Le dimanche, 2 novembre 2008


Dans les mémoires de Saint-Élie-de-Caxton…

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Du 14 au 18 octobre, c’est au Monument National de Montréal que le petit dernier de Fred Pellerin était présenté. Intitulé L’arracheuse de temps, ce conte fantastico-réaliste nous dévoile cette fois la Stroop, l’inquiétante sorcière du plus célèbre village de la Mauricie : Saint-Élie-de-Caxton.

Pour une quatrième fois, le public a rendez-vous avec le mythique royaume et ses habitants, des personnages hauts en couleur à qui Fred Pellerin donne vie de façon à ce qu’on ne puisse pas douter une seconde de leur existence. À travers un récit légendaire ancré dans la tradition, il offre une conception du monde à la fois ludique et bouleversante, abordant des sujets aussi universels que la vie et la mort. Fantaisie et réalisme se fréquentent volontiers dans les histoires de ce « conteux » captivant et extrêmement talentueux qui, avec ses jeux de mots brillants et son humour poétique teinté d’absurdité, rappelle le Sol de Marc Favreau.

 

 

Dès les toutes premières secondes, on sait qu’on a affaire à grand orateur. Infatigable moulin à paroles, il titille notre imaginaire par des histoires où la frontière entre réalité et fiction semble bien mince. Brossant un portrait imagé des habitants de Saint-Élie, à qui il voue un amour palpable, Pellerin nous révèle le quotidien peu ordinaire de Méo le coiffeur, de Toussaint Brodeur, du forgeron Riopel, de la belle Lurette et du curé « neu ». Bien sûr il embellit la réalité, créant un univers et des personnages plus grands que nature, mais on n’hésite pas une seconde à plonger dans ce monde fabuleux tellement il sait le rendre crédible. On reste littéralement pendus à ses lèvres, du début à la fin. Il faut dire qu’en entreprenant de re-populariser l’art du conte et en transmettant les souvenirs de son village natal, Pellerin a touché une corde sensible : les gens adorent se faire raconter des histoires. D’autant plus que son art possède cette grande force de rejoindre un public de tout âge, touchant autant les adultes qu’il peut amuser les enfants. Bref, tout le monde y trouve son compte…et son conte.

En plus d’être conteur, comédien, poète, chanteur et musicien, Fred Pellerin est sans conteste l’un des meilleurs humoristes de sa génération. À notre plus grand bonheur, il ne nivelle pas par le bas : son humour raffiné et brillant le hisse au niveau des grands comiques de la trempe d’Yvon Deschamps et Pierre Légaré. Bien qu’excellent pince-sans-rire, il ne peut s’empêcher de laisser passer quelques sincères éclats de rire, prenant manifestement autant de plaisir à raconter ses histoires que nous à les entendre. Grâce à son faciès expressif et hilarant, il raconte autant par sa gestuelle qu’avec ses paroles, souvent empreintes de poésie. Par ailleurs, ponctuant son récit de grands classiques de la chanson tirés du répertoire québécois traditionnel, tels que Mille après mille de Willie Lamothe et Quand vous mourrez de nos amours de Gilles Vigneault, il révèle, avec ces interprétations bien senties, une voix juste et profonde. Passant de l’harmonica à la guitare et du piano au banjo, Pellerin se révèle un artiste complet, polyvalent et talentueux.

 

 

Malgré une salle pleine à craquer, il réussit, grâce à son authenticité et sa simplicité, à créer une ambiance intimiste, se transformant littéralement en conteur de coin du feu. Convivial et rassembleur, il est visiblement à l’aise sur une scène et n’hésite pas à tutoyer son public. Semant des histoires puisées directement dans ses racines (ses contes sont principalement inspirés des histoires avec lesquelles sa grand-mère l’a bercé), Pellerin est sans conteste fier de ses origines. Amoureux des mots et du jargon québécois, il multiplie les expressions colorées bien de chez nous telles que la chienne à Jacques, lousse ou garocher. Il s’est même inventé un langage bien à lui, ludique, comique et un brin dyslexique, multipliant les doubles sens : son discours déborde de petites perles telles que « le don d’ambiguïté », « Proust mais Proust égal» et « épluchette de hot-dogs ». Notons que ses propos très imagés feront d’ailleurs l’objet d’un film : au cours de la dernière année, Fred Pellerin a écrit le scénario de Babine, qui sortira en salle le 28 novembre prochain.

L’arracheuse de temps, quatrième épopée des habitants de Saint-Élie (suite de Dans mon village, il y a Belle Lurette en 2001, Il faut prendre le taureau par les contes ! en 2003 et Comme une odeur de muscles en 2004), c’est une grande histoire parsemée de petites anecdotes se transformant plus souvent qu’autrement en longues digressions. Mais il a beau ajouter mille et une parenthèses à son récit ou encore partir sur des dérapages littéraires et des envolées lyriques, Pellerin ne perd jamais le fil. Avec sa passion contagieuse pour les contes, il remue les mémoires de Saint-Élie, mais aussi notre mémoire collective. Suscitant un regain d’intérêt du public pour cet art d’antan, il participe, en quelque sorte, à la reconstruction du tissu social et à la sauvegarde de la tradition orale.

À la suite de son passage à Montréal, qui a fait salle comble, il poursuit une tournée de plus de deux cents représentations au Québec et en France. Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister aux représentations du Monument National, une supplémentaire a été annoncée pour le 17 avril 2009, au Théâtre Maisonneuve. Les billets sont en vente à la billetterie de la Place des Arts.

 

Pour plus d’infos sur l’artiste et ses spectacles:
http://www.michelinesarrazin.com/artistes/pellerin_bio.html

 

 

Crédits photos: Audrey Simard et Richard Tessier


 

 

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