ELIZABETH,
THE GOLDEN AGE, un tantinet trop charcuté
Quinze
ou vingt petites minutes de plus et ce second volet
de la trilogie entreprise par le talentueux réalisateur
Shekhar Kapur aurait été
la perfection même. Alors vivement la sortie d’un
DVD avec le director’s cut, quoique tout
ce qui se trouve présentement sur cette impressionnante
superproduction est à peu près irréprochable.
La royale performance de Cate Blanchett
qui est aussi magnifique dans ses élans d’amoureuse
déçue que dans ses angoisses de bâtarde
protestante menacée de toutes parts… Les
décors somptueux, les costumes plus que seyants,
les échanges intimistes comme la fresque historique
à grand déploiement… Tout est mené
de main de maître et à un rythme presque
toujours de circonstance, bien que ce film de 115 minutes
nous laisse avec le profond sentiment de faire parfois
les coins ronds. Quelques très courtes scènes
en effet pour illustrer le drame de Marie Stuart, cette
cousine captive qu’Élisabeth 1ière
dut faire décapiter pour sauvegarder son trône,
ce qui détermina son ex-beau-frère Philippe
II d’Espagne à lancer contre elle l’Invincible
Armada. Quelques trop courtes scènes aussi pour
illustrer la passion d’une souveraine qui se refuse
au mariage mais aimerait bien succomber au parfum d’aventure
que dégage le séduisant explorateur et
pirate Sir Walter Raleigh, dans lequel Clive
Owen y investit plus que sa belle gueule.
Alors
ce n’est pas tant la thèse fort controversée
d’une reine réellement vierge qui dérange
ici, même si la virginité d’Élisabeth,
authentique ou non, se révéla être
l’une de ses armes politiques les plus efficaces,
mais le manque d’un peu plus de chair autour d’un
os qui ne manque pourtant pas de moelle. Ce qui donne
malheureusement l’impression de voir au grand
écran l’un des fameux condensés
du Sélection du Reader’s Digest.
NE
LE DIS À PERSONNE, vaut la peine qu’on
en parle à tout le monde
Gagnant
de quatre prix à la 32e cérémonie
des César 2007, ce suspense du jeune réalisateur
Guillaume Canet adapté à
partir du roman éponyme d’Harlan
Cohen est réussi à plus d’un
titre. Tout d’abord, l’excellente distribution
comprenant François Cluzet qui
avec raison s’est mérité le César
du meilleur acteur, André Dussollier,
Jean Rochefort, Nathalie Baye, Jalil Lespert, Brigitte
Catillon, Marina Hands, la Britannique Kristin
Scott Thomas qui joue dans un français
sans accent, et puis bien sûr notre jolie Marie-Josée
Croze, mystérieuse à souhait.
Plein d’atmosphère mais sans les longueurs
qui d’habitude sont l’apanage des films
français, "Ne le dis à personne"
ne réinvente pas le bouton à quatre trous
mais vous emportera dans une histoire tortueuse dont
la fin vous réserve son lot de surprises, avec
en plus quelques séquences d’action assez
percutantes.
À
noter, le making of que vous trouverez dans
les suppléments. L’un des meilleurs documentaires
du genre pour ceux qui s’intéressent vraiment
à la démarche technique et artistique
du réalisateur.
MINUIT,
LE SOIR, fin d’une série culte
Troisième
et ultime saison de la plus noire série que la
télévision québécoise ait
jamais produite, mais aussi l’une des plus originales
avec des personnages foncièrement détestables
ou attachants qui vous resteront pour toujours en mémoire.
"Minuit, le soir" tire donc sa révérence
en beauté avec en poche les sept prix Gémeaux
qui lui ont été remis cette année,
exploit qu’elle avait déjà réalisé
en 2006. Pas facile la vie de bar avec les petites et
grandes misères de la faune nocturne, mais ô
combien poétiques sont les Claude Legault,
Julien Poulin, Louis Champagne et Julie
Perreault qui interprètent leurs rôles
avec tellement de conviction qu’on en oublie que
c’est juste de la télé.
UNE
VRAIE FILLE… C’EST MOI ÇA?,
un titre fort à propos
Très
bien dirigée par l’auteur et metteur en
scène Guy Fournier dont on reconnaît
l’audace et les décennies d’expérience,
Julie Caron réussit le difficile
pari d’un humour féminin qui ose se frotter
contre celui des hommes, que ce soit par son jeu très
physique ou par la truculence de ses textes. Comme un
Michel Barrette en jupons, Julie
Caron brûle les planches avec sa touche
bien personnelle. Une future star de l’humour
à découvrir sans faute.
1408,
distrayant mais sans plus
Pour
les amateurs de Stephen King ou pour
ceux qui aiment les films de peur tout court, "1408"
vous propose une chambre d’hôtel hantée
par tous les cauchemars de l’un des auteurs les
plus adaptés au cinéma. Le problème,
c’est qu’on les connaît déjà
tous par cœur les cauchemars de Stephen
King. Ce qui n’empêche pas John
Cusack de se débattre avec beaucoup
talent dans une suite assez divertissante d’effets
spéciaux et de revirements de situation.