Dès l’entrée
dans la salle, une odeur de soufre… Cette allumette
qu’on craque et qui d’une étincelle
peut provoquer des ravages. Le spectateur est plongé
dès lors dans l’univers de C.H.S.,
pour combustion humaine spontanée, une pièce
déboussolante.


Christian Lapointe
Christian Lapointe
revient avec sa pièce à Québec
après l’avoir présentée une
première fois en 2006 au Carrefour International
de Théâtre, puis au Festival d’Avignon,
au Festival TransAmériques et dernièrement
au Théâtre d’Aujourd’hui
à Montréal. C.H.S. s’est
quelque peu modifiée au fil du temps, mais pas
de changements majeurs, que du peaufinage. Une œuvre
plus achevée donc, d’une durée d’à
peine une heure, mais complexe, exigeante pour le spectateur.
La pièce explore les rapports qui unissent l’homme
et le feu, sujet inspiré d’une mésaventure
vécue par Lapointe alors qu’il a pris feu
lors d’une représentation où il était
cracheur de feu et qui a été suivie d’un
mois de soins dans une unité pour grands brûlés.
Mais il dit aussi avoir réfléchi sur l’indicible
et l’innommable de l’après Deuxième
Guerre sur les chambres à gaz où la trame
narrative a subitement pris fin. Il a donc voulu exprimer
ce que pouvait ressentir un homme qui prend en feu.
C.H.S.
a pour « protagoniste » un homme
désirant se suicider pour mettre fin à son
existence morne en se faisant brûler avec de l’essence.
Avant qu’il ne mette son plan à exécution,
on assiste à sa combustion humaine spontanée.
À travers tout ça, un scientifique explique
et démolit les hypothèses des historiens
et des scientifiques, on rencontre une jeune femme qui
se fait caissière ou conscience de l’homme
et on écoute les pensées et les émotions
de celui qui se consume.


Maryse Lapierre - Sylvio-Manuel
Arriola
En fait, il est difficile
de bien résumer la pièce, puisqu’elle
est présentée en plusieurs fragments non
chronologiques et c’est le spectateur qui doit se
forger une histoire grâce à son imaginaire.
C’est une approche préconisée par
Christian Lapointe et elle est exploitée
au maximum. Un décor digne de l’installation
: en bas l’homme sur son fauteuil, en haut au bout
d’une traînée blanche la femme et à
droite derrière une toile, le scientifique. À
l’aide de textes, de formules, d’évènements
et d’images projetés sur la toile et le mur
blanc, on se crée nos propres images des lieux
et de l’histoire. Les comédiens sont quasi
statiques et récitent leur texte de façon
un peu détachée, sans grande émotion,
mais qui coule tout de même bellement à l’oreille.
Seul le costume laisse un peu deviner la nature de leur
rôle, tel le sarrau pour faire naître le scientifique.
Malgré l’absence de mouvements de la part
des acteurs, les projections, les lumières et la
musique donnent l’impression d’une certaine
mobilité et provoque une dynamique. D’ailleurs,
musique (parfois trop forte au début de la
représentation) qui permet une ambiance mystérieuse
grâce aux sons parfois déformés rappelant
les vieux films d’horreur. Sons, lumières,
voix et projections appuient le texte et sont exploités
afin de faire ressortir des images au public, mais aussi
lui faire ressentir des émotions parfois insoupçonnées.
Un mélange cacophonique des voix des comédiens
avec des sons stridents et une lumière qui «
flashe » peut facilement donner une impression de
panique…
C.H.S.
ne laissera personne indifférent, mais ne sera
peut-être pas acclamée par tous. Une œuvre
se situant davantage du côté de l’expérimental
et du risque propre à l’équipe du
Théâtre Péril et du Collectif
Cinaps. Un texte poétique, qui se perd malheureusement
parfois dans le cerveau déstabilisé du spectateur,
et d’une esthétique sublime !
À
l’affiche jusqu’au 19 avril au Théâtre
Périscope.
Texte et mise en scène : Christian
Lapointe
Assistance à la mise en scène :
Adèle Saint-Amand
Distribution : Sylvio-Manuel Arriola,
Maryse Lapierre et Christian Lapointe
Scénographie : Jean-François
Labbé
Lumières : Martin Sirois
Musique : Mathieu Campagna
Projections : Lionel Arnould
Pour information ou réservation
418 529-2183 ou www.theatreperiscope.qc.ca
Crédit
photo: Yan Turcotte
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