en pédagogie et en lettres à l'Université Laval et au Conservatoire d'art dramatique de Québec. Recherchiste, scénariste et réalisateur pour Radio-Canada (radio et télévision) et Télé-Québec, il a également collaboré à des longs métrages de fiction. Professeur pendant plusieurs années au Conservatoire et à l'Université Laval, le plus clair de son activité, depuis 1980, est tourné vers l'écriture. Il a mérité, en 1976, le Prix, catégorie court métrage, de la Communauté radiophonique des programmes de langue française, en 1988, le prix de création dramatique du théâtre du Café de la Place pour Le déversoir des larmes et, en 1994, l'un des prix de théâtre épique au concours CEAD/TNM.

 

Éditions L’Instant Même, collection L’instant scène
www.instantmeme.com

209 p., 25,00 $

 

 

 

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