Bric-à-brac.
Méli-mélo. Fourre-tout. Micmac. Chaos. Foutoir.
Bazar. Bordel. Désordre. Fouillis. Fatras. Patchwork.
Amas. Amalgame. Amoncellement. Cohue. Mêlée.
Fourbi. Embrouillement. Enchevêtrement. Vide-poche.
Oui, cette Amérique est un chantier.

La dramaturgie
de Charles L. Mee a été
qualifiée de concassée, et c’est sur
ce terrain singulier que le Théâtre de l’Opsis
entame son cycle états-unien. Portrait schizophrénique
d’une société en quête de sens,
Under construction (titre original de L'Amérique
en chantier) prône en fait la déconstruction
: « Je pourrais assembler des morceaux d’Amérique,
raconte l’auteur, un monde inachevé dont
le début, le milieu et la fin ne sont pas encore
arrêtés. Une pièce qui refléterait
la texture de la vie. […] J’ai donc écrit
une pièce qui invite les autres à restructurer,
ajouter de nouvelles scènes, en retrancher d’autres.
Une collaboration ouverte et sans fin. Une pièce
qui, comme l’Amérique, demeure éternellement
en chantier ».
C’est
donc l’inachèvement et l’aléatoire
qui nous sont servis dans une mise en scène pleine
de surprises signée par Luce Pelletier.
Sur un plateau à moitié plein (d’objets)
et à moitié en creux, évoluent des
personnages qui doivent plus à la fiction qu’à
l’observation du réel. C’est que les
textes eux-mêmes puisent largement dans la prose
américaine, des romans de Bukowski aux confessions
d’une blogueuse verbomotrice en passant par un manifeste
punk ou un discours patriotique. Nous sommes en pleine
subjectivité, dans dans un pays fantasmé
où évoluent des êtres plus grands
que nature.
De la
discontinuité narrative finit par surgir l’impression
que les personnages sont des pantins superficiels, manipulés
par l’époque et le lieu où ils évoluent.
Tourtereaux naïfs, prostituée accro aux jouets
sexuels, preacher hystérique, couples blasés,
danseurs de techno, hippies pacifistes : chacun endosse
une idéologie qui, faute de contexte, est criante
d’absurdité.
Pour
que tout fonctionne malgré l’absence de fil
conducteur, les six solides comédiens mêlent
dans un jeu très physique leurs talents de mimes,
de danseurs, d’acrobates, de chanteurs et de maîtres
de cérémonie. Si leurs visages vous sont
peut-être familiers, leurs noms méritent
certainement d’être cités : Luc
Bourgeois, Louise Cardinal, Catherine Lachance, Caroline
Lavigne, François-Étienne Paré
et Daniel Parent.
L'Amérique
en chantier ne se produisait au Théâtre Outremont
qu’un seul soir, mais devrait très bientôt
déposer son attirail sur plusieurs autres scènes
montréalaises : ouvrez l’œil.
Visitez:
Théâtre
Outremont
http://www.theatreoutremont.ca/outremont/
Théâtre
de l’Opsis
http://www.theatreopsis.org/
Crédit
photo : Courtoisie