Le samedi, 10 novembre 2007


Cosmofobia
« Les autres sont un “je”. »
Lucia Etxebarria

Une fresque humaine en plein cœur de Madrid nous est offerte dans Cosmofobia, une œuvre de l’auteur Lucia Etxebarria. Le terme « cosmofobia » signifie, sans entrer dans les détails, la peur que peut ressentir l’humain quant à sa place dans l’univers. Il est vrai que ça peut parfois donner le vertige d’y penser, mais heureusement ce roman ne fait pas dans la peur, mais plutôt dans la réalité du quotidien, des hauts et des bas de gens plus ou moins ordinaires. Une vision juste, belle et parfois dure sur l’urbanité qui nous entoure.

 

 

On se retrouve dans le quartier populaire de Lavapiés, à Madrid, où se côtoient de multiples personnes de cultures et d’horizons divers. Une véritable mosaïque vivante qui a pour son centre la ludothèque qui sert également de garderie et de centre associatif. Un beau melting-pot de rencontres de femmes, de cours de théâtre, d’activités pour les personnes âgées, de cours du soir, de séminaires d’orientation, etc. On y décèle tout de suite l’ambiance d’une grande ville où la vie n’est pas toujours facile, mais où l’espoir règne toujours et où le bonheur est toujours possible. Il suffit de saisir l’occasion ou de la laisser passer… On y fait d’abord la connaissance d’Antòn qui vit dans le quartier et qui commence à aider à la ludothèque afin de connaître davantage celle qui y travaille, Claudia, qu’il surnomme la Fée. À partir de là, il nous est possible de relier tous les personnages entre eux, que ce soit un camarade de classe, la tante de la sœur aînée d’un jeune de la ludothèque, l’ancienne copine du nouveau copain d’une femme fréquentant le groupe de femmes « Positives » du Centre associatif, etc. On pourrait croire ainsi que c’est difficile de suivre l’histoire, mais il n’en est rien. Tout d’abord, le roman est construit de façon à installer le récit autour d’un personnage en particulier dans chaque chapitre. On fait ainsi des liens d’un chapitre à l’autre, mais il n’est pas nécessaire de se rappeler de tous les personnages à la fois. Puis, l’auteur a eu la brillante idée de nous mettre en annexe à la fin du livre une liste incluant tous les noms des personnages apparaissant dans le roman avec une petite définition expliquant qui ils sont. Un atout majeur pour démêler les liens qui unissent les protagonistes.

 

Le génie de Lucia Etxebarria est sans aucun doute de rendre ses histoires concernant un quartier typique en histoires universelles. Les relations entre les personnages, la psychologie de chacun et les valeurs d’une société à Madrid deviennent des caractéristiques que l’on peut reconnaître chez tous ceux qui nous entourent. Cosmofobia est profondément espagnol, imprégné de Lavapiés, mais il est tout autant québécois, français ou anglais par l’humanité qui s’en dégage. Le sous-titre du roman, « les autres sont un je », n’est pas gratuit. On sent l’importance de chacun des personnages dans le roman et des conséquences de leurs actes sur les autres. Peu importe leur statut, leur classe sociale ou leur race, les individus ont une vie, des sentiments, des qualités et des défauts qui les inscrivent dans le temps et dans l’espace. On réfléchit soudain davantage à comment on perçoit les autres et comment on agit avec l’autre. Le roman est rempli de moments tendres, drôles, touchants, mais aussi parfois tristes et durs. Le lecteur y rencontre la vraie vie, le quotidien de gens ordinaires, mais pas sans couleur… On croit facilement que l’on pourrait rencontrer l’un de ces personnages au coin de la rue et c’est ce qui rend ce roman aussi attachant et marquant.

 

 

Cosmofobia, tout comme son auteur Lucia Etxebarria, s’inscrit facilement comme un incontournable de la littérature espagnole, mais aussi de la littérature universelle. Un roman ancré dans une ville d’Espagne à saveur multiculturelle, mais ouvert sur le monde. Le lecteur aura bien de la difficulté à laisser son roman de côté une fois amorcé, et à la fin il lui sera sûrement difficile de le refermer définitivement.

 

Née en 1966, longtemps rebelle, Lucia Etxebarria a connu un succès immédiat avec son premier roman, Amour, Prozac et autres curiosités.

Elle a remporté, entre autres, le prix Planeta 2004 pour Un miracle en équilibre. Depuis Aime-moi, for favor! elle affirme son féminisme, comme en témoigne Ya no sufro por amor, son dernier best-seller. Elle vit à Madrid.

Parlant des autres, Lucia Etxebarria parle de nous. Partant du coin de sa rue, elle déchiffre le monde d'aujourd'hui.

 

Cosmofobia de Lucia Etxebarria, traduit de l'espagnol par M. Lafourcade et N. Véron Ed. Héloïse d'Ormesson, 383 p., 43,95 $
www.editions-heloisedormesson.com

 

 

 

Accueil

Résolution : 1024 X 768 et Internet Explorer et Firefox
© 2006/2008 - Info-Culture.biz. Tous droits réservés. Il est interdit d’utiliser tout texte de ce Média Internet Culturel, par quelque moyen que ce soit, sans en demander
l’autorisation à Info-Culture.biz et à son auteur.

 

Légende
½ ; pas du tout ; un peu ; assez ; beaucoup ; passionnément