Une
fresque humaine en plein cœur
de Madrid nous est offerte
dans Cosmofobia, une œuvre
de l’auteur Lucia Etxebarria.
Le terme « cosmofobia »
signifie, sans entrer dans les détails,
la peur que peut ressentir l’humain
quant à sa place dans l’univers.
Il est vrai que ça peut parfois
donner le vertige d’y penser,
mais heureusement ce roman ne fait
pas dans la peur, mais plutôt
dans la réalité du quotidien,
des hauts et des bas de gens plus
ou moins ordinaires. Une vision juste,
belle et parfois dure sur l’urbanité
qui nous entoure.

On
se retrouve dans le quartier populaire
de Lavapiés, à Madrid,
où se côtoient de multiples
personnes de cultures et d’horizons
divers. Une véritable mosaïque
vivante qui a pour son centre la ludothèque
qui sert également de garderie
et de centre associatif. Un beau melting-pot
de rencontres de femmes, de cours
de théâtre, d’activités
pour les personnes âgées,
de cours du soir, de séminaires
d’orientation, etc. On y décèle
tout de suite l’ambiance d’une
grande ville où la vie n’est
pas toujours facile, mais où
l’espoir règne toujours
et où le bonheur est toujours
possible. Il suffit de saisir l’occasion
ou de la laisser passer… On
y fait d’abord la connaissance
d’Antòn qui vit dans
le quartier et qui commence à
aider à la ludothèque
afin de connaître davantage
celle qui y travaille, Claudia, qu’il
surnomme la Fée. À partir
de là, il nous est possible
de relier tous les personnages entre
eux, que ce soit un camarade de classe,
la tante de la sœur aînée
d’un jeune de la ludothèque,
l’ancienne copine du nouveau
copain d’une femme fréquentant
le groupe de femmes « Positives
» du Centre associatif,
etc. On pourrait croire ainsi que
c’est difficile de suivre l’histoire,
mais il n’en est rien. Tout
d’abord, le roman est construit
de façon à installer
le récit autour d’un
personnage en particulier dans chaque
chapitre. On fait ainsi des liens
d’un chapitre à l’autre,
mais il n’est pas nécessaire
de se rappeler de tous les personnages
à la fois. Puis, l’auteur
a eu la brillante idée de nous
mettre en annexe à la fin du
livre une liste incluant tous les
noms des personnages apparaissant
dans le roman avec une petite définition
expliquant qui ils sont. Un atout
majeur pour démêler les
liens qui unissent les protagonistes.
Le
génie de Lucia Etxebarria
est sans aucun doute de rendre ses
histoires concernant un quartier typique
en histoires universelles. Les relations
entre les personnages, la psychologie
de chacun et les valeurs d’une
société à Madrid
deviennent des caractéristiques
que l’on peut reconnaître
chez tous ceux qui nous entourent.
Cosmofobia est profondément
espagnol, imprégné de
Lavapiés, mais il est tout
autant québécois, français
ou anglais par l’humanité
qui s’en dégage. Le sous-titre
du roman, « les autres sont
un je », n’est pas
gratuit. On sent l’importance
de chacun des personnages dans le
roman et des conséquences de
leurs actes sur les autres. Peu importe
leur statut, leur classe sociale ou
leur race, les individus ont une vie,
des sentiments, des qualités
et des défauts qui les inscrivent
dans le temps et dans l’espace.
On réfléchit soudain
davantage à comment on perçoit
les autres et comment on agit avec
l’autre. Le roman est rempli
de moments tendres, drôles,
touchants, mais aussi parfois tristes
et durs. Le lecteur y rencontre la
vraie vie, le quotidien de gens ordinaires,
mais pas sans couleur… On croit
facilement que l’on pourrait
rencontrer l’un de ces personnages
au coin de la rue et c’est ce
qui rend ce roman aussi attachant
et marquant.

Cosmofobia,
tout comme son auteur Lucia
Etxebarria, s’inscrit
facilement comme un incontournable
de la littérature espagnole,
mais aussi de la littérature
universelle. Un roman ancré
dans une ville d’Espagne à
saveur multiculturelle, mais ouvert
sur le monde. Le lecteur aura bien
de la difficulté à laisser
son roman de côté une
fois amorcé, et à la
fin il lui sera sûrement difficile
de le refermer définitivement.
Née
en 1966, longtemps rebelle, Lucia
Etxebarria a connu un succès
immédiat avec son premier roman,
Amour, Prozac et autres curiosités.
Elle
a remporté, entre autres, le
prix Planeta 2004 pour Un miracle
en équilibre. Depuis Aime-moi,
for favor! elle affirme son féminisme,
comme en témoigne Ya no sufro
por amor, son dernier best-seller.
Elle vit à Madrid.
Parlant
des autres, Lucia Etxebarria parle
de nous. Partant du coin de sa rue,
elle déchiffre le monde d'aujourd'hui.
Cosmofobia
de Lucia Etxebarria, traduit de l'espagnol
par M. Lafourcade et N. Véron
Ed. Héloïse d'Ormesson,
383 p., 43,95 $
www.editions-heloisedormesson.com