Québec, le 3 juin 2009. - C’est en présence du Dr Roy Glover lui-même, directeur médical en chef, qu’a été présentée à la presse la très célèbre et controversée exposition Bodies qui se tiendra à Québec, du 6 juin au 8 septembre 2009. Inter-Nation-Art, filiale du Festival d’été, et son directeur général, M. Daniel Gélinas, ainsi que ses partenaires (Premier Exhibitions Inc., Serge Grimaux et Paul Matte) sont fiers d’avoir pu attirer dans la Vieille Capitale cet événement exceptionnel qui a fait courir jusqu’à maintenant plus de 11 millions de personnes à travers le monde. En effet, Bodies est déjà une exposition permanente à New York et Las Vegas, en plus d’avoir été présentée à Londres, Washington, Barcelone, Amsterdam, Vienne, Prague, Montréal, et j’en passe. Plusieurs autres expositions sont prévues dans de nombreux pays au cours des prochains mois et années.
L’exposition est présentée par Dr Glover et les organisateurs comme une exposition scientifique à vocation éducative et non comme une exposition artistique. Je considère que c’est un premier positionnement qui permet de faire écran à certaines critiques. Est-ce de l’art? Je n’entrerai donc pas dans ce débat quoique fort intéressant et pertinent.


Bodies met en scène de véritables corps et parties de corps humains disséqués de manière exemplaire et préservés grâce au processus de plastination. Cette technique consiste en gros à remplacer l’eau des tissus humains par de l’acétone puis par un mélange de silicone polymérisé. Bref, ce procédé permet de conserver les corps de la décomposition de façon permanente et inodore. La technique employée et la qualité de la préparation des corps font partie des éléments qui m’ont particulièrement impressionné. L’effet est saisissant. Par exemple, comment réussir à extraire seulement les vaisseaux du reste des tissus et structures environnantes? Nous sommes loin des séances de dissection de nos universités dans l’odeur pestilentielle du formol, avec la décoloration et la fragilité des tissus à étudier. Je ne peux donc m’empêcher de penser aux innombrables heures qu’un tel travail requiert. Qui sont ces professionnels de la médecine qui doivent fournir de plus en plus de corps parfaitement disséqués et prêts à voyager pour Bodies la magnifique? Combien d’heures de travail par jour doivent-ils faire? S’il y a controverse à plusieurs endroits du monde quant à la provenance des corps employés dans le cadre de ces expositions, il faut peut-être aussi s’interroger sur les conditions de travail de ces virtuoses du bistouri…
En ce qui regarde la polémique qui entoure Bodies sur son passage, Dr Glover et les organisateurs de Québec se font qu’en à eux rassurant; les corps ont tous été obtenus légalement d’une école de médecine chinoise, la Dalian Medical University, et il n’y a aucune raison de ne pas avoir confiance en ce partenaire...



Le parcours de l’exposition du Pavillon du 400e est constitué de 5 salles. Successivement vous pourrez admirer des pièces consacrées à l’appareil squelettique, musculaire, nerveux, vasculaire, respiratoire, digestif, ainsi qu’à certaines pathologies de ces systèmes (artères calcifiées, poumon noirci par le tabagisme, tumeurs malignes, anomalies diverses, etc.). Certaines pièces présentées ne laissent définitivement pas indifférent. Prenons l’exemple de ce squelette jouant et tournoyant avec cet autre corps, musculaire celui-là; les deux moitiés appartiennent à la même personne! Et oui, on a pu retirer les os des muscles et les présenter ensemble dans un semblant de danse avec soi-même comme le font les enfants ensemble pour s’amuser.
Pour finir, nous pouvons observer des spécimens saisissants d’embryons humains, de 21 jours jusqu’à un fœtus mâle de 22 semaines dans son petit bocal, sous les projecteurs. Un peu théâtral. Beau pour certaine personne, terrifiant pour d’autre? En dernier lieu, nous découvrons les possibilités thérapeutiques de la médecine moderne (prothèses médicales et outils chirurgicaux) grâce surtout à un corps dans la position « classique » du lancer du disque. Ici, la référence au fameux Discobole, l’une des plus célèbres statues grecques de l’Antiquité, est évidente. Le Discobole est généralement attribuée à Myron, sculpteur athénien de la période classique du Ve siècle av. J.-C., elle représente un athlète en train de lancer le disque. Voilà la référence entre la science et l’art, et donc entre l’art et la vie.






Ainsi Bodies réussit certainement à fasciner et à émouvoir, dans un sens ou dans l’autre, mais réussit-elle son objectif premier (selon Dr Glover) soit celui d’éduquer et de faire prendre conscience aux gens de la fragilité de leur machine corporelle? Favorise-t-elle vraiment une prise de conscience sur les comportements toxiques que nous adoptons et qui peuvent nous détruire? Personnellement, je ne suis pas convaincue que cet objectif est atteint. Le savoir ne détermine pas à lui seul le comportement des individus, tout au plus, il contribue parfois à orienter leurs choix.
Néanmoins, Bodies reste une exposition scientifique fascinante qu’il ne faut pas manquer, ne serait-ce que pour se faire sa propre opinion et se remémorer à quel point le corps est infiniment plus complexe, merveilleux et précieux que tous les ordinateurs et machines que nous pouvons inventer et chérir.
Après le 400e, voilà un autre coup de maître pour la ville de Québec qui est définitivement entré dans la cours des grands. Les billets sont en vente et peuvent être achetés sur le site www.ticketpro.ca ou par téléphone 1-866-908-9090. Un nombre limité de visiteurs seront admis aux 15 minutes.


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Pour information
voir le site internet de bodies