Le samedi, 19 janvier 2008


La Casta Flore : une voix sans issue

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La Casta Flore. Texte de Peter Quilter, traduit par Daniel Roussel. Mise en scène de Monique Duceppe. Distribution : Pierrette Robitaille, Benoît Brière, Normand Lévesque, Pauline Martin, Danièle Lorain et Alexandrine Agostini.

Au Théâtre Jean Duceppe jusqu’au 9 février 2008
http://www.duceppe.com/pieces/piece.asp?IDordre=3

 

 

On a tous entendu parler de Joseph Merrick, l’homme-éléphant qui se produisait dans les cirques étatsuniens. Mais qui connait Florence Foster Jenkins, la femme-hyène ? Madame Jenkins (1868-1944), créature bien réelle du show business américain, s’est vu décerner le titre de «pire chanteuse du monde». Et son absence totale de talent faisait courir le Tout-New York. Mesdames et Messieurs, bienvenue au freak show !

L’histoire de cette Casta Flore(nce) constitue sans doute un excellent point de départ pour bâtir une comédie humaine, et le texte de l’Américain Peter Quilter ne se gêne pas pour en faire grincer le ressort burlesque. Pendant deux bonnes heures, on assiste à une démonstration par l’absurde de l’expression «croire en son rêve». Une riche héritière dont l’atrocité vocale n’a d’égale que sa conviction d’être douée, c’est du bonbon.

De fait, l’intérêt de la chose repose en grande partie sur la capacité des protagonistes à en exploiter jusqu’à la dernière larme le potentiel comique. Pierrette Robitaille et Benoît Brière ne sont pas là pour rien : la première en diva histrionique et le second en accompagnateur perplexe font ce qu’ils savent faire, c’est-à-dire provoquer le rire.

Mais deux graves lacunes freinent l’élan de la pièce. D’abord, le manque d’intrigue. C’est bien beau d’exhiber un cas humain invraisemblable sous la caution «histoire vécue», mais on aimerait dépasser ce niveau pour entrer dans une véritable histoire. Ensuite, le manque de rythme. Les péripéties étant rares, le texte étire les scènes et transforme ce qui aurait pu être une pétillante opérette en farce poussive.

Le lent cheminement de la Casta Flore est jonché de pistes inexploitées qui auraient donné un peu plus de corps au récit. Qui est cette femme, qu’a-t-elle vécu pour en arriver à se mentir de la sorte ? Hormis un vague conflit avec le père, on n’en saura rien. Qui sont ces gens qui forment sa cour et semblent croire en son impossible talent ? Mystère. Que vient faire là cette femme de chambre mexicaine dont la contribution à l’intrigue reste à démontrer ? Et que dire de la jeune femme venue démasquer la supercherie, qui s’évertue à se rendre plus ridicule que la diva ? Mais surtout, qu’est-ce qui retient le pianiste Cosmé McMoon ? incarnation du bon goût musical ? auprès de Mme Jenkins ? Une curiosité malsaine ? L’appât du gain ? Un amour inavoué ? Ou plus probablement un simple attachement humain que la pièce ne montre pas ?

Rien à redire sur la production : les scènes se succèdent dans un véritable écrin. Les décors impressionnent par leur faste, costumes et accessoires sont remarquables, et les airs de transition, interprétés par la soprano montréalaise Geneviève Lenoir, font un excellent contrepoint à la catastrophique diva Jenkins. Il n’en reste pas moins que ? comme me le faisait remarquer ma voisine ? on croit voir du théâtre d’été en plein hiver.

Renforcée par une adaptation française discutable, cette façon de rester à la surface des choses donne l’impression d’une téléréalité avant son temps, avec une personnalité à la Michèle Richard, les paillettes d’American Idol, et un public qui se précipite pour voir «le phénomène». Au mieux, on sortira avec l’envie d’entendre la vraie Florence Foster Jenkins pour juger de la distance entre fantasme théâtral et réalité. La technologie nous le permettant, on en retiendra que Pierrette Robitaille est plus démonstrative mais moins touchante que son modèle !

Comme le dit Woody Allen, justement cité dans le dossier de presse, «il est difficile de vivre sa propre vie et, en même temps, de chanter juste».

 

 

Crédit photo: François Brunelle

 

 

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