Du
14 au 18 octobre, c’est au Monument National de
Montréal que le petit dernier de Fred
Pellerin était présenté. Intitulé
L’arracheuse de temps, ce conte fantastico-réaliste
nous dévoile cette fois la Stroop, l’inquiétante
sorcière du plus célèbre village de la
Mauricie : Saint-Élie-de-Caxton.
Pour une
quatrième fois, le public a rendez-vous avec le mythique
royaume et ses habitants, des personnages hauts en couleur
à qui Fred Pellerin donne vie de façon
à ce qu’on ne puisse pas douter une seconde de
leur existence. À travers un récit légendaire
ancré dans la tradition, il offre une conception du
monde à la fois ludique et bouleversante, abordant
des sujets aussi universels que la vie et la mort. Fantaisie
et réalisme se fréquentent volontiers dans les
histoires de ce « conteux » captivant
et extrêmement talentueux qui, avec ses jeux de mots
brillants et son humour poétique teinté d’absurdité,
rappelle le Sol de Marc Favreau.

Dès
les toutes premières secondes, on sait qu’on
a affaire à grand orateur. Infatigable moulin à
paroles, il titille notre imaginaire par des histoires où
la frontière entre réalité et fiction
semble bien mince. Brossant un portrait imagé des habitants
de Saint-Élie, à qui il voue un amour palpable,
Pellerin nous révèle le quotidien
peu ordinaire de Méo le coiffeur, de Toussaint Brodeur,
du forgeron Riopel, de la belle Lurette et du curé
« neu ». Bien sûr il embellit la
réalité, créant un univers et des personnages
plus grands que nature, mais on n’hésite pas
une seconde à plonger dans ce monde fabuleux tellement
il sait le rendre crédible. On reste littéralement
pendus à ses lèvres, du début à
la fin. Il faut dire qu’en entreprenant de re-populariser
l’art du conte et en transmettant les souvenirs de son
village natal, Pellerin a touché une
corde sensible : les gens adorent se faire raconter des histoires.
D’autant plus que son art possède cette grande
force de rejoindre un public de tout âge, touchant autant
les adultes qu’il peut amuser les enfants. Bref, tout
le monde y trouve son compte…et son conte.
En plus
d’être conteur, comédien, poète,
chanteur et musicien, Fred Pellerin est sans
conteste l’un des meilleurs humoristes de sa génération.
À notre plus grand bonheur, il ne nivelle pas par le
bas : son humour raffiné et brillant le hisse au niveau
des grands comiques de la trempe d’Yvon Deschamps
et Pierre Légaré. Bien qu’excellent
pince-sans-rire, il ne peut s’empêcher de laisser
passer quelques sincères éclats de rire, prenant
manifestement autant de plaisir à raconter ses histoires
que nous à les entendre. Grâce à son faciès
expressif et hilarant, il raconte autant par sa gestuelle
qu’avec ses paroles, souvent empreintes de poésie.
Par ailleurs, ponctuant son récit de grands classiques
de la chanson tirés du répertoire québécois
traditionnel, tels que Mille après mille de
Willie Lamothe et Quand vous mourrez de nos amours
de Gilles Vigneault, il révèle, avec
ces interprétations bien senties, une voix juste et
profonde. Passant de l’harmonica à la guitare
et du piano au banjo, Pellerin se révèle un
artiste complet, polyvalent et talentueux.

Malgré
une salle pleine à craquer, il réussit, grâce
à son authenticité et sa simplicité,
à créer une ambiance intimiste, se transformant
littéralement en conteur de coin du feu. Convivial
et rassembleur, il est visiblement à l’aise sur
une scène et n’hésite pas à tutoyer
son public. Semant des histoires puisées directement
dans ses racines (ses contes sont principalement inspirés
des histoires avec lesquelles sa grand-mère l’a
bercé), Pellerin est sans conteste
fier de ses origines. Amoureux des mots et du jargon québécois,
il multiplie les expressions colorées bien de chez
nous telles que la chienne à Jacques, lousse ou garocher.
Il s’est même inventé un langage bien à
lui, ludique, comique et un brin dyslexique, multipliant les
doubles sens : son discours déborde de petites perles
telles que « le don d’ambiguïté
», « Proust mais Proust égal»
et « épluchette de hot-dogs ».
Notons que ses propos très imagés feront d’ailleurs
l’objet d’un film : au cours de la dernière
année, Fred Pellerin a écrit
le scénario de Babine, qui sortira en salle
le 28 novembre prochain.
L’arracheuse
de temps, quatrième épopée des
habitants de Saint-Élie (suite de Dans mon village,
il y a Belle Lurette en 2001, Il faut prendre le taureau par
les contes ! en 2003 et Comme une odeur de muscles en 2004),
c’est une grande histoire parsemée de petites
anecdotes se transformant plus souvent qu’autrement
en longues digressions. Mais il a beau ajouter mille et une
parenthèses à son récit ou encore partir
sur des dérapages littéraires et des envolées
lyriques, Pellerin ne perd jamais le fil.
Avec sa passion contagieuse pour les contes, il remue les
mémoires de Saint-Élie, mais aussi notre mémoire
collective. Suscitant un regain d’intérêt
du public pour cet art d’antan, il participe, en quelque
sorte, à la reconstruction du tissu social et à
la sauvegarde de la tradition orale.
À
la suite de son passage à Montréal, qui a fait
salle comble, il poursuit une tournée de plus de deux
cents représentations au Québec et en France.
Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister
aux représentations du Monument National, une supplémentaire
a été annoncée pour le 17 avril 2009,
au Théâtre Maisonneuve. Les billets sont en vente
à la billetterie
de la Place des Arts.
Pour
plus d’infos sur l’artiste et ses spectacles:
http://www.michelinesarrazin.com/artistes/pellerin_bio.html
Crédits
photos: Audrey Simard
et Richard Tessier
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