Métropolis
59 Ste-Catherine Est
Montréal, Québec
Mercredi
dernier, le 10 octobre 2007, Daniel Bélanger
était de retour sur les planches du Métropolis,
à Montréal, pour lancer sa nouvelle tournée
2007-2009. Après avoir fait un lancement d’album
grand public, au Métropolis, en mai dernier, le voilà
prêt à sillonner le Québec et à
renouer ses liens avec le public. L’échec
du matériel : un 6e album en 15 ans de carrière.
Un album splendide qui vaut déjà à
son auteur 5 nominations au Gala de l’ADISQ 2007 !!!
Une reconnaissance totalement justifiée. Ce nouvel
album est tout simplement exquis !!


Daniel
Bélanger : quelle voix extraordinaire !
À la fois discret et d’un charisme incroyable,
l’auteur-compositeur-interprète a littéralement
charmé son public mercredi soir. D’entrée
de jeu, caché derrière son clavier, il a ensorcelé
la foule avec une pièce purement instrumentale :
Amusements. Une petite mélodie qui rappelle
les boîtes à musique de notre enfance : un
carrousel ou une ballerine qui tourne sur elle-même
quand on ouvre la boîte, cette petite boîte
magique et secrète où l’on entasse des
objets singuliers. Quelle belle façon de nous ouvrir
son monde, de nous faire entrer dans le coin reculé
de son univers où les objets se sont entassés,
accumulés… où maintenant les souvenirs
s’enfuient et galopent. Daniel Bélanger, l’antiquaire,
nous fait entrer dans son grenier intérieur comme
dans une mémoire matérielle, dans l’illusion
d’une richesse qui finalement nous dépossède.
C’est L’échec du matériel,
d’une spiritualité qui a finit par se réduire
à de simples objets. Dans les dédales de cette
pièce obscure, il réalise l’ampleur
du vide… et c’est dans cette absence que la
poésie opère et prend vie. Un album à
la fois féérique et ensorcelant !!!

L’échec
du matériel, c’est le triomphe du mouvement,
de tout ce qui reste insaisissable. C’est le constat
d’une fuite incessante. On se rencontre, on entre
en collision avec soi-même, là où l’on
ne croyait pas être. C’est le désir d’être
là où on l’on est pas. C’est la
révélation du grand vide matériel qui
nous habite, de ce rien qui se cache derrière les
apparences. À la fois, le «Je est ailleurs
» de Rimbaud et la grande faillite de l’opulence
qui caractérise si bien notre culture occidentale.
C’est le «Tout n’est que vanité
des vanités » des grandes écritures.
Plus philosophe que jamais, Daniel Bélanger laisse
sa voix habiter cet espace de l’entre-deux, ce reste
précieux qui existe entre lui et les objets. La vraie
richesse est là, dans l’immense caisse de résonnance
que le monde constitue autour de lui, de nous… autour
de tout ce qui vit.


Décidément,
cette première, très attendu des plus grands
fans, a été magnifique. Sobre et authentique,
Daniel Bélanger nous a tout simplement
ouvert les portes de son jardin secret. Il nous a fait voyager
d’un album à l’autre, dans un décor
enchanteur et une ambiance vertigineuse. La scène,
habitée par 5 talentueux musiciens et la choriste
Janis Nicole Thompson, ressemblait à
un toit d’immeuble situé en plein centre-ville
: tuyaux de ventilation, puits de lumière, antennes
paraboliques, etc. Un décor, surplombé d’un
grand écran lumineux, qui donnait à l’ensemble
du spectacle une saveur incontestablement urbaine. Une nuit
de rêves où l’homme, dans sa petitesse,
rencontre l’immensité du ciel étoilé.
Une nuit où les insomniaques s’amusent.
Des chansons,
une musique, un décor et un jeu d’éclairages
signés Daniel Bélanger. Un
spectacle à son image. À la fois retiré
et extrêmement présent, l’auteur-compositeur-interprète
habitait toutes les parcelles de ce petit microcosme qu’il
a lui-même créé. Il était à
la fois au centre de la scène et dans tout ce qui
l’entourait. À la fois prisonnier des formes
et libre comme l’air. Un spectacle vivant, plein de
poésie et de suggestions sensorielles. Sur l’écran,
des formes lumineuses se mélangeaient, défilaient,
interpellaient notre imagination : mouvement de fumée,
de soucoupe volante, d’eau qui coule, de météorites,
etc. Une succession de formes, comme une traînée
de poussières, qui passaient du rouge au bleu, au
vert, au jaune… Des formes qui existaient l’espace
d’un instant, éphémères comme
le temps, comme tout ce qui passe. D’une intensité
fugueuse. Il n’y avait qu’une chose à
faire : se laisser porter, pour ne pas dire emporter.


En pleine
possession de ses moyens, Daniel Bélanger
s’est amusé avec le public, à le faire
rire et chanter, pour réchauffer l’atmosphère.
Une belle interaction avec les gens dans la salle, mais
également avec ses musiciens sur scène. Il
faut bien le dire, Daniel Bélanger
n’hésite pas à se tasser, à se
mettre un peu à l’écart, pour donner
l’occasion à chaque musicien de mettre son
talent en valeur. Marc Déry, qui a fait une brève
apparition sur scène, l’instant d’une
chanson, a même eu droit à son solo de batterie.
En fait, tous les musiciens ont bénéficié
de ce privilège : Dan Thouin aux claviers,
Alain Quirion à la batterie et au xylophone,
Olivier Langevin à la guitare et Gilles
Brisebois à la basse. Une belle complicité
entre les membres du groupe. Daniel Bélanger
en a également profiter, son tour venu, pour improviser
lui aussi. De sa belle voix, il s’est amusé
à créer des impressions sonores : des bruits
qui ressemblent à ceux qui résonnent dans
les grandes villes la nuit, des sons qui rappellent ceux
des dessins animés : entre autres, ceux du fameux
bonhomme minimaliste qui marchait sur une ligne blanche
et chialait, etc. Une belle performance fortement appréciée
du public.
Voilà
l’une des choses que j’apprécie énormément
de Daniel Bélanger : cette créativité
singulière qui fait appel à notre imagination,
notre interprétation. Le spectateur a une place bien
à lui dans le spectacle. Une forme de dialogue se
crée entre le public et l’auteur : quelque
chose passe, s’échange et se transforme. C’est
vraiment particulier. Du même coup, Daniel
Bélanger se permet de belles improvisations
et lorsqu’il reprend ses vieux succès, il se
permet d’en faire de nouvelles versions. Le résultat
: un spectacle unique en soi, qui se différencie
des enregistrements et qui offre une autre perspective du
travail de l’artiste. En ce sens, ce nouveau spectacle
est extraordinaire et répond parfaitement aux attentes
du public.
Une fois
de plus, Daniel Bélanger nous offre
un spectacle de qualité, riche en couleurs et en
émotions. L’ensemble est parfaitement dosé
et l’enchaînement des chansons, qui passe d’un
album à l’autre, va de soi. Peu à peu,
l’auteur-compositeur-interprète nous fait entrer
dans son univers, augmente le rythme, les intensités
lumineuses et ce, jusqu’à une sorte d’explosion
finale ! Les faisceaux lumineux tournent dans la salle et
le public, euphorique, a l’impression de voyager dans
l’univers, d’être emporté dans
l’immensité du ciel étoilé. Tout
simplement merveilleux. Un spectacle à voir et revoir.
La tournée est lancée et Daniel Bélanger
sera en spectacle un peu partout au Québec : Sherbrooke,
Trois-Rivières, Chicoutimi, Sorel, Gatineau, Drummondville,
etc. Pour en savoir plus sur les dates de représentations
à venir, consulter le site www.danielbelanger.com

Crédit
photos: Caroline Beaulieu
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