Elizabeth, roi
d’Angleterre. Texte de Timothy
Findley, traduit par René-Daniel
Dubois. Mise en scène : René
Richard Cyr. Distribution : Marie-Thérèse
Fortin, Jean-François Casabonne, René Richard
Cyr, Yves Amyot, Éric Bruneau, Benoît Dagenais,
Geoffrey Gaquere, Agathe Lanctôt, Roger La Rue,
Olivier Morin, Éric Paulhus, Adèle Reinhardt.
Au Théâtre
du Nouveau Monde jusqu’au 9 février 2008
http://www.tnm.qc.ca/saison-2007-2008/Elizabeth-roi-dAngleterre/Elizabeth-roi-dAngleterre.html

On ne réchauffera
pas ce rude hiver avec une pièce élisabéthaine,
mais il se joue au TNM une pièce en costumes
à saveur sexuelle !
Elizabeth, roi
d’Angleterre est l’une des dernières
œuvres de l’auteur ontarien Timothy
Findley, disparu en 2002. Il s’agit d’un
amalgame inattendu mais très cohérent entre
un drame classique et un questionnement sur l’identité
sexuelle, sur fond d’intrigue politico-sentimentale.
Autant le dire tout de suite, cette longue scène
sans entracte est tout sauf un lieu où l’on
s’exhibe. Elle prend place en Angleterre, pendant
une longue nuit de 1601, alors que le Mardi Gras se transforme
en Mercredi des Cendres, dans une grange à la fois
fastueuse et dépouillée.
Ultime représentante
de la dynastie des Tudor, Elizabeth I (Marie-Thérèse
Fortin) est dans les derniers milles de son long
règne : elle mourra deux ans plus tard en «reine
vierge», sans laisser de descendance. Pour
se donner quelques repères historiques et mesurer
l’humanité du personnage, on précisera
qu’elle est la fille du roi Henri VIII – qui
exécuta sa mère -, qu’elle a fait
décapiter Mary Stuart, sa cousine catholique, et
qu’on lui connu quelques amants mais aucun mari.
Celle qui avait coutume de faire référence
à elle-même comme à un «Prince
d’Europe» a pourtant conduit l’Angleterre
vers l’un des essors les plus marquants de son histoire.
Face à cette
figure autoritaire, un William Shakespeare (Jean-François
Casabonne, sans panache) dans une phase de création
toujours foisonnante, mais assombrie par la dégénérescence
monarchique, de même que par la mort de son fils,
puis celle de son père. Plongé dans l’écriture
de plusieurs pièces – dont l’emblématique
Hamlet – le grand Will puise dans les amours
contrariées d’Elizabeth et du comte d’Essex
la matière première de son Antoine et Cléopâtre.
C’est du moins la proposition de l’auteur.
Mais Shakespeare
est pratiquement réduit à l’état
de témoin, car c’est un de ses comédiens
qui révélera le trouble qui habite l’âme
de la reine. Il est bon de préciser que, dans la
tradition du théâtre élisabéthain,
les hommes jouent tous les rôles, même féminins.
Le personnage de Ned Lowenscroft (René Richard
Cyr), acteur qui incarne des femmes, confrontera
donc Elizabeth, monarque qui s’incarne en homme.
La vraie surprise de
cette pièce de facture plutôt classique,
c’est de découvrir derrière une Angleterre
réputée puritaine un monde où règne
l’ambiguïté sexuelle. Des acteurs en
robes et en faux-culs, des libertins sans tabous, une
souveraine en quête d’émois, le tout
sous la menace de la syphilis, métaphore de l’éternelle
maladie d’amour.
René Richard
Cyr, qui avait réalisé la télésérie
Cover Girl, trouve ici une surprenante redéfinition
de la drag queen ! Il n’en tire pas moins un plaisir
évident à se mettre en scène dans
le rôle d’un acteur à l’androgynie
assumée et aux attirances troubles.
Inutile pourtant de
chercher le frisson polisson : Elizabeth
est une pièce sérieuse et tourmentée,
une œuvre tellement axée sur le texte que
l’action en est presque absente. Pour contrebalancer
cette austérité littéraire, les costumes
virevoltent, les visages se poudrent et les éclairages
flamboient dans le style typique du Nouveau Monde.
Mais si par malchance vos sièges sont loin de la
scène, il vous faudra quand même faire preuve
d’une certaine concentration pour entrer dans le
jeu. Enfin, pourquoi doit-il y avoir en permanence tant
de personnages sur le plateau, alors que ne se débattent
que des causes intimes ?
La figure glaciale de
la souveraine émerge avec d’autant plus de
force que Marie-Thérèse Fortin lui
insuffle une autorité précise, palpable.
Il était temps que cette comédienne de talent
prenne le devant de la scène à Montréal,
et il est surprenant que cela ne se produise pas au Théâtre
d’Aujourd’hui, dont elle est à
la fois codirectrice et directrice artistique. Caprice
de reine ?
Crédit
photo: Jean-François
Gratton
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