5150 rue des ormes Entrevues avec les acteurs / Appréciation du film
J'ai vu, en grande première, sur invitation de presse, le film 5150 rue des ormes. C'est un thriller psychologique extrêmement crédible et efficace. Sonia Vachon y est méconnaissable et Marc-André Grondin déchire l’écran de ses cris. Je vous en donne mon appréciation plus détaillée à la fin de cet article.
Entrevues :
J’ai rencontré, au Chateau Bonne Entente, l’auteur du livre et scénariste du film Patrick Senécal, le réalisateur Éric Tessier, et les acteurs du film Marc-André Grondin, Sonia Vachon et Mylène St-Sauveur. Ce film sortira en salle le 9 octobre 2009.
Questions pour Éric Tessier et Patrick Senécal : Avec 5150 rue des Ormes, cela est une troisième collaboration d’Éric Tessier et Patrick Senécal, après Sur le Seuil au cinéma et un épisode télé de la chambre No 13, produit et tourné à Québec. Pour l’adaptation du roman vers le film, Patrick a été le scénariste et Éric, son collaborateur. Patrick avez-vous de la difficulté à changer ou à couper des bouts de votre histoire au profit du film? Il explique : Patrick « Non, Je ne suis pas l’auteur parano qui tient absolument à son histoire telle quelle… Et si on ne changeait rien, on ne rendrait pas service au film. Il y a des choses dans un livre qui ne marchent pas dans un film tout simplement. Avec Sur le seuil, c’était la première fois, on voulait être plus proche du livre, on était prudent. Avec 5150… on était plus sûr de nous autres, on a voulu rentrer plus dedans. Avec cette histoire, on a fait un film pour rendre service au film. »
Éric : « Ce qui est important c’est de s’entendre sur ce qui nous fait triper dans cette histoire-là et ce qu’on veut raconter. On s’entend là-dessus et après cela, que Yannick écrive dans un journal ou se filme sur caméra vidéo, c’est un détail, la résultante est la même. »
Question : Pourquoi amener dans le film des personnages comme les parents de Yannick qu’on ne voit pas dans le livre? :
Éric : « Dans le livre, il y a plusieurs centaines de pages qui te permettent d’entrer dans la tête de Yannick, et le faire tranquillement traverser dans la folie. Au cinéma, c’est plus court et il faut trouver des trucs simples et efficaces. Pour tomber, il fallait que Yannick ait une faille, sinon il ne serait pas entêté à la fin. En montrant qu’il avait quelque chose à prouver à ses parents, un aspect non réglé avec eux, il règle ses comptes avec eux, à travers Jacques et Maude Beaulieu. »
Patrick : « On ne voulait pas en mettre trop non plus psychologiquement. On ne voulait pas que cela devienne lourd. On en avait mis plus que cela au départ et un moment donné on en a enlevé. Et juste comme cela, la couche psychologique est là. Ceux qui la veulent la prennent. Et ceux qui ne la veulent pas, ce n’est pas fatigant. Je pense que l’équilibre y est. »
Question : Quels ont été les plus gros défis dans ce film?
Éric : « Le plus grand défi au niveau de la réalisation est de trouver le ton juste. Ce que je voulais c’était d’arriver avec une famille qui soit crédible, qui soit pétante de banalité. Si on avait eu une famille un peu bizarre, à la famille Adams, on n’aurait pas eu cette belle référence de contraste, ce décalage entre les deux mondes. Il fallait faire en sorte aussi de ne jamais trop en faire. Que Normand D' Amour ne devient pas trop théâtral. Et à tout égard aussi. Il ne fallait pas une maison victorienne avec des toiles d’araignées. »
Patrick : « On voulait montrer que la normalité peut cacher l’anormalité, et ce, pendant 20 ans sans que les gens autour s’en rendent compte. »
En terminant, je leur ai demandé si une prochaine collaboration ensemble est possible. Et ils ont tous deux affirmé qu’il est effectivement probable qu’ils s’associent à nouveau, mais pas pour l’instant, puisque Patrick a un film qui sort après les fêtes, Les sept jours du Tallion et il vient tout juste de nous offrir son nouveau thriller psychologique Hell.com.
Éric Tessier et Patrick Senécal
Questions pour Marc-André Grondin:
Question : Qu’as-tu trouvé de plus difficile à jouer. Les scènes physiques ou celles plus psychologiques, émotionnelles, où tu te dois d’entrer graduellement dans la folie?
Marc-André : « C’est sûr qu’il y a des scènes qui sont assez difficiles au point vue du jeu, mais sur le long terme, pendant le tournage, le plus dur a été le côté physique. Cela a été super demandant, drainant. Tu commences à 6 h 30 le matin, en gueulant comme un malade en frappant dans une porte, et puis tu fais cela toute la journée, et ensuite tu te fais étrangler, puis tu te bats, cela donne bien des courbatures. Et pendant deux semaines de tournage, j’avais un plâtre. On me le mettait le matin et on l’enlevait le soir. Je passais toute la journée en studio avec les béquilles, chaise roulante… Cela prenait une demi-heure pour sortir du studio, fumer une cigarette. Je n’avais jamais le temps de prendre un break total, de décrocher. »
Question : Et les cascades?
Marc-André : « Pour débouler l’escalier, je ne faisais que les deux dernières marches, un cascadeur faisait le reste. J’ai sauté en bas de la fenêtre du deuxième étage, mais je suis tombé sur un matelas, tandis que le cascadeur est tombé sur une table à pique-nique. Et avec la bicyclette, c’est le cascadeur qui l’a fait. Moi, j’ai seulement fait l’atterrissage, la face à terre… C’est toujours drôle avec un cascadeur, c’est un rapport bizarre. On s’entend bien avec eux, ils sont cool. Quand ils arrivent, tout le monde est après eux. Ils font une scène, comme celle du vélo et là, tout le monde applaudit et s’inquiète de son état. Et pourtant, personne ne m’applaudit, moi quand je fais une scène où je dois pleurer. (Rires). C’est comme la scène où je saute en bas de la fenêtre, tout le monde m’a applaudi. Mais lorsqu’ils ont remplacé le matelas pour la table à pique-nique, là c’est le cascadeur qui est applaudi, et j’ai perdu toute l’attention. Ce n’était plus hot ce que je venais de faire (rires). »
Marc-André Grondin a marqué l’histoire cinématographique au Canada récemment, en devenant le premier acteur canadien à remporter un César. En effet, il s’est vu remettre le prix du meilleur espoir masculin pour sa performance dans Le premier jour du reste de ta vie. On le verra aussi prochainement dans son premier rôle principal entièrement en anglais dans le film The Cameleon.
Marc-André Grondin
Question
àSonia Vachon:
Question : Quel a été le défi de jouer un rôle qui est à l’opposé de vous et des rôles plutôt comiques qu’on vous voit jouer d’habitude?
Sonia : « C’est fou, mais ce n’était pas un défi. Je l’attendais depuis tellement longtemps ce type de rôle là. Et je le dis et répète, c’est un évènement dans ma vie, ce personnage-là. C’est un des plus beaux cadeaux de ma carrière que j’ai eue. Pour le rôle de Maude, ils voulaient quelqu’un de très nerveux, donc quelqu’un de très maigre à cause de la nervosité. Dans ma tête, je me disais que j’en connais bien des femmes nerveuses dont c’est l’inverse qui se passe. Elles ne sont pas maigres du tout. Le fait que ces gens-là acceptent, et veulent me voir en audition pour le rôle, malgré le type du casting, juste cela, pour moi c’était un pas de plus... Quand j’ai lu le scénario (eh oui, j’ai réussi à le lire), je me voyais dans Maude. Je trouvais important que Maude aime son mari. Elle l’aimait vraiment, pas seulement par soumission, ou parce qu’il n’y en avait pas d’autre... Pour croire à cet amour malgré tout, il faut qu’elle soit naïve. J’ai voulu me servir de la naïveté que moi j’ai, pour le rôle… Pour jouer le rôle de Maude, mes cheveux sont changés en brun et même je dois porter des lentilles teintées brunes, pour changer ma couleur d’yeux… Je me regardais dans le miroir avec ces yeux et j’avais de la difficulté à me retrouver. »
Question : Vous qui êtes très sensible et peureuse, avez-vous lu le livre? Et avez-vous réussi à voir le film?
Sonia : « Je n’ai lu le livre encore, il est sur ma table de chevet. J’ai dit à Patrick que je suis trop peureuse pour lire ses livres. Mais, je vais le lire, c’est certain… Quand ma sœur a su que j’auditionnais pour le film, elle m’a dit, comment vas-tu faire pour lire le scénario? Mais cela a bien été quand même. J’ai vu le visionnement, mais parfois je me cachais la vue sur certaines scènes que je n’avais jamais vu où je n’étais pas dedans… Et en me regardant, je n’ai pas été capable d’avoir du recul. Je regardais les scènes où j’étais là, et je me rappelais les caméras, les jokes sur le plateau, mais je n’embarquais pas dans le film. J’étais tellement déstabilisée. Je me suis dit que c’est la première fois que je suis dans un film du début jusqu’à la fin. Que je suis presque tout le temps là. Et cela ne m’est jamais arrivé, j’avais surtout des seconds rôles… Lors du tournage, on était dans un studio, où ils ont construit la maison, la cuisine, le deuxième étage puis la cave était construite près de la porte pour aller prendre l’air dehors. Chaque fois que j’allais dehors, j’avais peur de passer en avant de cette pièce qui représentait la cave… l’endroit le plus sombre et le plus effrayant du film (rires). »
Sonia Vachon
Questions pour Mylène St-Sauveur:
Question : Comment t’es-tu préparé à entrer dans la peau d’une jeune fille sadique et sans peur comme Michelle?
Mylène : « Pour me préparer aux auditions, j’ai lu le livre de Patrick et j’ai pu comprendre d’où venait le personnage. J’ai connu tout ce qui enrobait ce personnage... Par la suite, lors du tournage, le jeu pour ce rôle s’est travaillé avec Éric et Patrick, sur le plateau. Avec l’habillement et le maquillage aussi, cela m’aide à entrer dedans. Et comme l’histoire était déjà assez forte, les scènes étaient déjà assez imagées, je n’avais pas besoin d’en ajouter. J’ai essayé d’aller au plus simple. La ligne est quand même mince entre la caricature et le vrai. Et c’est Éric, qui, derrière la caméra, me disait d’en mettre plus ou bien de le doser mieux. »
Question : Quel a été ton plus grand défi dans ce film? Car tu as des scènes assez difficiles à jouer physiquement.
Mylène : « C’était difficile, mais très amusant et enrichissant. J’aime essayer des choses nouvelles et avoir des défis. Et le fait d’essayer des cascades, avec des cascadeurs professionnels et des effets spéciaux, c’était fantastique. Tu dois faire confiance au réalisateur, qui sait de quoi aura l’air la scène finale, mais en attendant, tu te dis que cela ne fait pas très crédible avec un faux couteau, ou je passe à six pieds de son visage pour donner un coup. Avec l’angle de la caméra, Éric sait que ça va fonctionner… Ce n’est pas tous les acteurs qui peuvent se laisser aller comme cela à donner une confiance aveugle au réalisateur. C’est toute une adaptation… J’ai tellement tripé à avoir des pratiques de cascades. J’ai manqué de l’école pour aller m’amuser sur des tapis à donner des coups de poing. C’est le fun pour une fille de 19 ans de dire que j’ai déjà fait cela des cascades dans un film. C’est vraiment agréable. C’est une expérience que j’aimerais renouveler, mais il faut que les Québécois soient prêts à ce genre de film. Ce genre existe déjà dans les films américains et c’est ce qui marche le plus auprès des jeunes de mon âge. Pourquoi on ne pourrait pas en faire autant nous-mêmes au Québec? Je suis certaine qu’avec 5150… on va mettre la barrière haute. »
Mylène St-Sauveur
Synopsis :
« Mon nom est Yannick Bérubé. J’suis prisonnier parce que j’ai découvert un… un… »
Le 5150, rue des Ormes se situe au bout d’une petite rue tranquille dans une petite ville sans histoire. Suite à une chute de vélo, Yannick se retrouve, malgré lui, séquestré dans une famille tout sauf sans histoire. Une famille menée d’une main de fer par Jacques Beaulieu, le dernier des Justes, invincible aux échecs, où Maude, en épouse soumise lui obéit autant qu’à Dieu. Où Michelle, 17 ans, s’affirme de plus en plus, menaçante et insoumise. Et où Anne, 7 ans, au regard vide, renvoie constamment Beaulieu à sa propre culpabilité. « Bats-moi aux échecs et je te laisse partir ». Un marché simple pour Yannick : il y laisse sa peau ou sa raison!
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Mon
appréciation :
D’entrée de jeu, il faut savoir que les thrillers psychologiques, films à suspense, de violence et de tension extrême, ce n’est pas ma tasse de thé. Alors pour exorciser ma peur, j’ai d’abord lu le livre, histoire de moins sursauter lors du visionnement du film. Cela a fonctionné, puisque le film reproduit assez fidèlement les principales scènes marquantes du livre. Ainsi, je savais généralement à quoi m’attendre et j’ai donc pu anticiper les moments plutôt sanglants.
Au niveau de l’écriture du scénario, Patrick Senécal, en collaboration avec le réalisateur Éric Tessier, a fait un travail remarquable d’adaptation du livre pour le grand écran. Ensemble, ils ont dû faire des choix et retrancher par exemple les flasbacks du passé de Maude et ont délibérément coupé toutes les scènes et références à la sexualité reliée à Michelle l’adolescente. Mais certains détails ont été ajoutés qui m’ont vraiment plu. Par exemple, dans le film, on voit les parents de Yannick et on y fait parfois référence, ce que je trouve une excellente idée pour comprendre certains aspects de la pensée de Yannick et voir pourquoi il bascule plus aisément dans la folie. Également, Éric Tessier a bien réussi à démontrer les situations horribles, mais dans un cadre totalement ordinaire et banal. Il a su doser les moments simples et normaux de la vie, avec les atrocités de la réalité de cette famille que personne ne voit anormale. Au niveau sonore et de l’éclairage, contrairement à bien des films où ils en font trop, ici, tout est bien calibré pour qu’on y croit vraiment.
Au niveau des performances d’acteurs, il faut définitivement applaudir la véracité des quatre personnages principaux. Sonia Vachon est méconnaissable dans le rôle de cette dévouée à Dieu et à son mari. Une vraie sainte en peinture. On est loin de ses rôles comiques au rire contagieux. C’est seulement lors d’une scène où Yannick tente d’amadouer Maude pour la faire sourire que je m’arrête pour réaliser que c’est bien Sonia Vachon qu’on retrouve ici. Un jeu remarquable. Mylène St-Sauveur nous semble l’adolescente douce et gentille qui veut par-dessus tout faire plaisir à son père, mais dont les yeux se transforment en pur sadisme par moment, à nous donner des frissons dans le dos. On a plaisir à la haïr. Marc-André Grondin déchire l’écran avec ses cris de mort. On le voit dépérir chaque jour, mais également délirer, et sa transformation vers la folie est jouée magnifiquement. On imagine qu’il a dû avoir plusieurs ecchymoses à rendre ce personnage crédible. Et que dire de Normand D’Amour, l’« As » des regards perçants et démoniaques. On finit même par avoir pitié de lui, tellement on le sent pris entre sa Justice et ses colères non maîtrisées. Une sublime performance qui se doit d’être récompensée à mon avis. Un film qui plaira sûrement aux fans des livres de Patrick Senécal ou de thrillers psychologiques. Cependant, si c’est possible, ne lisez pas le livre avant de voir le film. Et même, je suggère de lire le livre après, pour entrer plus loin dans la psychologie des personnages et voir les variantes de l’histoire que Patrick a imaginée.
Équipe
de conception : Fiche technique
Un film de Éric Tessier
Scénario de Patrick Senécal avec la participation de Éric Tessier
Producteur : Pierre Even
Productrice : Josée Vallée
Producteur exécutif : Richard Speer
Direction de la photographie François Dutil
Montage Alain Baril
Direction artistique David Pelletier
Création des costumes Carmen Alie
Musique Christian Clermont
Distribution des rôles Daniel Poisson, Pierre Pageau
Productrice déléguée Nicole Hilaréguy
Producteurs exécutifs Guy Gagnon, Patrick Roy
Mylène St-Sauveur et Lise Breton (photographe). Groupe : Sonia Vachon, Mylène St-Sauveur, Marc-André Grondin, Patrick Senécal et Éric Tessier
Distribution
:
Yannick : Marc-André Grondin
Jacques Beaulieu : Normand D’Amour
Maude Beaulieu : Sonia Vachon
Michelle Beaulieu : Mylène St-Sauveur
Anne Beaulieu : Élodie Larivière
Jérôme : Normand Chouinard
Josée : Catherine Bérubé
Francine : Louise Bombardier
Simon : Pierre-Luc Lafontaine
Jean-Guy Ruel : René-Daniel Dubois