Le mercredi, 9 avril 2008

C.H.S. de Christian Lapointe

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Dès l’entrée dans la salle, une odeur de soufre… Cette allumette qu’on craque et qui d’une étincelle peut provoquer des ravages. Le spectateur est plongé dès lors dans l’univers de C.H.S., pour combustion humaine spontanée, une pièce déboussolante.

 


Christian Lapointe

 

Christian Lapointe revient avec sa pièce à Québec après l’avoir présentée une première fois en 2006 au Carrefour International de Théâtre, puis au Festival d’Avignon, au Festival TransAmériques et dernièrement au Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal. C.H.S. s’est quelque peu modifiée au fil du temps, mais pas de changements majeurs, que du peaufinage. Une œuvre plus achevée donc, d’une durée d’à peine une heure, mais complexe, exigeante pour le spectateur. La pièce explore les rapports qui unissent l’homme et le feu, sujet inspiré d’une mésaventure vécue par Lapointe alors qu’il a pris feu lors d’une représentation où il était cracheur de feu et qui a été suivie d’un mois de soins dans une unité pour grands brûlés. Mais il dit aussi avoir réfléchi sur l’indicible et l’innommable de l’après Deuxième Guerre sur les chambres à gaz où la trame narrative a subitement pris fin. Il a donc voulu exprimer ce que pouvait ressentir un homme qui prend en feu.

C.H.S. a pour « protagoniste » un homme désirant se suicider pour mettre fin à son existence morne en se faisant brûler avec de l’essence. Avant qu’il ne mette son plan à exécution, on assiste à sa combustion humaine spontanée. À travers tout ça, un scientifique explique et démolit les hypothèses des historiens et des scientifiques, on rencontre une jeune femme qui se fait caissière ou conscience de l’homme et on écoute les pensées et les émotions de celui qui se consume.

 


Maryse Lapierre - Sylvio-Manuel Arriola

 

En fait, il est difficile de bien résumer la pièce, puisqu’elle est présentée en plusieurs fragments non chronologiques et c’est le spectateur qui doit se forger une histoire grâce à son imaginaire. C’est une approche préconisée par Christian Lapointe et elle est exploitée au maximum. Un décor digne de l’installation : en bas l’homme sur son fauteuil, en haut au bout d’une traînée blanche la femme et à droite derrière une toile, le scientifique. À l’aide de textes, de formules, d’évènements et d’images projetés sur la toile et le mur blanc, on se crée nos propres images des lieux et de l’histoire. Les comédiens sont quasi statiques et récitent leur texte de façon un peu détachée, sans grande émotion, mais qui coule tout de même bellement à l’oreille. Seul le costume laisse un peu deviner la nature de leur rôle, tel le sarrau pour faire naître le scientifique. Malgré l’absence de mouvements de la part des acteurs, les projections, les lumières et la musique donnent l’impression d’une certaine mobilité et provoque une dynamique. D’ailleurs, musique (parfois trop forte au début de la représentation) qui permet une ambiance mystérieuse grâce aux sons parfois déformés rappelant les vieux films d’horreur. Sons, lumières, voix et projections appuient le texte et sont exploités afin de faire ressortir des images au public, mais aussi lui faire ressentir des émotions parfois insoupçonnées. Un mélange cacophonique des voix des comédiens avec des sons stridents et une lumière qui « flashe » peut facilement donner une impression de panique…

C.H.S. ne laissera personne indifférent, mais ne sera peut-être pas acclamée par tous. Une œuvre se situant davantage du côté de l’expérimental et du risque propre à l’équipe du Théâtre Péril et du Collectif Cinaps. Un texte poétique, qui se perd malheureusement parfois dans le cerveau déstabilisé du spectateur, et d’une esthétique sublime !


À l’affiche jusqu’au 19 avril au Théâtre Périscope.


Texte et mise en scène : Christian Lapointe
Assistance à la mise en scène : Adèle Saint-Amand
Distribution : Sylvio-Manuel Arriola, Maryse Lapierre et Christian Lapointe
Scénographie : Jean-François Labbé
Lumières : Martin Sirois
Musique : Mathieu Campagna
Projections : Lionel Arnould


Pour information ou réservation

418 529-2183 ou www.theatreperiscope.qc.ca

 

 

Crédit photo: Yan Turcotte

 

 

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